Le sprint vers la carboneutralité

Rémy Bourdillon Collaboration spéciale
À Sainte-Flavie, les effets des changements climatiques sont déjà visibles: la municipalité est aux prises avec un grave problème d’érosion côtière.
Photo: Rémy Bourdillon À Sainte-Flavie, les effets des changements climatiques sont déjà visibles: la municipalité est aux prises avec un grave problème d’érosion côtière.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

De la parole aux actes ! « Comme nous avons signé [en décembre 2018] la Déclaration d’urgence climatique [DUC], il fallait se mettre en action », affirme Agathe Lévesque, conseillère municipale responsable de l’environnement à Sainte-Flavie. Ce village fait partie des 400 MRC et municipalités québécoises à avoir à ce jour adopté ou appuyé la DUC, exhortant les élus à réduire les gaz à effet de serre (GES). Et Sainte-Flavie, village bucolique du Bas-Saint-Laurent, ne fait pas les choses à moitié pour atteindre — dès 2022 ! — la carboneutralité, autrement ditpour ne pas émettre plus de GES qu’il n’est capable d’en absorber.

Sonder son monde

Première étape : dresser un diagnostic des émissions de GES des entreprises, commerces et industrie du territoire grâce aux outils du programme Partenaires dans la protection du climat du Réseau Environnement, le plus important regroupement de spécialistes en environnement au Québec. Ces outils tiennent compte de la taille, des activités et du chiffre d’affaires des entreprises. Le maire de Sainte-Flavie, Jean-François Fortin, veut l’appliquer à son territoire, affiné par « des rencontres individuelles et un sondage que les entreprises pourront remplir de manière confidentielle ».

Parallèlement, bien que l’on connaisse l’empreinte carbone individuelle des Québécois (9,6 tonnes d’équivalent CO2 par an), la municipalité veut chiffrer plus exactement celle de ses quelque 900 habitants. Chacun d’entre eux sera sondé au sujet de ses allers-retours quotidiens à Rimouski pour le travail ou de ses voyages dans le Sud afin que le tout soit pris en compte sur la facture carbone du village.

De nouvelles règles

Deuxième étape : plusieurs mesures et règlements municipaux entreront en vigueur le 1er janvier prochain pour diminuer les émissions de GES : les commerces ne pourront plus fournir de plastique à usage unique ni de contenant en polystyrène ; les entreprises devront composter ; deux bornes de recharge pour véhicules électriques seront installées ; les permis délivrés pour de la rénovation ou une construction durable seront remboursés.

La municipalité a aussi créé son propre Fonds vert (qu’elle a déjà doté de 20 000 $) ouvert aux dons à partir de janvier 2020. Il financera des projets de particuliers ou d’entreprises qui souhaitent diminuer leur empreinte carbone. Pour l’heure, la municipalité ne prévoit pas d’imposer de réduction des émissions de GES, car le maire pense que la remise en question viendra d’elle-même. « Quand on fait une enquête auprès des citoyens, ils prennent conscience de leur impact individuel sur le climat. »

Du côté des commerces, les nouveaux règlements sont accueillis plutôt favorablement. Le maire Jean-François Fortin reconnaît que certains auront toutefois un gros effort à fournir, mais il estime qu’adopter des contenants compostables n’ajoutera que quelques sous au prix de la poutine, par exemple. Pas assez, selon lui, pour rebuter la clientèle ou pour remettre à plus tard le virage que Sainte-Flavie entend prendre, et au pas de course !