Mettre la main à la pâte pour recycler les matières organiques

L’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec mise autant sur la réduction du gaspillage alimentaire que sur le recyclage des restes de table à des fins de compostage. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec mise autant sur la réduction du gaspillage alimentaire que sur le recyclage des restes de table à des fins de compostage. 

Si les Québécois n’ont pas pleinement intégré la récupération des matières organiques à leurs habitudes de vie, le secteur commercial et institutionnel est encore plus loin du compte. Il faut dire qu’ils ne sont habituellement pas desservis par les collectes municipales et qu’ils n’ont généralement aucune obligation de recycler leurs matières.

Selon les données inscrites dans le plus récent bilan de Recyc-Québec, le « taux de recyclage » du secteur des industries, commerces (dont les restaurants, les hôtels et les détaillants en alimentation) et établissements scolaires ou de santé atteignait à peine 5 % en 2018.

Concrètement, cela signifie que, sur le million de tonnes de matières organiques générées, 51 000 tonnes ont été recyclées, majoritairement par « compostage ». Le reste, soit 968 000 tonnes, a été tout simplement « éliminé ». Le bilan ne précise toutefois pas quelle part a été enfouie et quelle part a été incinérée.

Comment expliquer de tels chiffres ? Le Devoir a contacté de grandes enseignes en restauration (McDonald’s, Tim Hortons, Subway et A & W) afin de savoir si elles avaient mis en place des services de récupération de leurs matières organiques. Seuls Subway et A & W ont répondu à nos questions. Subway a indiqué vouloir rendre ses activités « aussi responsables sur le plan environnemental et social que possible », mais sans préciser si un système de collecte des matières organiques était en place. A & W a dit vouloir collecter 100 % des matières organiques, et ce, d’ici 2024.

Chose certaine, le recyclage de ces matières en restauration est possible au Québec. Les Rôtisseries St-Hubert, citées en exemple par Recyc-Québec, ont mis en place un système de collecte « partout où c’est possible », explique sa directrice des communications, Josée Vaillancourt. Environ une centaine de restaurants, sur les 124 en activité, récupèrent leurs matières en vue de les acheminer pour le compostage, pour un total d’environ 3500 tonnes par année.

À l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, qui offre notamment une formation en restauration, on mise aussi sur le recyclage à des fins de « compostage », mais également sur la réduction du gaspillage alimentaire, explique Louis-Philippe Potvin, chargé de projet en développement durable. Chaque année, 125 tonnes de matières organiques sont détournées des sites d’enfouissement.

Ces initiatives demeurent toutefois l’exception dans le paysage québécois, déplore Mario Laquerre, du Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke. Il souligne que le secteur commercial n’est généralement pas desservi par les collectes municipales et que les restaurants et épiceries n’ont aucune obligation légale d’éviter l’enfouissement des matières organiques.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Chaque année à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, 125 tonnes de matières organiques sont détournées des sites d’enfouissement.

Selon lui, le gouvernement devrait obliger les municipalités, mais aussi les entreprises et les institutions, à participer au recyclage des matières organiques. « Notre société fonctionne avec des lois et règlements dans plusieurs domaines, alors pourquoi ne pas le faire pour des mesures environnementales. Mais pour cela, il faudrait s’assurer qu’il y a une offre de services pour les commerces et les restaurants. »

La Ville de Drummondville a justement choisi de desservir non seulement ses résidents, mais aussi, depuis 2018, les restaurants qui comptent plus de 150 places assises, dans le cadre d’un programme obligatoire. Et le programme fonctionne bien, souligne le directeur du Service environnement de la Ville, Roger Leblanc. « La mesure a été généralement bien accueillie, mais en plus, nous avons réduit notre collecte des déchets à une fréquence d’une collecte toutes les trois semaines. »