Cent profs de l'UQAC s’opposent au projet de GNL Québec

Les auteurs de la lettre redoutent en outre des «impacts sur le patrimoine naturel exceptionnel dont jouit le Saguenay–Lac-Saint-Jean», et notamment sur la «biodiversité», dont le béluga du Saint-Laurent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les auteurs de la lettre redoutent en outre des «impacts sur le patrimoine naturel exceptionnel dont jouit le Saguenay–Lac-Saint-Jean», et notamment sur la «biodiversité», dont le béluga du Saint-Laurent.

Une centaine de professeurs et de chargés de cours de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ont signé et envoyé au gouvernement une lettre d’opposition au projet d’usine gazière Énergie Saguenay, de GNL Québec. Ils disent redouter les répercussions d’un projet qui ne répondrait pas à « l’urgence climatique » et plaident pour une « transition socioécologique » dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.

« Il est évident que le Québec ne peut pas bâtir son avenir sur des projets fragilisant les écosystèmes, les populations humaines et l’avenir économique tout en provoquant une forte tension sociale régionalement et au Québec », insistent les auteurs de cette lettre envoyée au gouvernement du Québec, au gouvernement fédéral et aux députés de la région.

« […] C’est un leurre de croire que de futures infrastructures de transport gazier serviront aux intérêts de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Notre région possède tous les atouts naturels, environnementaux, humains et économiques pour se placer en chef de file d’une transition socioécologique qui désormais n’est plus optionnelle », ajoutent-ils, dans le document signé par 63 professeurs, 38 chargés de cours et 26 professionnels de l’UQAC.

« Nous croyons fermement que les investissements pour la région doivent s’inscrire dans de telles trajectoires d’avenir. Nous sommes prêtes et prêts à mobiliser notre temps, nos compétences et nos savoirs pour contribuer à cette nécessaire transition sociale et écologique que l’on souhaite cohérente avec l’ampleur des enjeux actuels. »

Climat et biodiversité

Dans cette prise de position contre le projet d’usine de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel albertain, les universitaires rappellent notamment que les émissions de gaz à effet de serre liées au projet atteindront près de huit millions de tonnes par année en sol canadien. L’exploitation du gaz, qui se fera principalement par fracturation, présenterait aussi des risques pour la santé humaine, selon une analyse publiée cette semaine par l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.

« […] Même si le gaz naturel conventionnel ou non conventionnel (gaz d’hydrofracturation) est une ressource plus propre que le pétrole issu des sables bitumineux, il n’en demeure pas moins que cette ressource constitue une énergie fossile non renouvelable et que pour atteindre les cibles de réduction des gaz à effet de serre, il faut en limiter l’extraction », ajoutent-ils.

Cette prise de position de professionnels de l’UQAC n’est pas la première de la part d’opposants au projet. Dans une lettre publiée en juin 2019 dans Le Devoir, plus de 160 scientifiques demandaient le rejet du projet, le jugeant « incompatible » avec la lutte contre les changements climatiques.

Les auteurs redoutent en outre des « conséquences sur le patrimoine naturel exceptionnel dont jouit le Saguenay—Lac-Saint-Jean », et notamment sur la « biodiversité », dont le béluga du Saint-Laurent.

Dans le cadre des processus d’évaluations environnementales du projet de GNL Québec, des scientifiques du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec ont déjà mis en lumière les risques d’une hausse du trafic maritime sur le Saguenay, une portion de l’habitat essentiel du béluga.

Le promoteur d’Énergie Saguenay estime toutefois qu’il est impossible d’éviter le passage des méthaniers dans cet habitat, tout en disant que « des mesures d’atténuation » sont étudiées afin de « réduire au maximum l’impact du transport maritime ».

Réduction de GES

Selon GNL Québec, le projet d’usine et d’exportation permettra des réductions annuelles d’émissions mondiales de GES de 28 millions de tonnes, notamment parce que le gaz naturel liquéfié qui serait exporté servirait en bonne partie à remplacer l’utilisation du charbon, le pire des combustibles fossiles.

L’entreprise ne veut toutefois pas dévoiler « publiquement » les noms des acheteurs de son gaz naturel liquéfié, et ce, « pour des raisons concurrentielles ». « Nous aurons l’occasion d’aller plus loin sur ces éléments et de démontrer toute la crédibilité de nos scénarios de vente du GNL dans le cadre des audiences du BAPE », indiquait plus tôt en janvier la directrice principale, affaires publiques et relation avec les communautés chez GNL Québec, Stéphanie Fortin.

À la mi-janvier, le premier ministre, François Legault, a accueilli à ses bureaux de Montréal des dirigeants de GNL Québec, dans le cadre d’une réunion fermée aux médias. Il s’est alors entretenu avec le président de GNL Québec, Pat Fiore, ainsi que le président du conseil d’administration de l’entreprise détenue par des intérêts américains, Jim Illich.

« Bonne rencontre avec les dirigeants du projet Énergie Saguenay », a-t-il tweeté par la suite, en publiant une photo présentant cette rencontre avec les promoteurs du projet Énergie Saguenay, tout en ajoutant des arguments en faveur du projet évoqués à maintes reprises par GNL Québec.

Une évaluation environnementale du projet doit être menée au Québec, sous l’égide du BAPE, mais aussi une autre par les autorités fédérales. Tant le gouvernement du Québec que celui du Canada ne tiendront pas compte des émissions de gaz à effet de serre de la production gazière dans leur prise de décision sur le projet. Ces émissions équivaudraient à l’ajout de 3,4 millions de voitures sur les routes du pays.