Un ancien dépotoir d’Anticosti se déverse dans le Saint-Laurent

L'ancien dépotoir situé dans le secteur de Port-Menier remonte à l’époque où l’entreprise Consolidated Bathurst était propriétaire de la plus grande île du Québec, de 1967 à 1974.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir L'ancien dépotoir situé dans le secteur de Port-Menier remonte à l’époque où l’entreprise Consolidated Bathurst était propriétaire de la plus grande île du Québec, de 1967 à 1974.

Même s’il sait depuis six ans qu’un ancien dépotoir situé sur l’île d’Anticosti se déverse progressivement dans le Saint-Laurent, le gouvernement du Québec n’a toujours pas de plan de réhabilitation pour nettoyer ce site soumis directement à l’érosion côtière, a appris Le Devoir.

Cet ancien dépotoir situé dans le secteur de Port-Menier remonte essentiellement à l’époque où l’entreprise forestière Consolidated Bathurst était propriétaire de la plus grande île du Québec, de 1967 à 1974. Aucun règlement ne régissait alors les dépotoirs sur Anticosti.

Le problème, c’est que le site est de plus en plus grugé par l’érosion côtière. Cela signifie que les déchets divers que contient ce dépotoir se déversent progressivement sur le rivage de l’île, qui espère obtenir une reconnaissance au patrimoine mondial de l’UNESCO.

À la suite de demandes répétées, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a finalement indiqué avoir été « informé de cette problématique en 2013 ». Tout en disant suivre le dossier « de près », le ministère a précisé que ce « passif environnemental » est toutefois sous la responsabilité du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN).

Ça prend énormément de temps avant que le gouvernement accepte sa responsabilité, et ensuite, c’est long avant d’agir

Le MERN a expliqué avoir mené une première inspection du site du dépotoir « pour la prise d’informations » seulement au cours de l’été 2018. Les « constatations » ont alors amené le ministère à accorder l’été dernier un premier contrat de « nettoyage temporaire », afin de ramasser notamment des déchets qui jonchaient déjà le rivage d’Anticosti. « Les travaux de nettoyage temporaire ont été réalisés au mois d’août 2019. Ces travaux ont permis de collecter 1500 litres de verre brisé, 500 litres de matières résiduelles et 4 tonnes de métal », a précisé le ministère, par courriel.

Un autre contrat a été accordé afin de réaliser « une évaluation environnementale » et vérifier « la présence de contaminants dans les sols et dans l’eau de surface ». Des forages ont également été menés pour caractériser les matières enfouies, mais aussi leur volume. Les résultats de cette évaluation, menée en octobre 2019, « sont actuellement en analyse », a indiqué le MERN, sans plus de détails. Un rapport est attendu « au cours des prochaines semaines ».

Le ministère n’a donc pas donné d’échéancier pour les travaux qui devront être menés sur l’île. On sait toutefois qu’un « plan de réhabilitation du site » devra être produit et que celui-ci « permettra d’identifier et de planifier les prochaines étapes des travaux ». Qui plus est, le ministère des Transports devra produire un « avis géotechnique » avant la réalisation des travaux.

Délais

Le maire d’Anticosti, John Pineault, déplore les délais pour venir à bout de cet héritage toxique. « Ça prend énormément de temps avant que le gouvernement accepte sa responsabilité, et ensuite, c’est long avant d’agir. »

Il a rappelé jeudi que la municipalité, en collaboration avec le comité de zone d’intervention prioritaire (ZIP) de la Côte-Nord, avait proposé un plan pour régler le problème « il y a déjà de cela trois ans ». Le comité ZIP avait d’ailleurs produit, dès 2014, un premier « rapport terrain » qui mettait en lumière la problématique de l’érosion et la présence de sols « fort probablement contaminés ».

« Les déchets rejetés dans le fleuve s’avèrent variés (ferrailles, batteries, plastiques, pneus…) et les répercussions environnementales peuvent donc être sérieuses d’autant plus qu’aucun règlement ne régissait les dépotoirs à cette époque et que des matières polluantes peuvent facilement s’y retrouver », soulignait aussi, il y a de cela cinq ans, le comité.

Le MERN assure par ailleurs que ce « dépotoir du Cap-Blanc » serait le seul du genre sur l’île. John Pineault se montre toutefois sceptique, jugeant « probable » que d’autres sites existent sur Anticosti.

Il estime par ailleurs que le gouvernement aurait le pouvoir de faire progresser d’autres dossiers qui stagnent depuis longtemps et qui nuisent aux projets de développement de la petite communauté insulaire, qui accuse un déclin certain.

Depuis maintenant près de 20 ans, dit-il, les Anticostiens sont sous le coup d’un avis d’ébullition de l’eau. Et malgré les appels répétés pour mettre en place une solution qui coûterait environ quatre millions de dollars, rien ne bouge. « C’est retardé à chaque année et je trouve ça épouvantable, en 2019, de ne pas pouvoir être en mesure de fournir de l’eau potable aux citoyens. »

Pour mettre un terme au projet pétrolier lancé par le gouvernement de Pauline Marois, Québec a dû débourser 92 millions de dollars et accepter de prendre en charge les coûts de restauration des puits forés sur l’île par les pétrolières.



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