Mange ta ville

Guillaume Roy Collaboration spéciale
Le jardin communautaire de l’école primaire Pie XII, à Saint-Prime
Photo: Guillaume Roy Le jardin communautaire de l’école primaire Pie XII, à Saint-Prime

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Afin de réduire leur dépendance aux importations d’aliments, huit villages de la région se prennent en main pour devenir des municipalités nourricières et produire davantage de nourriture locale.

En cette matinée de septembre, des élèves de l’école primaire Pie XII, à Saint-Prime, ont troqué leurs crayons pour de petites pelles. En compagnie de leur professeur, ils mettent en terre des pieds de menthe, de monarde, de mélisse et de thym auprès des haies aménagées l’an dernier, où poussent camerises, framboises, groseilles, bleuets et fraises.

Le but : créer un jardin scolaire communautaire en plein cœur du village. Une opération parmi d’autres menées dans le cadre du projet de municipalité nourricière réalisé en partenariat avec Eurêko !, un organisme qui soutient, depuis dix ans, les petites municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans leurs démarches d’agriculture urbaine.

Devenir municipalité nourricière, c’est un outil d’adaptation aux changements climatiques, car il permet de réduire la dépendance envers les aliments importés sur des milliers de kilomètres, explique Marie-Lise Chrétien-Pineault, chargée du projet chez Eurêko ! « En créant une alliance entre élus et citoyens, on souhaite pérenniser les projets d’agriculture urbaine et développer la résilience alimentaire », ajoute-t-elle.

« On veut sensibiliser la population à l’importance de l’agriculture locale tout en donnant accès à des aliments frais », avance de son côté le maire de Saint-Prime, Lucien Boivin. Au départ, un comité citoyen a déterminé qu’un projet de jardin communautaire et de serre passive, alimentée exclusivement à l’énergie solaire, devrait être implanté au cœur du village. Trop coûteuse dans un premier temps, la serre a été remise à plus tard. Le jardin communautaire est, lui, allé de l’avant en collaboration avec les deux écoles du secteur.

Enseignante à la maternelle de l’école Pie XII, Caroline Naud a volontiers contribué au projet. Selon elle, les jardins permettent aux jeunes d’« apprendre avec leurs sens » et de découvrir de nouveaux aliments. « Ils touchent, sentent, goûtent et voient le travail qu’ils réalisent »,souligne-t-elle, en ajoutant qu’une cour extérieure a également été aménagée près du jardin scolaire.

Et tous les villageois en profitent, souligne Jimmy Meunier, un père de deux élèves. « Quand on a eu besoin d’aromates pour une recette, mon garçon m’a fait penser de venir en récolter à l’école. »

À chaque municipalité son projet

À Saint-Fulgence et à Labrecque, deux autres villages du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui collaborent avec Eurêko ! depuis deux ans, les projets se déploient différemment, au gré des décisions des comités de citoyens.

À Saint-Fulgence, les habitants ont mis sur pied un marché fermier ainsi qu’un répertoire des producteurs agricoles locaux, et ils ont implanté des plates-bandes de comestibles. « On regarde maintenant d’autres projets de jardins ou de serres », explique le directeur général de la municipalité, Jimmy Houde, qui salue la participation citoyenne.

À Labrecque, on a doublé la superficie du jardin collectif intergénérationnel de la résidence des aînés du village, rapporte Michelle Couture, la directrice générale de l’établissement. « En organisant des activités éducatives autour de la récolte et de la cuisine, on permet le transfert de connaissances entre les aînés et les jeunes », ajoute-t-elle en indiquant que la fête des récoltes, en septembre dernier, a attiré plus de 300 personnes, soit le quart de la population. Plusieurs bacs de comestibles ont aussi été aménagés aux coins des rues dans le but de créer un circuit alimentaire.

Eurêko ! a pu lancer le projet « Villes nourricières » en 2017 grâce à des subventions du Fonds d’action québécois en développement durable (64 000 $) et du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean (112 000 $). Il a commencé avec les municipalités de Labrecque, Saint-Fulgence, Saint-Prime et, un peu plus tard, Bégin. L’organisme environnemental a notamment pu développer des outils avec les comités afin d’assurer la pérennité de projets. Il s’est aussi rendu compte qu’il est primordial de travailler avec un élu ou un agent de développement au sein de la municipalité pour assurer la bonne marche du projet. De plus, un protocole d’entente doit être signé dès le départ pour clarifier les obligations financières et matérielles des villes pour la réalisation des projets.

Ces changements ont donc été apportés pour recruter la deuxième vague de municipalités nourricières en 2018, soit Saint-Nazaire, Saint-Charles-de-Bourget et Hébertville-Station, puis Saint-Bruno en 2019.