Une métamorphose à l’eau de pluie

Perrine Larsimont Collaboration spéciale
Julien St-Laurent (à gauche) et Alexis Petridis ont orchestré la réfection de la rue Saint-Maurice, à Trois-Rivières.
Perrine Larsimont Julien St-Laurent (à gauche) et Alexis Petridis ont orchestré la réfection de la rue Saint-Maurice, à Trois-Rivières.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Récupérer l’eau de pluie pour limiter les inondations ? C’est le pari qu’a fait Trois-Rivières lors de la réfection de la rue Saint-Maurice. Rencontre avec les artisans d’un projet qui a reçu de grands honneurs.

Le vert piquant des vivaces tranche avec la grisaille automnale. Ces rangées de plantes bordent désormais les trottoirs de la rue Saint-Maurice, à Trois-Rivières. La métamorphose de cette voie de passage de l’est de la ville a été orchestrée par Alexis Petridis, ingénieur en génie urbain, et Julien St-Laurent, spécialiste en environnement.

D’où est parti « le grand projet de la rue Saint-Maurice » ?

Julien St-Laurent : Ça prend des partenariats entre la recherche et les municipalités pour des projets pilotes de terrain comme celui-ci. Il y a cinq ans, l’organisme Ouranos nous a proposé des fonds pour concrétiser un projet d’adaptation aux changements climatiques. La rue Saint-Maurice était prête à être refaite, on a pensé à bonifier sa réfection dans cette optique.

Selon la Ville, 135 arbres, plus de 1000 arbustes et 18 000 plantes vivaces et graminées parsèment désormais la rue…

Alexis Petridis : Nous sommes les deuxièmes au Québec — après Granby — à avoir aménagé une rue en intégrant des îlots de biorétention. En plus de diminuer la quantité et la vitesse de ruissellement des eaux de pluie dans le réseau municipal, on a aussi réfléchi aux autres aspects du projet, comme le rechargement des sources d’eau potable, la sécurité des piétons, la réduction de la vitesse des véhicules, les îlots de chaleur et le verdissement. La volonté d’améliorer la qualité de vie des riverains a dicté l’orientation du projet.

Comment la transformation a-t-elle été accueillie par les riverains ?

Alexis Petridis : De façon mitigée, bien que les gens y soient majoritairement favorables. Ceux qui y transitent peuvent subir certains retards.

Julien St-Laurent : L’esthétique de la rue est appréciée. Les critiques concernent le rétrécissement de la voie de circulation, le manque d’espace pour les bacs à vidange ou le déplacement des stationnements. Ces désagréments font partie de l’adaptation au changement. Je pense que les habitudes des gens vont changer et ces plaintes disparaîtront.

En tant que membre de l’Association des ingénieurs municipaux du Québec (AIMQ), M. Petridis, vous avez reçu le prix Génie-ritas 2018 et le projet est lauréat du prix Mérite Ovation municipale 2019, catégorie « Aménagement et développement durable ». La rue Saint-Maurice va-t-elle faire des petits ?

Alexis Petridis : C’est un honneur incroyable que l’AIMQ reconnaisse le travail effectué et salue le caractère novateur d’un projet de cette ampleur et de cette nature. On est fiers et on espère que ça va encourager nos collègues à proposer des projets similaires à leurs élus.

Julien St-Laurent : Alexis partage toutes les semaines les plans et les coupes du projet avec d’autres ingénieurs municipaux ! (rires)

Alexis Petridis : On a même des rencontres de terrain, car quelques villes viennent voir le projet chez nous.

Pluies intenses et changements climatiques

L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des pluies extrêmes dépassera le niveau de performance des systèmes de gestion des eaux pluviales actuellement en place au Québec, selon une étude d’Alain Mailhot, chercheur de l’INRS spécialisé en hydrologie urbaine. Les projections climatiques disponibles suggèrent une hausse des intensités des pluies extrêmes à l’horizon 2040-2070 de 10 à 20 %, peut-on lire dans l’étude. On y précise par ailleurs que bien que plusieurs inondations en milieu urbain aient frappé le Québec dans la dernière décennie, il est difficile de les imputer à la seule augmentation de l’occurrence des pluies extrêmes. Plusieurs autres facteurs peuvent être en cause, comme la vétusté des infrastructures, leur entretien déficient, l’augmentation des surfaces imperméables ou encore une vulnérabilité plus grande, par exemple, par l’aménagement des sous-sols ou la construction en zones inondables.