Des médecins réclament la fin de la fracturation hydraulique au Canada

Selon les prévisions canadiennes sur la production gazière, le gaz de schiste et celui des réservoirs étanches continueront d’augmenter au cours des prochaines années.
Photo: Yan Doublet Archives Le Devoir Selon les prévisions canadiennes sur la production gazière, le gaz de schiste et celui des réservoirs étanches continueront d’augmenter au cours des prochaines années.

L’exploitation gazière par fracturation, une industrie en croissance au Canada, pose de sérieux risques pour la santé humaine, affirme l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) dans un nouveau rapport publié mercredi. Les spécialistes de la santé réclament donc un moratoire sur l’expansion de l’industrie et un arrêt progressif des opérations en cours.

« Des études ont révélé que la fracturation avait de nombreux effets néfastes pour la santé, mais les données les plus probantes ont trait aux effets indésirables sur la grossesse, les issues à la naissance et l’asthme », fait valoir Éric Notebaert, membre de l’ACME, en présentant le rapport, intitulé « Une transition fracturée ».

« Les données indiquant un faible poids à la naissance sont assez convaincantes, ce qui est préoccupant étant donné qu’il s’agit d’un indicateur pour plusieurs graves problèmes de santé, notamment des troubles du développement chez les enfants et une incidence accrue de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. Il y a aussi des raisons de croire que la fracturation augmente le risque de leucémie chez les enfants dont la mère a été exposée au cours de sa grossesse », ajoute le Dr. Notebaert.

Industrie en croissance

Les risques sont d’autant plus réels, selon l’ACME, que la fracturation hydraulique est de plus en plus utilisée au Canada pour exploiter les ressources gazières de l’Ouest du pays. Selon les prévisions canadiennes sur la production gazière, le gaz de schiste et celui des réservoirs étanches continueront d’augmenter au cours des prochaines années. Ces deux types de production, qui nécessitent des opérations de fracturation, devraient représenter entre 70 % et 90 % de la production d’ici 2035.

C’est d’ailleurs la croissance de cette production dans l’Ouest du pays, principalement en Colombie-Britannique et en Alberta, qui justifie la construction d’usines de liquéfaction et de terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié.

Le gaz naturel qui serait liquéfié à l’usine Énergie Saguenay, de GNL Québec, proviendrait justement d’Alberta et serait exploité principalement par fracturation. Mais ni le gouvernement fédéral, ni celui du Québec, ne tiendront compte des impacts environnementaux de cette production dans leur évaluation environnementale du projet.

Faudrait-il évaluer les impacts environnementaux et sur la santé humaine de la production gazière qui sera transportée jusqu’à l’usine Énergie Saguenay ? « Nous faisons confiance aux autorités en place qui supervisent et gèrent l’exploitation des ressources naturelles dans l’Ouest canadien de façon responsable. Ce sont les mieux placés pour en assurer une gestion rigoureuse et pour assurer la sécurité et le mieux-être des citoyens concernés », répond la directrice principale, affaires publiques et relation avec les communautés, Stéphanie Fortin.

« Le Canada, l’Alberta et la Colombie-Britannique se démarquent des autres producteurs de gaz naturel dans le monde par des normes environnementales considérées comme parmi les plus strictes mondialement », ajoute-t-elle, en soulignant qu’une « revue scientifique » réalisée par le gouvernement de Colombie-Britannique a déjà conclu que « les réglementations en vigueur protégeaient contre les impacts potentiels ».

Risques climatiques

En plus des impacts sur la santé humaine, l’ACME rappelle que les opérations de fracturation peuvent nécessiter jusqu’à 10 millions de litres d’eau pour chaque forage. Et selon les conclusions de différentes études publiées au cours des dernières années, reprises dans le rapport de l’ACME, le gaz de schiste pourrait être nettement plus polluant que le gaz naturel conventionnel.

L’exploitation par fracturation émet en effet d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui peut être au moins 30 fois plus puissant que le CO2, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Ces émissions de gaz à effet de serre font d’ailleurs dire à l’ACME que le gaz naturel ne constitue pas « un carburant de transition vers une économie neutre en carbone », selon son directeur général, Robin Edger. « Le gaz naturel est un combustible fossile qui contribue aux changements climatiques. Il met en péril notre capacité à respecter nos engagements dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015 et compromet nos efforts visant à éviter les effets catastrophiques associés aux changements climatiques », insiste-t-il.

« En somme, la fracturation représente une menace pour notre santé en plus de contribuer aux changements climatiques. La seule mesure responsable que les gouvernements peuvent prendre consiste à l’interdire purement et simplement », ajoute le Dr. Edger.

Un moratoire permanent décrété sur le gaz naturel

Un moratoire permanent a été décrété sur le gaz naturel exploité par fracturation au Québec, avec l’interdiction des opérations de fracturation dans la formation rocheuse du schiste, où on retrouve le potentiel gazier de la province, dans la vallée du Saint-Laurent. Cette interdiction a toutefois valu au gouvernement une poursuite, lancée par l’entreprise Questerre. Le gouvernement et l’entreprise albertaine doivent de nouveau se rencontrer en février afin de décider des prochaines étapes dans le cadre de cette démarche devant les tribunaux.

Une dizaine d’entreprises, majoritairement de l’extérieur du Québec, détiennent actuellement un total d’environ 13 000 km² de permis d’exploration dans le sud de la province, entre Montréal et Québec. Certaines ont déjà évoqué la possibilité d’intenter des actions pour obtenir des dédommagements financiers de la part du gouvernement.