L’adaptation, un impératif pour les municipalités

Émélie Rivard-Boudreau Collaboration spéciale
Le verdissement est l’une des façons pour les municipalités de s’adapter aux changements climatiques et de rendre leur population plus résiliente.
Illustration: Sébastien Thibault Le verdissement est l’une des façons pour les municipalités de s’adapter aux changements climatiques et de rendre leur population plus résiliente.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les côtes s’érodent, les digues rompent, les égouts débordent et la chaleur incommode. En première ligne des changements climatiques, les municipalités n’ont pas le choix : elles doivent s’adapter à cette nouvelle réalité.

Plus de 2 milliards de dollars pour les dix plus grandes villes du Québec ; le double pour l’ensemble de la province. C’est la facture prévisionnelle de l’adaptation aux changements climatiques, selon une étude conjointe du Groupe AGÉCO et d’Ouranos, réalisée pour le Caucus des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Ces sommes tiennent compte des estimations d’investissement pour les cinq prochaines années, seulement, dans les secteurs de l’eau potable, des eaux usées et pluviales, du verdissement et de la voirie.

« Les villes sont déjà touchées et c’est à elles de rendre leur population plus résiliente », soutient Caroline Larrivée, la directrice de la programmation scientifique d’Ouranos, le consortium de recherche québécois sur le climat. Les municipalités peuvent aménager leur territoire en évitant les zones à risque, ajuster leurs infrastructures, mais l’adaptation peut aller plus loin. « Elles peuvent aussi s’assurer d’avoir une économie bien diversifiée pour éviter d’être trop dépendantes de secteurs très sensibles aux conditions climatiques », illustre l’experte.

Adaptations variables

Plus une ville a été touchée, par une inondation ou une vague de chaleur, plus elle va être proactive, observe Caroline Larrivée. À l’inverse, « dans les territoires épargnés et qui ont moins accès à des groupes [de recherche] qui travaillent sur ces questions-là, l’intérêt est plus faible ».

Résultat, l’adaptation se fait à petits pas. C’est entre autres ce que révélait une étude publiée en 2017 par l’Observatoire québécois de l’adaptation aux changements climatiques et l’Institut de national de santé publique. « Les gens savent de plus en plus quoi faire, mais ce qu’on a remarqué, c’est qu’il y a beaucoup de barrières à l’action », souligne le directeur de l’observatoire, Pierre Valois. « Les responsables municipaux vont dire qu’ils manquent d’argent, de ressources humaines ou de connaissances, mais ce dernier point est de moins en moins vrai », signale le professeur à la Faculté des sciences de l’Université Laval.

Trouver des solutions

Pour s’outiller, les municipalités s’allient avec des spécialistes et multiplient formations et colloques. Le 7 novembre dernier, l’UMQ organisait par exemple un forum pour repenser le territoire québécois à la lumière des inondations printanières des dernières années. « Le cadre réglementaire actuel sur les inondations est malheureusement dépassé et empêche le monde municipal de faire son travail pour offrir des réponses adaptées aux phénomènes météorologiques extrêmes », regrettait le maire de Drummondville, Alexandre Cusson, qui était alors président de l’UMQ.

Néanmoins, Québec appuie déjà les municipalités dans leurs démarches de réduction des gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques, notamment avec le Programme de soutien à l’intégration de l’adaptation aux changements climatiques à la planification municipale, doté de 13 millions de dollars, ainsi que le programme Climat municipalités – phase 2, qui dispose d’une enveloppe de 40 millions de dollars.