Québec, la ville qui veut se rattraper en matière de compostage

La Ville de Québec ne recueillera pas les matières dans des bacs bruns, mais bien dans des sacs spéciaux qu’on devra insérer dans les sacs à ordures ordinaires, qui seront triés par des robots une fois à l’incinérateur.
Photo: iStock La Ville de Québec ne recueillera pas les matières dans des bacs bruns, mais bien dans des sacs spéciaux qu’on devra insérer dans les sacs à ordures ordinaires, qui seront triés par des robots une fois à l’incinérateur.

Avec Saguenay, Québec est la seule grande ville à ne pas offrir encore de service de compostage à ses citoyens. Or pour se rattraper, elle promet de lancer un projet particulièrement ambitieux.
 

À défaut de services, des résidents de la capitale ont pris les grands moyens ces dernières années. Ainsi, la Ville de Québec a dû composer avec un problème « d’installations clandestines » dans les parcs, raconte Claude Labonté de l’organisme Craque-Bitume.

« Dès qu’il y avait une plainte, des employés de la Ville de Québec passaient avec une benne à ordures, démonter toute la patente pour l’envoyer à l’incinérateur », raconte-t-il.

Craque-Bitume offre des services de compostage communautaire à près de 2000 citoyens de la capitale. L’organisme s’est notamment chargé d’intégrer les composteurs clandestins à ses projets dans des installations plus adéquates. « Il y en a de moins en moins », explique M. Labonté. Malgré tout, les sites de l’organisme sont remplis et, à moins d’avoir une cour arrière, il faut s’inscrire sur une liste d’attente pour composter.

Or cela va changer du tout au tout en 2022 avec le lancement de l’usine de biométhanisation, la quatrième du genre à ouvrir après celles de Varennes, de Rivière-du-Loup et de Saint-Hyacinthe.

L’usine, qui doit être construite dans la zone industrielle du quartier Maizerets-Limoilou, permettra de récupérer non seulement les matières organiques de la population, mais aussi les boues municipales en provenance de l’usine d’épuration. Facture : 190 millions de dollars, dont 130 à la charge de la Ville.

C’est l’investissement le plus important à avoir été injecté dans un seul projet à Québec ces dernières années. À titre de comparaison, la Ville de Québec avait injecté 117 millions dans le Centre Vidéotron. Or elle aura mis beaucoup de temps à le faire aboutir. À l’origine, l’administration Labeaume avait annoncé son ouverture… en 2014.

La décision de la Ville de miser sur la biométhanisation ne fait pas l’unanimité. L’opposition municipale et l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) ont fait valoir que ces projets étaient trop risqués sur le plan financier. Les coûts d’exploitation comme les revenus liés à la vente de biogaz, plaide-t-on, seraient incertains.

Pendant ce temps, les usines déjà existantes trébuchent. À Saint-Hyacinthe, la piètre qualité des matières recueillies empêche l’usine d’en faire du biogaz, forçant la ville à les faire composter ailleurs. Pendant ce temps, à Rivière-du-Loup, la Ville a dû réinvestir dans son usine parce que le gaz liquéfié qu’elle produisait ne se vendait pas.

Seule l’usine de Varennes est considérée comme un succès. À tel point que Longueuil a décidé d’y envoyer ses matières plutôt que de les traiter elle-même. Cela va lui faire doubler sa production, de 42 000 tonnes par an jusqu’à 100 000 (650 000 citoyens desservis).

Comment expliquer que Varennes s’en tire mieux que les autres ? « On a réussi à avoir un projet très intégré. Le digestat [fertilisant organique produit par l’usine] est distribué à proximité de nos installations dans les terres agricoles dans un rayon de moins de 50 kilomètres », explique Sylvain Berthiaume, le patron de l’usine pour la Société d’économie mixte de l’est de la couronne sud, qui regroupe 27 MRC de la Montérégie.

« On a réussi à faire de l’économie circulaire en produisant du gaz en quantité et de belle qualité. »

Plus cher à Québec

Le projet de Québec coûtera en outre beaucoup plus cher que celui de Varennes (125 millions de dollars). À Varennes, l’entreprise qui a construit l’usine fait partie des propriétaires.

« Alors que, si vous mandatez un partenaire externe pour faire votre usine, il va augmenter les coûts pour le risque. Nous, on a payé le risque nous-mêmes », poursuit M. Berthiaume.

Par ailleurs, Varennes ne traite pas les boues générées par les stations de traitement des eaux usées comme Québec, ce qui réduit aussi de beaucoup le tonnage produit, fait remarquer Carl Desharnais, directeur du projet de Québec. De fait, Québec prévoit traiter 182 600 tonnes de matières par an, soit quatre fois plus que Varennes à l’heure actuelle.

Or bien d’autres variables risquent d’influer sur le succès du projet. Notamment, les gens et leurs habitudes. Comment se passera la collecte alors que la population n’a aucune expérience en matière de récupération des matières organiques ? « Ce n’est pas à deux ou trois mois de l’inauguration de l’usine qu’il va falloir commencer à mettre en place cette collecte-là », fait valoir Alexandre Turgeon, du Conseil régional de l’environnement. « Il faut dès maintenant tester le service et voir comment les citoyens réagissent. […] On a 260 000 portes à sensibiliser. »

Mais ce ne sera pas simple à tester, puisque la Ville ne recueillera pas les matières dans des bacs bruns, mais bien dans des sacs spéciaux. Une fois à l’incinérateur, on séparera les deux sacs et transférera les pelures de bananes et le marc de café où on les attend.

Un modèle difficile à tester, mais plus facile à adopter pour les gens, croit Carl Desharnais. « On croit que notre mode de collecte va aider grandement. Par exemple, pour les gens qui ont des chutes à déchets, ce sera facile de changer de sac. » La Ville, ajoute-t-il, compte par ailleurs tester différents sacs au cours des prochains mois.
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée en ce qui concerne la récolte des matières dans des sacs spéciaux et le tri de celles-ci.