Le dépotoir de Sainte-Sophie veut doubler sa capacité

Pour le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, qui a réclamé la tenue d’un examen du BAPE pour le projet d’expansion 2022-2040, ces audiences devraient être l’occasion de réfléchir à la façon dont on gère nos matières résiduelles.
Photo: Felipe Dana Associated Press Pour le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, qui a réclamé la tenue d’un examen du BAPE pour le projet d’expansion 2022-2040, ces audiences devraient être l’occasion de réfléchir à la façon dont on gère nos matières résiduelles.

Le BAPE se penchera dès mardi sur un important projet d’expansion du site d’enfouissement de Sainte-Sophie, au nord de Montréal. La filiale de l’entreprise américaine Waste Management (WM), qui exploite le site, veut y enfouir jusqu’à 18 millions de tonnes de déchets d’ici 2040, ce qui reviendrait à doubler la quantité de détritus stockés sur le site.

WM Québec demande l’autorisation du gouvernement du Québec pour ouvrir un nouveau secteur de son site pour l’enfouissement de déchets pour la période 2022-2040, puisque les zones actuellement exploitées seront remplies au maximum de leur capacité dès la fin de 2022, au rythme annuel actuel d’environ 950 000 tonnes de déchets.

L’autorisation du projet d’expansion prolongerait donc l’exploitation du site situé à Sainte-Sophie, à l’est de Saint-Jérôme. Le site, qui reçoit des déchets de la région immédiate et des municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) depuis 1964, contient déjà environ 20 millions de tonnes de déchets domestiques, ce qui signifie qu’on pourrait doubler cette quantité sur une période de 18 ans.

Selon l’étude d’impact déposée au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, le projet impliquerait un déboisement de peuplements forestiers et la perte de 180 000 m2 de milieux humides. WM Québec promet toutefois des mesures de reboisement, mais aussi de compensation des milieux humides détruits.

Mégasites

Ce n’est pas la première fois que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) évalue un projet d’expansion du site d’enfouissement de Sainte-Sophie. En 2009, à la suite d’un rapport du BAPE portant sur un projet d’expansion pour une période de 25 ans, le gouvernement du Québec avait finalement accordé un certificat d’autorisation pour une exploitation se prolongeant sur 10 ans.

À ce moment, le décret du gouvernement, qui autorisait dans un premier temps l’enfouissement d’un million de tonnes chaque année, précisait que « les tonnages annuels maximaux autorisés seront revus à la baisse en tenant compte, notamment, des objectifs de la future politique québécoise de gestion des matières résiduelles ». Or, dix ans plus tard, WM Québec réclame le droit d’enfouir la même quantité de déchets, soit un million de tonnes chaque année.

Pour le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), qui a réclamé la tenue d’un examen du BAPE pour le projet d’expansion 2022-2040, ces audiences devraient être l’occasion de réfléchir à la façon dont on gère nos matières résiduelles. « Nous devrions passer à une autre étape dans notre réflexion, parce que l’ère des mégasites d’enfouissement devrait être chose du passé, surtout dans un contexte où on parle de plus en plus de réduction à la source », fait valoir son directeur général, Karel Ménard.

Selon lui, il serait même pertinent de mandater le BAPE pour mener un examen « générique » sur la gestion des sites d’enfouissement au Québec, au lieu d’étudier « chaque projet d’expansion à la pièce ». Il faut dire que d’autres sites se remplissent rapidement, dont celui de Lachenaie, le seul situé sur le territoire de la CMM, qui pourrait être rempli en 2029. On y enfouit chaque jour 3500 tonnes de déchets, en moyenne.

En plus des possibles conséquences sur les sols et sur l’eau, les sites d’enfouissement produisent des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment sous forme de méthane, un gaz au « potentiel de réchauffement » 25 fois plus élevé que le CO2.

Selon le plus récent bilan québécois des émissions de gaz à effet de serre, le secteur « déchets » a produit 5,8 % de toutes les émissions de la province en 2017, soit 4,55 millions de tonnes de GES, un chiffre en croissance depuis 2013. Cela équivaut aux émissions moyennes annuelles de 1,8 million de voitures.

Dans le cas du site de WM Québec situé à Sainte-Sophie, l’exploitant a déclaré des émissions de GES de 149 540 tonnes en 2018, selon les données du « Registre des émissions de gaz à effet de serre » du gouvernement du Québec.

6 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 13 janvier 2020 01 h 05

    La photographie...

    La photographie de cet article démontre que plus de 50% des matières ce qui s'y retrouve sont constituées de matière facilement recyclable (plastique, papier, acier, carton, etc., et qu'environ 25% des matièes autres (bouts de bois) peuvent être "revalorisée" en autre chose.

    En fait, la photographie démontre la faillite du système de ceuillette, du triage, et du recyclage qui a été implanté au début des années 1990.

  • Mario Jodoin - Abonné 13 janvier 2020 02 h 18

    Précisions

    Vous avez raison d'écrire que les émissions de ce secteur sont en croissance depuis 2013 (en fait de 14,4 % depuis son niveau plancher de 2012), mais on doit aussi noter que ces émissions ont quand même diminué de 34 % depuis 1990 malgré la hausse plus récente. Alors qu'elles représentaient 8,0 % des émissions en 1990, cette part était, comme vous le dites, de 5,8 % en 2017. Bref, il y a eu de bomme choses de faites dans ce domaine, mais les efforts ont semblé s'étouffer depuis 2012, surtout du côté du captage des biogaz, selon «l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2017 et leur évolution depuis 1990». La baisse observée avant 2012 montre qu'il est possible d'agir dans ce domaine et qu'il faut intensifier nos efforts dans ce sens.

  • Yvon Pesant - Abonné 13 janvier 2020 06 h 58

    Il n'y a qu'à regarder dans les poubelles de monsieur et madame Toulmonde pour comprendre la demande de Waste Manegement. Notre surconsommation de tout et rien et plus encore conduit à cela.

    C'est sans compter tout ce qui contamine ce qui devrait seulement se trouver dans nos bacs de recyclage et de compost. Ce qui fait en sorte que, au bout du compte, cela s'en va à l'enfouissement plutôt que de demeurer dans la filière de la valorisation.

    Dans ce dossier comme dans bien d'autres, c'est à nous qu'il revient de bien nous informer sur le quoi et le comment faire puis de poser les bons gestes à la base. Il y a un très bon exercice mental et physique dans la technique du 3RV: Réduire-Réutiliser- Recycler-Valoriser.

  • Denis Paquette - Abonné 13 janvier 2020 07 h 05

    nos ancetres de jetaient pas si facilement

    faisons-nous tous les efforts qu'il faut , ou n'avons nous pas pris l'habitude de se débarasser facilement de plein de choses, ou n'est ce pas notre univers que nous hypothéquons, quelle sorte de consommateurs sommes nous est-ce que notre approche est légitime

  • Serge Lamarche - Abonné 13 janvier 2020 21 h 30

    Trop de richesses

    Les déchets ont augmenté drastiquement avec les plastiques et la richesse plus grande des sociétés. De plus, le modèle capitaliste encourage plus de déchets en fabriquant des choses qui deviennent obsolètes rapidement et qui ne biodégradent pas facilement.
    La solution serait de faire payer les fabriquants pour recycler ou trouver un débouché pour leurs produits lorsqu'ils sont périmés.
    Les déchets biodégradables ne devraient pas être enfouis dans les dépotoirs mais être revalorisés et décomposés pour être transformés en terreau ou engrais.