Le Canada est l’un des cancres du G20 en matière de réduction d’émissions de GES

Le Canada est à la traîne, notamment en matière de consommation d’énergie.
Photo: Jason Franson Archives La Presse canadienne Le Canada est à la traîne, notamment en matière de consommation d’énergie.

La stratégie du Canada pour atteindre ses objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre est l’une des pires des pays du G20, conclut un rapport d’étape sur l’action climatique dans le monde.

L’organisme Climate Transparency, un partenariat d’experts du monde entier, évalue les performances climatiques de tous les pays membres du Groupe des 20 grandes économies — 19 pays à économies avancées plus l’Union européenne. Dans son rapport annuel publié lundi, il conclut qu’aucun de ces pays n’a de quoi se vanter.

Les pays du G20 représentent 85 % de l’activité économique mondiale ; en 2018, ils ont généré 80 % des émissions de gaz à effet de serre, qui s’accumulent dans l’atmosphère et retiennent la chaleur.

 

Selon le rapport, environ la moitié des membres du G20 sont sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs actuels de réduction des émissions d’ici 2030, mais ces objectifs sont déjà beaucoup trop timides. Si chaque pays n’augmente pas radicalement ses objectifs, le G20 générera mondialement plus d’émissions en 2030 qu’aujourd’hui, a estimé l’organisme.

Le Canada, la Corée du Sud et l’Australie sont ceux qui sont les plus éloignés des objectifs de réduction des émissions prévus par les engagements de l’Accord de Paris — et ces engagements sont déjà loin d’être suffisants, indique le rapport. Le Canada se classe au deuxième rang des pays du G20, derrière l’Australie, au chapitre des émissions par habitant.

Des rapports canadiens indiquent que si l’on s’en tient au plan existant, le Canada ratera d’environ 80 millions de tonnes son objectif pour 2030, qui est de 513 millions de tonnes de dioxyde de carbone et d’équivalents. Or, selon Climate Transparency, cette cible devrait être doublée si le Canada voulait respecter ses engagements prévus par l’Accord de Paris.

Avec tous les objectifs actuels du G20, le monde devrait se réchauffer de 3 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Or, à partir de 1,5 degré Celsius, il existe « un risque croissant que l’on franchisse un point de bascule critique, à partir duquel le système sur Terre subira des modifications majeures et en grande partie irréversibles », croient les scientifiques.

Avec un réchauffement de 3 degrés Celsius plutôt que 1,5 degré Celsius, les pénuries critiques d’eau seront cinq fois plus importantes dans les pays du G20, indique le rapport. De plus, le nombre moyen de jours au-dessus de 35 degrés Celsius y dépassera chaque année 50, comparativement à 30 jours si la planète se réchauffait de 1,5 degré Celsius. Le climat extrême, y compris celui causé par le changement climatique, tue déjà 16 000 personnes par an dans les pays du G20 et coûte plus de 142 milliards $US.

Trans Mountain

Le rapport félicite par ailleurs le Canada d’avoir imposé un prix national au carbone plus tôt cette année et d’avoir mis en place des analyses environnementales plus rigoureuses pour les grands projets tels que les oléoducs et le développement minier. Mais il a déploré la décision du gouvernement libéral d’approuver l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain pour une deuxième fois, en juin, quelques jours à peine après que le Parlement a voté en faveur d’une motion libérale déclarant l’« urgence climatique ».

Le rapport indique que le Canada fait partie des chefs de file mondiaux dans l’abandon du charbon, mais qu’il est à la traîne sur plusieurs fronts, notamment la consommation d’énergie et les émissions des voitures et des bâtiments.

Selon le rapport, le Canada émet quatre fois plus par personne dans les transports que la moyenne dans les pays du G20 — et plus de deux fois dans les bâtiments. L’économie canadienne est la troisième plus énergivore et la consommation d’énergie au Canada est restée stable au cours des cinq dernières années, alors qu’elle diminue dans l’ensemble du G20.

L’« action pour le climat » a été un élément clé de la récente campagne électorale fédérale. Quatre des cinq partis qui ont élu des députés — à l’exception des conservateurs — se sont engagés à faire plus pour réduire les émissions et la consommation d’énergie. Cette question devrait occuper une place centrale lors de la prochaine session parlementaire.

Le premier ministre Justin Trudeau a promis de faire mieux que l’engagement actuel du Canada pour 2030, mais il n’a pas précisé de combien. Il a également l’intention de faire en sorte que le Canada devienne « carboneutre » d’ici 2050, ce qui signifie que toutes les émissions seraient absorbées par la nature, comme les forêts, ou par des technologies comme les systèmes de captage et de stockage du carbone.

Climate Transparency signale que 2020 sera une année critique pour le changement climatique, car les signataires de l’Accord de Paris seront tenus de présenter leurs nouvelles cibles nationales.