Les deux centres de tri de Montréal menacés de fermeture

Le centre de tri de Saint-Michel risque de cesser ses activités sous peu, tout comme le centre situé à Lachine, pourtant inau-guré il y a à peine deux mois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le centre de tri de Saint-Michel risque de cesser ses activités sous peu, tout comme le centre situé à Lachine, pourtant inau-guré il y a à peine deux mois.

La région de Montréal pourrait se retrouver très rapidement confrontée à une sévère crise de gestion des matières recyclables. Les deux centres de tri de l’île risquent en effet de fermer leurs portes sous peu, faute de viabilité de leurs activités. La Ville dit espérer trouver rapidement des solutions « afin d’éviter que ces matières se retrouvent dans les sites d’enfouissement ».

Selon des informations publiées d’abord par La Presse en fin de journée mercredi, le centre de tri de Saint-Michel, situé dans l’est de Montréal, mais aussi le centre situé à Lachine, pourtant inauguré il y a à peine deux mois, seraient sur le point de cesser leurs activités.

Le cabinet de la mairesse, Valérie Plante, a d’ailleurs confirmé en soirée qu’une réunion d’urgence est prévue pour discuter de la situation. « Une rencontre aura lieu vendredi, réunissant la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec, TIRU et Recyc-Québec. Le gouvernement aura un rôle crucial à jouer pour aider les municipalités à trouver des débouchés », précise le cabinet, dans une réponse écrite au Devoir.

« Toutes les parties concernées sont actuellement à pied d’oeuvre pour trouver une solution permettant d’éviter l’enfouissement », a ajouté le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, dans une réponse transmise par courriel. Le bureau du ministre a aussi assuré que « la priorité » du gouvernement était d’accompagner Montréal, en collaboration avec Recyc-Québec, « afin que le service de collecte des matières ne soit pas interrompu ».

La Ville de Montréal est propriétaire de ces deux centres, qui gèrent le papier, le carton, le plastique, le verre et le métal que les Montréalais mettent dans leurs bacs de recyclage. Mais c’est l’entreprise Groupe TIRU, filiale de la multinationale française EDF, qui gère ces infrastructures qui ont une capacité de traitement annuelle de plus de 250 000 tonnes. Il n’a pas été possible mercredi d’obtenir de précisions sur les intentions du Groupe TIRU, mercredi.

Si ces fermetures se confirment, elles s’ajouteraient à celle, annoncée l’automne dernier, du centre de tri de Longueuil, propriété d’une filiale du Groupe TIRU. Selon des informations publiées mercredi par La Presse, les centres de tri de Châteauguay et de Saguenay devraient aussi fermer leurs portes sous peu.

Cela signifie que la capacité globale de traitement des centres de tri de la province risque, au final, d’être nettement insuffisante pour gérer les quelque 900 000 tonnes de matières récupérées qui sont traitées chaque année.

Marchés fermés

Le problème des centres de tri, c’est que les matières triées en vue de leur « acheminement aux fins de recyclage » peinent à trouver preneur. Le premier coup dur des dernières années est intervenu avec la fermeture, début 2018, du marché de la Chine.

Les exportations de matières recyclables, et notamment les papiers mélangés qui sortent des centres de tri (plus de 80 % de leurs ventes), se sont alors retrouvées dans d’autres pays d’Asie, principalement en Inde. Mais ces marchés se sont eux aussi passablement refermés au cours des derniers mois.

Pour tenter de sauver la mise, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont pourtant offert un soutien financier aux centres de tri, afin de les maintenir en activité. En mai 2018, une somme de 29,2 millions de dollars provenant de la Ville a été offerte pour le centre de tri de Saint-Michel, tandis que le plus récent budget du gouvernement Legault prévoit une aide de 20 millions pour soutenir les activités de ces infrastructures.

«Prévisible»

Appelé à réagir mercredi en soirée, le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, a dit redouter la fermeture des centres de tri de la région de Montréal.

« Ce serait majeur et ça ferait très mal », a-t-il affirmé au Devoir. « Ce sont les plus gros centres de tri de la province et, concrètement, ça voudrait dire que Montréal n’aurait plus de centre de tri. On parle de plusieurs dizaines de camions par jour » qui n’auraient plus de site prévu pour le dépôt des matières recyclables issues de la collecte municipale.

Dans ce contexte, M. Ménard plaide pour une recherche rapide de solutions pour éviter « l’enfouissement » des matières recyclables. « On ne peut tout simplement pas dire aux gens de cesser de récupérer, ce serait beaucoup trop dommageable. Ça risquerait de compromettre la confiance des gens dans le système pour plusieurs années. »

Il estime par ailleurs que les autorités auraient dû prévoir le coup bien avant la crise qui a découlé de la fermeture des frontières de la Chine, en 2018, parce que tout cela était « prévisible depuis au moins 10 ans ». « Il faut maintenant repenser toute notre gestion des matières, pour produire de la qualité, parce que les marchés sont là, si on peut répondre aux besoins des entreprises, et notamment des papetières. Il ne faut pas se contenter d’offrir une aide d’urgence pour maintenir les centres de tri sur le respirateur artificiel. »

« La fermeture des marchés asiatiques a des effets majeurs sur nos centres de tri, et ceux de l’ensemble de la province. Cette situation doit nous amener à revoir nos modèles », a aussi fait valoir mercredi soir le cabinet de Valérie Plante. « Ce n’est pas la première crise que nous traversons. Profitons de cette occasion pour développer et mettre en place les opportunités que nous avons pour une vision à long terme. »