Cinq dossiers environnementaux à surveiller au Québec

Québec et Ottawa sont à pied d’oeuvre afin d’ajouter potentiellement plus de 5000 km² de zones protégées dans l’estuaire du Saint-Laurent dès cette année, notamment pour protéger l’habitat de cétacés menacés.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Québec et Ottawa sont à pied d’oeuvre afin d’ajouter potentiellement plus de 5000 km² de zones protégées dans l’estuaire du Saint-Laurent dès cette année, notamment pour protéger l’habitat de cétacés menacés.

Plusieurs dossiers environnementaux risquent de susciter des débats au Québec au cours de l’année. Le Devoir a recensé cinq de ces enjeux à surveiller en 2020.

Protection du territoire

Il reste moins d’un an au gouvernement du Québec pour parvenir à l’atteinte de ses objectifs de protection du territoire naturel. En vertu des engagements internationaux pris dans le cadre du Protocole de Nagoya, adopté en 2010, le Québec doit protéger au moins 17 % de son territoire naturel terrestre et 10 % de ses milieux marins, et ce, d’ici la fin de 2020. Or, 10,68 % des milieux terrestres sont actuellement protégés, ainsi qu’à peine 1,35 % des milieux marins (1,9 % en incluant le secteur du golfe nommé Banc des Américains). Pour tenter de respecter les engagements du Québec, le gouvernement Legault a déposé en novembre un projet de loi qui doit permettre d’accélérer les choses au cours des prochains mois. Québec et Ottawa sont aussi à pied d’oeuvre afin d’ajouter potentiellement plus de 5000 km² de zones protégées dans l’estuaire du Saint-Laurent dès cette année, notamment pour protéger l’habitat de cétacés menacés. Un autre projet d’aire marine est envisagé autour des îles de la Madeleine, mais sans échéancier précis.

Gaz naturel

D’entrée de jeu, le gouvernement Legault s’est montré enthousiaste face au projet de terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié Énergie Saguenay, de GNL Québec, le plus imposant projet industriel de l’histoire du Québec. L’entreprise, qui doit encore parachever son étude d’impact en vue de l’évaluation environnementale du gouvernement fédéral et de celle du Québec, répète aussi que son projet de mise en marché de gaz naturel exploité principalement par fracturation permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ailleurs dans le monde, en remplaçant des énergies plus polluantes. Au Canada, le projet générera toutefois près de huit millions de tonnes de GES par année. Des scientifiques et des écologistes pressent donc les gouvernements de rejeter le projet, qui pourrait aussi avoir des répercussions sur l’écosystème du Saint-Laurent, en raison du trafic maritime associé à l’usine du Saguenay. Le projet est directement lié à un projet de gazoduc qui soulève lui aussi des enjeux d’acceptabilité sociale.

Photo: Alexandre Shields Le Devoir Un navire dans le fjord du Saguenay

Nouveaux ports

Les deux imposants projets d’expansion portuaire, soit celui du Port de Montréal, à Contrecoeur, et celui du Port de Québec, à Beauport, sont toujours en cours d’évaluation environnementale fédérale. Et dans les deux cas, la construction des terminaux soulève des enjeux en matière de protection du Saint-Laurent et d’espèces en voie de disparition. Dans le cas du projet de Contrecoeur, même si l’étude d’impact n’a pas encore été jugée complète, Ottawa a déjà affirmé son soutien sans détour en décembre dernier, promettant 300 millions de dollars de fonds publics pour lancer la construction du terminal de conteneurs. Le futur port de Contrecoeur, qui nécessitera des investissements d’au moins 750 millions de dollars, doit permettre de faire transiter chaque année jusqu’à 1,1 million de conteneurs. Pour cela, 750 000 mètres cubes de sédiments du Saint-Laurent devront être dragués, avant la construction d’un quai de plus de 650 mètres. Quelque 1200 camions circuleront chaque jour dans le secteur, pour transporter les conteneurs.

Gaz de schiste

L’entreprise albertaine Questerre Energy a intenté, puis suspendu en 2019, une action en justice contre le gouvernement du Québec, afin de le forcer à lever l’interdiction des forages avec fracturation dans la vallée du Saint-Laurent. Questerre et le gouvernement doivent de nouveau se rencontrer en février afin de décider des prochaines étapes dans le cadre de cette démarche devant les tribunaux. Le président de Questerre, Michael Binnion, dit vouloir démontrer qu’il pourrait être « bénéfique » pour le Québec de développer son potentiel gazier, mais dans un contexte d’« acceptabilité sociale ». Il faut dire qu’une dizaine d’entreprises, majoritairement de l’extérieur du Québec, détiennent actuellement un total d’environ 13 000 km² de permis d’exploration dans le sud de la province, entre Montréal et Québec. Certaines ont déjà évoqué la possibilité d’intenter des actions pour obtenir des dédommagements financiers de la part du gouvernement.

 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir En mars 2019, des dizaines de milliers d’étudiants ont manifesté pour le climat à Montréal.

Poursuite contre Ottawa

La démarche cible directement le gouvernement fédéral, mais elle a été lancée au nom des jeunes Québécois de 35 ans et moins. L’organisme Environnement jeunesse a en effet lancé, fin novembre 2018, une action en justice contre le gouvernement du Canada, accusé de violer les droits fondamentaux des jeunes générations en adoptant un plan de lutte contre les changements climatiques inadéquat et dont les objectifs ne seront même pas atteints. Leur requête pour obtenir le droit de lancer leur action en justice, présentée en Cour supérieure, a été rejetée en juillet dernier. La décision a toutefois été portée en appel et elle sera vraisemblablement de retour en cour en 2020. Cette cause n’est pas la seule du genre dans le monde. Dans une décision sans précédent qui pourrait avoir des répercussions dans plusieurs pays, la Cour suprême des Pays-Bas a ordonné en décembre au gouvernement de réduire substantiellement les émissions de gaz à effet de serre du pays, au nom de son obligation de protéger les citoyens contre les impacts des bouleversements climatiques.