Déclin marqué des cerfs de Virginie sur l'île d'Anticosti

Les cerfs ont été introduits sur l’île à la fin du XIXe siècle par le propriétaire de l’époque, Henri Menier, et n’y ont pas de prédateurs naturels.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les cerfs ont été introduits sur l’île à la fin du XIXe siècle par le propriétaire de l’époque, Henri Menier, et n’y ont pas de prédateurs naturels.

Le cheptel de cerfs de Virginie de l’île d’Anticosti aurait subi un déclin de près de 80 % en une décennie, révèle le plus récent inventaire réalisé par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Une situation que les biologistes du ministère attribuent essentiellement à une série d’hivers rigoureux. Mais le maire de l’île, John Pineault, estime que la gestion des coupes forestières ferait partie du problème.

Les cerfs de Virginie, qui sont étroitement associés à l’image d’Anticosti, étaient environ 166 000 lors de l’inventaire réalisé par le MFFP en 2006. Or, en août 2018, l’inventaire du ministère a permis d’estimer le cheptel à environ 37 000 bêtes. Cela représente une baisse de 78 % sur une période de 12 ans.

Même si le document du ministère note une réduction « notable » de la densité de cerfs sur l’île, on ajoute que la population « peut varier sensiblement d’une année à l’autre ». Ainsi, lors des hivers rigoureux, on peut observer « une mortalité élevée », alors que, l’année suivante, des températures « clémentes » peuvent favoriser une croissance du nombre de bêtes.

Il faut dire que cette population de cerfs, introduite sur l’île à la fin du XIXe siècle par le propriétaire de l’époque, Henri Menier, n’a pas de prédateurs naturels sur Anticosti. Et les chasseurs abattent approximativement entre 6000 et 8000 cerfs par année, depuis 2006. Ce seraient donc les hivers rigoureux et particulièrement enneigés, au nombre de six entre 2006 et 2018, qui auraient provoqué le déclin constaté par le MFFP.

À la lumière des résultats de l’inventaire de 2018, le ministère souligne que « bien que la situation demande de la vigilance, elle n’est pas encore inquiétante ». « Les résultats de l’inventaire et les données provenant des indicateurs de suivi seront pris en considération dans l’application de la stratégie d’aménagement intégré des ressources du milieu forestier de l’île d’Anticosti », précise également le rapport d’inventaire.

Dans une réponse écrite transmise dimanche, le MFFP affirme que les coupes de bois, qui avoisinent les 100 000 mètres cubes par année, n’ont « aucun impact négatif » sur les cerfs de l’île. Qui plus est, ces coupes sont nécessaires pour « restaurer » l’habitat de l’espèce, notamment en établissant par la suite des « exclos », ces zones clôturées auxquelles les cerfs n’ont pas accès, le temps de laisser la végétation repousser.

La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), qui accueille notamment des chasseurs sur Anticosti, répond pour sa part qu’elle s’en remet « en toute confiance à l’expertise du MFFP » pour la gestion des cervidés. L’organisme ajoute que « la chasse a très peu d’impact sur l’évolution du cheptel », mais aussi que les cerfs sont « particulièrement résilients » sur cette île de 7900 km2.

Foresterie

John Pineault juge toutefois que le fait d’attribuer le déclin des cerfs de Virginie essentiellement aux rigueurs de l’hiver sur l’île est « très simpliste ».

« On ne parle pas du tout de l’aménagement forestier des vingt dernières années. Mais dans l’ouest de l’île, les coupes ont eu des impacts importants » sur les cerfs, affirme M. Pineault. « On le constate. On voit beaucoup moins de chevreuils maintenant. »

Le maire plaide donc pour une adaptation des coupes, en fonction des particularités de l’île, mais aussi des habitudes de vie de ces cerfs insulaires, notamment par la régénération de certaines zones qui pourraient faciliter l’alimentation des cervidés. Pour cibler ces zones prioritaires pour les cerfs, John Pineault juge qu’il aurait fallu faire l’inventaire en période hivernale, afin de délimiter clairement les secteurs fréquentés par les animaux pendant cette période critique pour leur survie. Le plus récent inventaire a plutôt été mené en plein été.

Selon les différents échos qu’il dit avoir obtenus au fil du temps, la « capacité » d’accueil sur l’île serait d’environ 80 000 à 100 000 cerfs. « Oui, le chevreuil est une espèce introduite sur Anticosti. Mais c’est surtout une espèce qui a permis aux êtres humains d’y vivre depuis une centaine d’années. Et ce sont des animaux qui sont aujourd’hui très importants dans l’économie de l’île », fait valoir M. Pineault.

Gaétan Laprise, qui a été technicien de la faune sur Anticosti pendant plusieurs années, estime pour sa part qu’une moindre densité de cerfs permet à la forêt anticostienne de se régénérer. « Moins de cerfs permet à la flore une meilleure régénération, plus abondante. Cela fournit une meilleure alimentation qui profite au chevreuil et améliore sa survie et sa reproduction. On risque donc de continuer à avoir des fluctuations de population en dents de scie. »