Québec élargira la consigne sur le verre et le plastique

Plus de 70 % du verre qui se retrouve dans le « bac vert » (110 000 tonnes par année) est actuellement envoyé au dépotoir.
Photo: James Cridland CC Plus de 70 % du verre qui se retrouve dans le « bac vert » (110 000 tonnes par année) est actuellement envoyé au dépotoir.

Le gouvernement Legault annoncera officiellement jeudi matin qu’il mettra en place un système de consigne sur tous les « contenants de boisson », a appris Le Devoir. Les mesures prévues viseront plus d’un milliard de bouteilles vendues chaque année au Québec, dont celles de la SAQ et les bouteilles de plastique qui aboutissent encore très souvent à la poubelle. Mais le système ne sera pas en place avant la fin de 2022, dans le meilleur des cas.

Selon les informations obtenues auprès de sources bien au fait du dossier, la consigne devrait à terme être grandement élargie, afin d’inclure tous les types de contenants de boisson, par exemple les bouteilles d’eau et les bouteilles de vin, mais aussi d’autres types de bouteilles.

Cette mesure, attendue depuis plusieurs années par les groupes environnementaux, devrait permettre de récupérer une bonne partie du milliard de bouteilles d’eau en plastique vendues chaque année au Québec. Actuellement, moins de 40 % de ces bouteilles sont recyclées. La nouvelle consigne sur les 250 millions de bouteilles vendues chaque année par la Société des alcools du Québec (SAQ) devrait aussi améliorer significativement leur taux de recyclage.

Pour le moment, ces bouteilles, principalement des bouteilles de vin déposées par les citoyens dans leur bac de récupération résidentiel, se brisent dans le processus de la collecte, ce qui peut contaminer d’autres matières recyclables. Globalement, plus de 70 % du verre qui se retrouve dans le « bac vert » (110 000 tonnes par année) est actuellement envoyé au dépotoir, où il sert notamment de matériau de recouvrement. Et selon les plus récentes données de Recyc-Québec, les centres de tri doivent aujourd’hui payer de 20 $ à 30 $ la tonne pour se départir du verre qui se retrouve dans leurs installations.

Centres de dépôt

Le gouvernement du Québec, qui compte lancer dans un premier temps un projet-pilote avant une mise en oeuvre complète après les prochaines élections, prévues à l’automne 2022, a par ailleurs pris acte des réticences des détaillants et de la SAQ au sujet de la collecte des bouteilles qui seront désormais consignées.

Selon ce qui est prévu, un réseau de 400 points de dépôt serait déployé au Québec, en incluant différents types d’infrastructures, et les écocentres seraient aussi mis à profit. Dans certains cas, les épiceries pourront accepter de devenir des points de collecte, par exemple en accueillant des « gobeuses » de contenants.

Malgré les critiques entendues de la part des brasseurs, des détaillants en alimentation et des restaurateurs lors des consultations sur « les enjeux de recyclage et de valorisation locale du verre » tenues en août dernier, le gouvernement estime que cet élargissement de la consigne pourrait générer des bénéfices économiques. Non seulement cela permettra de recycler le verre et de lui donner une valeur sur le marché, mais le système de collecte permettra de créer des emplois.

 
72 %
C’est le pourcentage du verre de la collecte sélective qui était envoyé au dépotoir en 2018.

Il n’a toutefois pas été possible, mercredi, d’obtenir des détails sur le prix de la consigne qui sera fixé sur les différents types de contenants. En Ontario, par exemple, la consigne sur les bouteilles de vin est fixée à 20 ¢. Une source bien au fait du dossier a indiqué qu’il serait surprenant que le gouvernement fixe la barre plus bas pour le Québec.

Ce système élargi, nouveau au Québec mais déjà implanté ailleurs au pays, pourrait s’autofinancer, selon le gouvernement, en s’appuyant sur les revenus de la consigne, mais aussi sur la vente de la matière recyclable. À titre d’exemple, une source a indiqué mercredi que le verre de bonne qualité, prêt pour la fonte, peut se vendre près de 100 $ la tonne.

Preuve du sérieux que le gouvernement accorde à cette annonce, le premier ministre, François Legault, accompagnera le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, pour cette annonce, prévue à 8 h au Manoir Saint-Sauveur.

En allant de l’avant avec cet engagement déjà exprimé au cours des derniers mois, le gouvernement caquiste prend acte des grandes « recommandations » du rapport produit par la Commission des transports et de l’environnement à la suite des consultations menées en août 2019. Celui-ci entérinait notamment l’idée d’« élargir » la consigne, mais aussi de « renforcer la responsabilité élargie des producteurs » et d’« encourager le développement de débouchés locaux du verre ».

Bonne décision

Contactée mercredi, la Société des alcools du Québec a refusé de répondre aux questions du Devoir, indiquant simplement que les réponses aux questions portant sur la consigne seraient fournies « à la suite de l’annonce de M. Legault ».

La directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe, a pour sa part salué cette bonification du système de consigne. « C’est très possible de le faire et c’est une idée qui passera très bien le test de l’acceptabilité sociale, puisque les citoyens réclament de telles mesures. »

Dans une réponse écrite, Recyc-Québec a souligné mercredi que les données sur le recyclage du verre « confirment la nécessité de travailler à améliorer le recyclage du verre au Québec. En 2018, 72 % du verre de la collecte sélective était envoyé dans les lieux d’élimination ». La société d’État estime également qu’il sera important de développer « la diversification des débouchés pour le verre » qui sera consigné.

15 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 30 janvier 2020 03 h 51

    oui

    Même que le tarif de consigne peut être ajusté pour maximiser le recyclage. Toutes les bouteilles en verre et plastique devraient être d'au moins 0,50 $.

  • William Dufort - Abonné 30 janvier 2020 06 h 43

    Arrêtons de faire semblant

    "En 2018, 72 % du verre de la collecte sélective était envoyé dans les lieux d’élimination ». La société d’État estime également qu’il sera important de développer « la diversification des débouchés pour le verre » qui sera consigné."

    Cela doit faire 20 ans qu'on lave nos bouteilles de vin et qu'on les envoie au recyclage. On apprend aujourd'hui qu'on tout fait ça inutilement à hauteur de 72%. Mais là, la société d'd'État découvre qu’il sera important de développer « la diversification des débouchés pour le verre » . Quelle découverte! Et après seulement 20 ans! Excusez mon cynisme, mais apprendre que pendant 20 ans, nous avons gaspillé de l'eau potable et payé des millions pour faire une cueillette sélective qui s'avère encore inutile à 72%, ça me coupe le souffle. J'espère, sans trop y croire, qu'on nous fera part d'un plan qui ne soit pas que de la poudre aux yeux. J'espère qu'on va arr^ter de faire semblant. Me semble que ce n'est pas beaucoup demander, non?

  • François Boucher - Abonné 30 janvier 2020 07 h 26

    Enfin!

    Le gouvernement Couillard avait abandonné la consigne du verre et du plastique suite aux pressions de la SAAQ et d'embouteilleurs comme Nestlé, Coke, et Pepsi. Je salue et applaudi le gouvernement Legault d'enfin mettre en place la consigne pour le verre et le plastique. Il n'y a pas de doute que ce sera très bénéfique pour notre environnement.

    • Jean Richard - Abonné 30 janvier 2020 10 h 56

      D'accord pour la SAQ (et non SAAQ), mais dans le cas de Nestlé, Coke et Pepsi, la consigne Legault pourrait très bien faire leur bonheur. L'époque du verre consigné est révolue pour ces trois géantes. Elles en sont aux plastiques et à l'aluminium. Et dans ce cas, consigne ou non, le contenant ne retourne plus directement dans leurs usines.

      On a souvent amené l'idée, vite écartée par les gouvernements locaux, d'obliger les vendeurs de produits emballés (ou embouteillés) de participer aux coûts de l'élimination des matières résiduelles provenant de ces contenants ou emballage. Or, la consigne Legault est assez claire : c'est le consommateur qui fera les frais du recyclage, pas les producteurs. Il en aurait été autrement si la réutilisation avait été mise à contribution mais ce n'est pas le cas. Les géantes des boissons non alcoolisées pourront continuer à vendre leurs produits dans des contenants à usage unique.

      Et l'environnement ? Les trois R, vous connaissez ? Réduction, réutilisation et recyclage. Ils sont ici classés par ordre d'importance de leur empreinte écologique (consommation d'énergie, production de déchets et émissions de GES). La plus faible empreinte va à la réduction, suivie de la réutilisation. Le recyclage fait piètre figure face aux deux autres et c'est pourtant celui qui est à la base de la consigne Legault. Car ce n'est pas l'environnement qui est la priorité, mais le désir à peine dissimulé de fournir à prix d'aubaine des matières qui seront partiellement réinsérées dans un processus industriel. On se garde bien de vous dire par quelle tour de magie la surproduction se changera en demande.

      La consigne Legault n'a rien d'environnemental (ou si peu). C'est un leurre, destiné à dissimuler la non-volonté de légiférer de façon efficace en matière d'environnement.

  • Robert Bissonnette - Inscrit 30 janvier 2020 08 h 57

    Consigne

    C'est bien loin 2022 quand nous attendons depuis des années. On se traîne les pieds dans le domaine de la protection de notre planète. On ne voit aucune urgence d'agir. C'est déplorable!

    Nicole Gagné, abonnée

  • Serge Grenier - Inscrit 30 janvier 2020 10 h 20

    Les réticences de la SAQ

    Ça fait des années que les dirigeants de la SAQ résistent à la consignation des bouteilles, pour se sauver du trouble et un peu d'argent. Afin de leur faire comprendre leur erreur, il faudrait les condamner à une amende rétroactive très salée à payer non pas par les clients de la SAQ, mais par les dirigeants eux-mêmes. Nous les clients, nous étions et sommes toujours pour le recyclage des bouteilles, ce sont les dirigeants qui étaient contre. À eux d'en assumer les conséquences.

    • Marc Pelletier - Abonné 30 janvier 2020 12 h 07

      Vous donnez beaucoup de vertues, généralisées à l'ensemble des québécois, alors que 50 % d'entre eux n'utilisent même pas le petit bac brun dédié au compostage des matières putrescibles ! Et aucun citoyen ne subit de conséquences, sauf l'ensemble des citoyens.

      Dans notre ville, il n'y pas encore de consigne pour les bouteilles de vin mais plusieurs citoyens vont déposer leurs bouteilles dans un gros conteneur sur un terrain de la ville et.....ça marche, même si c'est récent !

      Même si on accorde une consigne, le bac bleu recevra encore beaucoup de bouteilles : le moindre effort pour l'environnement est encore plus payant pour beaucoup de nos concitoyens . Arrêtons de nous raconter des histoires !