Saint-Bruno-de-Montarville met les mains dans la terre

Amélie Cournoyer Collaboration spéciale
Autocueillette sur la place centrale de Bruno-de-Montarville
Robert Laflamme Autocueillette sur la place centrale de Bruno-de-Montarville

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Sur la Rive-Sud dans la région de Montréal, Saint-Bruno-de-Montarville revendique le titre de première ville nourricière au Québec. Presque trois ans après l’adoption de cette politique, l’heure est au bilan.

L'idée a germé en 2015, à la suite d’une consultation publique sur la Vision stratégique 2035 de la Ville. « On a demandé aux gens comment ils voyaient leur ville dans 20 ans. Ils nous ont parlé de protection du territoire agricole, d’approvisionnement local, d’environnement et de saines habitudes de vie », explique la conseillère municipale Isabelle Bérubé. En d’autres mots, ce que réclamaient les citoyens, c’est une ville nourricière.

Ça mange quoi en hiver ?

Concrètement, une ville nourricière cherche à augmenter l’autonomie alimentaire grâce à une agriculture de proximité à faible incidence environnementale. Le but étant d’améliorer l’accès de la population à des aliments sains.

Pour une municipalité de 27 000 habitants, les ambitions étaient grandes. Saint-Bruno-de-Montarville voulait que son système alimentaire durable ait des retombées positives sur la qualité de vie et la santé de sa population, sur le développement économique local, ainsi que sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de l’incidence de l’agriculture sur les milieux naturels. Rien que ça !

Avant l’adoption de la politique en mars 2017, il y avait déjà un marché public estival, quelques aménagements avec des comestibles et un jardin communautaire. « Après l’adoption de la politique, la municipalité a révisé sa réglementation pour autoriser les potagers en façade et sur les toits plats, mais aussi l’élevage d’abeilles et de poules pondeuses. Nous avons également intégré l’agriculture urbaine dans notre planification de l’aménagement du territoire », explique Denis Laplante, directeur de l’Urbanisme, de l’Environnement et du Développement durable à la Ville. Des petites parcelles à cultiver seront prévues dans les nouveaux îlots résidentiels, et un projet de petite ferme urbaine serait aussi dans les cartons d’un quartier en développement.

Depuis, le nombre d’initiatives citoyennes en agriculture urbaine a explosé ! « Il y a eu comme un effet d’entraînement », lance Isabelle Bérubé. Un groupe d’une quinzaine de citoyens a par exemple créé un jardin collectif, et des organismes communautaires ont aidé à la récolte des fruits, des légumes et des fines herbes (tomates, persil, choux-raves, bette à carde, courges, etc.) dans les bacs et les plates-bandes publiques pour les redistribuer, notamment au comptoir alimentaire. La Ville collecte aussi les matières organiques des résidences unifamiliales, des duplex et des triplex depuis janvier 2019.

Mobilisation insuffisante

Cependant, pour acquérir une plus grande autonomie alimentaire, « la mobilisation pourrait aller plus loin », fait remarquer Chantal de Montigny, une nutritionniste en santé publique qui travaille sur l’accès à une saine alimentation pour l’OBNL Vivre en Ville. « Il n’y a pas eu d’avancées du côté des entreprises agroalimentaires, souligne la Montarvilloise. Mais, c’est normal, on ne peut pas transformer localement, parce qu’on ne produit pas suffisamment. On est dans un processus en ce moment », observe-t-elle en sachant que devenir une ville nourricière ne se fait pas en criant lapin ! « On peut dire que la politique nous a permis de nous entendre sur une base, autour de laquelle on se mobilise pour avancer. Et on le fait graduellement. »