La récupération envoyée au recyclage

Les ballots de papier s’empilent à l’extérieur du centre de tri de Saint-Michel, l’entreprise ne parvenant pas à les écouler.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les ballots de papier s’empilent à l’extérieur du centre de tri de Saint-Michel, l’entreprise ne parvenant pas à les écouler.

Tant le gouvernement du Québec que la Ville de Montréal s’entendent pour dire que la solution à la nouvelle crise des matières recyclables passera par une réforme en profondeur des façons de faire en vigueur depuis plusieurs années. Mais dans l’immédiat, les autorités devront trouver le moyen de maintenir le système de collecte à flot, alors que quatre centres de tri sont menacés de fermeture.

L’entreprise qui gère les centres de Montréal, de Châteauguay et de Saguenay qui seraient sur le point de fermer leurs portes n’a pas voulu confirmer jeudi l’imminence d’un arrêt des activités. Mais Rebuts solides canadiens (RSC), filiale du Groupe TIRU, a admis que « la crise du papier menace l’activité » de ces centres, qui traitent près de 300 000 tonnes de matières recyclables chaque année, soit le tiers du total de la province.


Par voie de communiqué, RSC a ainsi fait valoir que la « crise mondiale » qui frappait déjà le secteur « s’est aggravée depuis octobre 2019 avec la fermeture progressive des marchés dans les pays qui constituaient des débouchés traditionnels ».

Avant 2018, la majorité des ballots de « papier mixte » qui sortaient des centres de tri de la province étaient expédiés en Chine, où ce papier contaminé par d’autres matières était retrié. Avec la fermeture des frontières du pays aux matières de piètre qualité, les exportateurs se sont tournés vers d’autres marchés, notamment l’Inde, jusqu’à ce que ce pays décide lui aussi de restreindre sérieusement ses importations au cours des derniers mois, pour les mêmes raisons que la Chine.

« Ce retournement brutal du marché mondial du papier recyclé a déjà constitué un coût considérable pour RSC, et ce, malgré les efforts consentis par certaines municipalités et la mise en place d’aides publiques », a déclaré l’entreprise. Le papier, qui représente plus de 80 % des matières qui entrent dans les centres de tri, se vendait plus de 165 $ la tonne en 2017, selon les données fournies par Recyc-Québec. Or, en 2019, les centres de tri devaient payer, en moyenne, 15 $ la tonne pour se départir de leur « papier mixte ».

Dans ce contexte, il est impératif de « modifier en profondeur le modèle économique des centres de tri », a indiqué jeudi RSC. Un avis que semble partager le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, qui a plaidé jeudi pour une amélioration importante des pratiques de récupération. « Le gouvernement du Québec ne veut pas gérer lui-même les matières résiduelles, mais avec un bon partenariat, une bonne mise en valeur et des centres de tri suffisamment standardisés pour offrir une bonne qualité de matières, on est tout à fait capables de gérer nos matières résiduelles », a-t-il dit, en évoquant du même coup la mise en place d’une consigne sur le verre. Pour le moment, cette matière fait généralement perdre de l’argent aux centres de tri.

Enfouissement

Au-delà des solutions à long terme, le gouvernement du Québec doit d’abord trouver le moyen de maintenir la collecte municipale des matières recyclables, notamment à Montréal. « C’est une situation qui est sérieuse, qui est même très précaire, et ce qu’on veut éviter, c’est un retour à l’enfouissement. Nous sommes donc à évaluer différentes options », a affirmé jeudi le ministre Charette. Il a aussi dit qu’il travaillait avec la Ville de Montréal afin d’« éviter une interruption de service de la collecte sélective ».

La mairesse Valérie Plante a elle aussi écarté l’idée d’opter pour l’enfouissement ou de demander aux Montréalais de cesser de faire du recyclage en attendant des solutions pour sortir de la crise. Toutefois, il n’est pas question que Montréal dépense de nouveau des millions de dollars pour sauver les centres de tri. « On a mis beaucoup d’argent en 2018 et en 2019 pour maintenir à flot TIRU, mais là, ce n’est pas une option », a-t-elle dit en mêlée de presse.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ni la Ville de Montréal ni le gouvernement ne veulent que les ballots de papier soient enfouis, mais aucune solution n’a encore été annoncée pour éviter de le faire.

En mai 2018, Montréal avait consenti 29 millions de dollars à TIRU pour maintenir le centre de tri de Saint-Michel (150 000 tonnes par année) en activité. Elle a aussi investi près de 50 millions pour la construction du centre de tri de Lachine inauguré en novembre dernier. Et en septembre dernier, Montréal a octroyé un contrat de 62,4 millions à TIRU pour la gestion des matières recyclables jusqu’en 2024.

Mme Plante estime que, si un financement est requis pour continuer les activités des centres de tri, le gouvernement devra venir en aide aux villes. « On ne peut plus s’en remettre uniquement aux Montréalais. Ça ne peut pas être pelleté dans la cour des municipalités. » Le cabinet de M. Charette n’a toutefois pas voulu s’avancer jeudi sur une éventuelle aide financière.

Valérie Plante croit par ailleurs que des solutions à long terme seront nécessaires pour régler la crise. Elle a notamment évoqué l’importance de s’attaquer à la question de la réduction des déchets à la source. L’opposition à l’Hôtel de Ville croit aussi que Montréal doit sortir du modèle actuel qui la maintient en otage. « Si c’est notre collecte sélective qui est problématique, il faut peut-être remettre en question la collecte pêle-mêle. Il faut qu’il y ait moins de contaminants et que nos matières aient plus de valeur », a expliqué le conseiller d’Ensemble Montréal, Francesco Miele.

« Il faut rapidement se doter de standards de qualité pour que les matières qui sortent des centres de tri soient de bien meilleure qualité. Ce n’est pas normal que les papetières du Québec importent autant de papier parce que celui qui est disponible est de piètre qualité », estime pour sa part Mario Laquerre, du Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.


 
6 commentaires
  • Robert Bissonnette - Abonné 24 janvier 2020 08 h 56

    Le recyclage

    Pourquoi a-t-il fallu qu'ils attendent que la menace de fermeture des centres de tri leur tombe dessus pour que les dirigeants réagissent? Ça fait plusieurs années que le recyclage tel qu'il se pratique actuellement ne fournit pas des produits d'une assez bonne qualité. Même lorsque le parti libéral était au pouvoir, il y avait un problème avec les centres de tri et le manque de possibilités d'écouler les matières recyclées.
    1e, il faut fournir aux gens des bacs différents pour le papier, le plastique et le verre.
    2e, il faut obliger les entreprises qui fabriquent toutes sortes de papiers à 'utiliser un porcentage de papier recyclé.
    3e, Il faut aussi agir à la base pour éliminer le suremballage et le plastique à usage unique.

    Nicole Gagné, abonnée

  • Jean Thibaudeau - Abonné 24 janvier 2020 10 h 08

    Le recyclage fonctionne tout croche, Ottawa s'apprête à fournir un pipeline poue le pétrole des sables bitumineux, la fabrication des voitures électriques pollue autant que l'utilisation des véhicules traditionnels... C'est ce qu'on appelle AVANCER PAR EN-ARRIÈRE.

    • Jean Richard - Abonné 24 janvier 2020 13 h 01

      Est-ce qu'on avance ou est-ce qu'on recule ? La question est pertinente.

      Aussi longtemps que l'on va laisser l'environnement dans les mains de groupes qui y flairent la bonne affaire et qui s'éclipsent quand le citron a donné sa dernière goutte, on risque gros. Quand l'environnement devient une marchandise et non un bien collectif, il y a lieu de s'inquiéter. On se laisse vendre n'importe quoi et quand on réalise qu'on s'est fait tromper, il est parfois trop tard.

      Deux gros dossiers reliés à l'environnement devraient préoccuper ceux qu'on a élus : la gestion des déchets et les changements climatiques. Mais nos élus laissent ces dossiers à des nons-élus, à des vendeurs de fausses promesses. Par exemple, il y a quelques années, on nous a vendu des ampoules fluocompactes qui devaient sauver la planète en consommant moins d'énergie et en produisant moins de déchets parce qu'elles devaient durer plus longtemps. Les gens n'ont pas vu de baisse de consommation sur leur facture d'électricité, mais ils ont vu quelques unes de ces ampoules rendre l'âme bien avant le moment annoncé, et à cause du mercure qu'elles contenaient, elles devenaient des déchets toxiques, à ne pas mettre à la poubelle. Et quelques milliards d'ampoules plus tard, on les a rendues obsolètes en mettant les DEL sur le marché. Même constat : la diminution de la consommation d'énergie est passée inaperçue, mais surtout, les défaillances prématurées sont beaucoup trop fréquentes (j'en ai installé une hier qui devait durer 22 ans mais qui s'est éteinte au bout de 5 heures).

      Et les voitures à batteries ? Elles ne sauveront pas la planète : seulement l'industrie automobile qui veut continuer à construire 100 millions de véhicules chaque année. Leurs immenses batteries seront-elles aussi facilement recyclable que le simple... papier ?

      Pendant ce temps, le pétrole coule à flots. On avance ou on recule ? Hélas, il se pourrait que l'on recule et le réveil sera brutal.

  • André Ouellet - Abonné 24 janvier 2020 10 h 15

    Récupération et recyclage

    Ce problème concerne tout le monde.Je pense qu'il faudrait faire une enquète plus générale, pour voir comment les pays les plus performants gèrent ce problème.
    Une approche holistique et sytémique devrait pouvoir identifier et définir les différents les éléments impliqués dans le système.
    Pour comprendre si un système fonctionne bien,il faut d'abord identifier le but.Le but d'un sytème de récupération et de recyclage, c'est de produire mois de déchets . Qui plus est, il faut identifier tout ce qui contribut à produire des déchets; la cueillette de la récupération et le recyclage, ne règleront jamais la problème,il faut rempnter aux sources et , identifier les différentes responsabiletés.

  • Steeve Gagnon - Abonné 24 janvier 2020 10 h 35

    ah le privé

    Un bel exemple de gestion par le privé qui a maximisé les profits quand le papier mixte valait cher au lieu de se modernier et d'améliorer la qualité. Maintenant, c'est le public qui doit payer pour cette incurie.

  • Madeleine LaRoche - Abonnée 24 janvier 2020 18 h 37

    Une urgence ?

    On peut m'expliquer pourquoi le ministre et la mairesse sont dans l'urgence d'agir tout à coup? Cette crise s'est amorcée depuis quelques années déjà. La mairesse a annoncé en grande pompe la création d'un nouveau centre de tri à Lachine il y a à peine quelques mois alors qu'il ne se fait pratiquement pas de recyclage au Québec ni même au Canada depuis longtemps. Pourquoi? Parce que les entrepreneurs qui se sont lancés dans l'entreprise du recyclage ont vite fait de se recycler dans d'autres domaines. À peine subventionnées, ces entreprises sont peut-être payantes pour l'environnment mais pas pour l'investisseur-entrepreneur. À Montréal, et au Québec, on récupère mais on ne recycle pas. Il ne faut pas confondre ces deux R.