Le compostage, c’est ICI que ça se passe!

Amélie Cournoyer Collaboration spéciale
Aux Promenades de Drummondville, une employée trie les matières compostables.
Photo: Stéphanie Shooner Aux Promenades de Drummondville, une employée trie les matières compostables.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis l’été 2018, Drummondville collecte les matières organiques des industries, commerces et institutions — ou ICI, de leur petit nom. Une initiative qui rallie leurs employés autour d’un objectif commun : réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Juin 2013. Le gouvernement québécois rejette partiellement une demande d’agrandissement d’un site d’enfouissement à Drummondville. Pour la municipalité, le message est clair : c’est le temps de repenser les modes d’élimination des déchets. Une commission consultative est mise en place et rend son rapport en 2016. Sa recommandation est simple : le seul déchet qui devrait être éliminé est celui qu’on ne peut pas valoriser.

Autrement dit, trognons de pomme et carcasses de poulet n’ont plus leur place dans les poubelles des chaumières, pas plus que dans celles des restaurants, des usines ou des hôpitaux, qui eux, n’étaient pas encore munis de bacs bruns.

« À partir de là, on a travaillé sur un plan pour optimiser la gestion des matières résiduelles. D’une part, on a décidé de s’attaquer à l’organique et, ensuite, d’intervenir auprès des industries, des commerces et des institutions », explique Roger Leblanc, directeur du Service de l’environnement de la ville.

Composter au lieu d’enfouir

La collecte des matières organiques s’organise en mai 2016 dans un projet-pilote avec 11 industries, commerces et institutions (ICI). Le centre commercial des Promenades Drummondville joue les cobayes. Et pas qu’à moitié : du jour au lendemain, toutes les poubelles et les bacs de recyclage de la zone de restauration ont été retirés ! Les clients déposent leur plateau sur un chariot, un nouvel employé les trie. L’adaptation a nécessité des investissements en argent et en temps, pour « seulement » 5 % de matières compostables sur l’ensemble des déchets, précise la directrice générale de l’époque, Céline Burdet, qui ne regrette pas de s’être jointe au projet.

L’hôpital Sainte-Croix, autre cobaye volontaire, trie désormais les matières compostables des quelque 825 repas servis chaque jour. Munie de 18 bacs bruns résidentiels au départ, la direction comprend vite qu’elle a sous-estimé son potentiel de récupération. Aujourd’hui, un conteneur de quatre verges cubes trône dans le stationnement.

Le secret est dans la sauce

Pour surmonter les défis, l’hôpital a misé sur… ses employés ! Les convaincus ont joué les leaders. En un an, 30 tonnes de matières organiques, équivalant à 416 bacs bruns résidentiels, ont été détournées de l’enfouissement, ce qui équivaut aux émissions de GES de deux allers-retours Montréal-Sydney en avion.

Aux Promenades Drummondville aussi les résultats sont palpables, avec environ 18 tonnes de matières compostables collectées la première année. « La clé du succès, c’est d’y croire », dit Céline Burdet.

Forte de cette réussite, la Ville a rendu obligatoire, en juin 2018, la collecte des matières organiques pour la trentaine d’ICI considérés comme les plus grands générateurs de GES, en plus d’offrir une desserte sur une base volontaire à tous les autres. « La municipalisation de ce service est une première au Québec », clame Roger Leblanc, en concluant que la Ville a l’ambition d’étendre la collecte des matières organiques à l’ensemble des ICI d’ici 2022.