Les risques des produits pharmaceutiques pour l’environnement sont très mal évalués, selon l’OCDE

Des produits pharmaceutiques sont constamment rejetés dans l’environnement à partir des usines qui les fabriquent, des gens qui les consomment ou de ceux qui s’en départent de façon inadéquate.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Des produits pharmaceutiques sont constamment rejetés dans l’environnement à partir des usines qui les fabriquent, des gens qui les consomment ou de ceux qui s’en départent de façon inadéquate.

À une époque où les produits pharmaceutiques sont plus utilisés que jamais, les mesures prises pour évaluer les risques environnementaux imputables à ces produits et les efforts déployés pour réduire la pollution liée à leur utilisation massive sont nettement insuffisants, déplore l’OCDE dans un nouveau rapport publié mercredi.

Cette étude, publiée en anglais et intitulée « Pharmaceutical Residues in Freshwater : Hazards and Policy Responses », rappelle que des produits pharmaceutiques sont constamment rejetés dans l’environnement à partir des usines qui les fabriquent, des gens qui les consomment ou de ceux qui s’en départent de façon inadéquate.

« Après avoir ingéré un médicament, les humains ou les animaux excrètent entre 30 et 90 % de ses composants sous forme de substances actives qui se répandent dans les réseaux d’assainissement ou dans l’environnement. Une partie des médicaments est jetée sans avoir été utilisée et se retrouve dans les décharges ou dans les égouts », expliquent les auteurs du rapport.

Résultat : des résidus de ces produits, par exemple des hormones, des antidépresseurs et des antibiotiques, ont été « détectés » dans les eaux de surface et les eaux souterraines un peu partout sur la planète. Des « niveaux élevés » ont même été détectés en aval d’usines de fabrication de médicaments, dans les rejets des usines d’épuration municipales, qui ne sont tout simplement pas conçues pour les traiter, ou encore dans les eaux découlant de l’agriculture et de l’aquaculture.

Risques méconnus

Or, souligne l’OCDE, « les risques environnementaux liés à la grande majorité des quelque 2000 principes actifs employés actuellement dans les produits pharmaceutiques à usage humain ou vétérinaire n’ont jamais été évalués ». L’organisation précise que l’évaluation de la « toxicité environnementale » de 88 % des produits pharmaceutiques actuellement en circulation souffre de lacunes. Qui plus est, « plusieurs dizaines de nouveaux principes actifs sont en général homologués chaque année ».

D’après une étude citée dans le rapport de l’OCDE, on estime qu’au moins 10 % des produits pharmaceutiques sont susceptibles de porter atteinte à l’environnement. Les plus préoccupants seraient les hormones, les antidouleurs et les antidépresseurs.

« Étant donné que les produits pharmaceutiques sont conçus pour interagir avec les organismes vivants à petite dose, même de faibles concentrations peuvent nuire aux écosystèmes d’eau douce. Les données qui attestent d’impacts dommageables sont de plus en plus nombreuses : des analyses menées en laboratoire et sur le terrain montrent que des traces de contraceptifs oraux sont à l’origine de la féminisation des poissons et des amphibiens, et que des résidus de médicaments utilisés en psychiatrie modifient le comportement des poissons », illustre l’OCDE. Dans d’autres cas, ces produits peuvent nuire à la croissance de certains organismes, aux comportements naturels ou au développement.

Prévenir

L’organisation prévient en outre que la présence de résidus de produits pharmaceutiques risque d’augmenter dans les prochaines années, notamment en raison du vieillissement de la population, de la croissance économique et de l’évolution des pratiques médicales. Les bouleversements climatiques risquent aussi d’accroître la demande, en raison de la croissance des maladies liées aux effets du réchauffement.

Qui plus est, le rapport prévoit une croissance de 67 % de l’utilisation des antibiotiques dans l’agriculture et l’aquaculture mondiale d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2015. La majorité de cette croissance proviendra des économies émergentes, où le traitement des eaux fait souvent défaut.

Pour éviter que les produits pharmaceutiques ne deviennent une sérieuse « menace » pour la santé humaine et l’environnement, l’OCDE suggère notamment de « prendre en considération les risques environnementaux dans le cadre de l’homologation des produits », de « favoriser la conception de produits pharmaceutiques qui ne s’accumulent pas dans l’environnement » et de « sensibiliser la population, les médecins et les vétérinaires pour lutter contre la consommation excessive ».