L’Accord de Paris sur le climat toujours peu respecté par les pays

Le centre-ville de Los Angeles, vu de Pasadena, baignait dans un nuage de smog au milieu de la journée de mardi. La qualité de l’air a été qualifiée de «mauvaise» pour la santé des gens éprouvant des difficultés respiratoires par les autorités sanitaires.
Photo: Mario Tama Getty Images Agence France-Presse Le centre-ville de Los Angeles, vu de Pasadena, baignait dans un nuage de smog au milieu de la journée de mardi. La qualité de l’air a été qualifiée de «mauvaise» pour la santé des gens éprouvant des difficultés respiratoires par les autorités sanitaires.

Trois ans après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, pas moins de 75 % des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris par les pays signataires sont insuffisants pour éviter des bouleversements majeurs du climat, conclut un rapport rédigé par quatre scientifiques qui ont participé aux travaux du GIEC.

Partant du fait qu’un « désastre » environnemental et économique est à prévoir sans une action climatique internationale ambitieuse, les auteurs du rapport publié mardi par l’organisme américain Universal Ecological Fund ont analysé les engagements pris par 184 États dans le cadre de l’Accord signé à Paris en 2015. C’est ce qu’on appelle les « contributions déterminées au niveau national ».

Leur constat est sans appel : pas moins de 75 % de ces engagements (136 États) sont « partiellement » ou « totalement » insuffisants pour respecter l’objectif scientifique de réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Gros émetteurs

Parmi ces États, on compte trois des plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre (GES). La Chine, principal émetteur de la planète, a ainsi pris un engagement de réduction de « l’intensité » de ses émissions. Cependant, celles-ci ont augmenté de 80 % entre 2005 et 2018 « et elles devraient continuer de croître au cours de la prochaine décennie, selon les prévisions de croissance économique », souligne le rapport d’une trentaine de pages.

Quant à l’Inde, ses émissions de GES «augmentent rapidement ». Elles ont déjà bondi de 76 % entre 2005 et 2017 « et elles devraient continuer de croître jusqu’en 2030, en raison de la croissance économique ».

Les États-Unis, qui ont notifié officiellement lundi leur intention de se retirer de l’Accord de Paris le 4 novembre 2020, ont déjà sabré dans les « réglementations » conçues pour réduire les émissions de GES. La Russie, cinquième plus gros émetteur de la planète, « n’a toujours pas soumis son plan de réduction d’émissions », rappellent les auteurs du rapport.

Seuls 36 engagements sont considérés comme étant pleinement suffisants pour répondre à l’objectif le plus ambitieux de l’Accord, soit de limiter le réchauffement global à 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle.

Dans le cas du Canada, les scientifiques issus du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) évaluent que l’engagement pris par le gouvernement fédéral est « partiellement suffisant » pour répondre à l’urgence climatique.

« Sans changements radicaux, nous pourrions vivre dans un monde à +1,5 degré dans une décennie », a mis en garde mardi Robert Watson, en entrevue à l’Agence France-Presse.

Coûts énormes

Les auteurs, dont l’ancien président du GIEC Robert Watson, soulignent en outre que cet échec annoncé de la lutte contre les bouleversements climatiques risque d’entraîner des pertes économiques mondiales « de plus de deux milliards de dollars par jour » à l’horizon 2030.

Qui plus est, les événements découlant des dérèglements du climat auront des répercussions sur la santé humaine, l’accès aux ressources alimentaires, la disponibilité de l’eau, le maintien de la biodiversité et la croissance économique nécessaire pour répondre aux besoins d’une population humaine de plus en plus nombreuse.

Pour éviter le pire, les scientifiques plaident pour un virage rapide vers la production d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables et la fermeture de pas moins de 2400 centrales fonctionnant au charbon, et ce, d’ici 2030. « Actuellement, plus de 250 centrales supplémentaires sont en construction », déplorent-ils.

La lutte contre la déforestation, la réduction des émissions de méthane (liées notamment à la production de gaz naturel) et des mesures d’efficacité énergétique devraient également être mises de l’avant.

Par ailleurs, 11 000 scientifiques ont aussi prévenu mardi que l’humanité s’expose à « des souffrances sans nom » si elle ne s’attaque pas sérieusement et rapidement à la crise climatique, dans un appel publié par la revue BioScience.

« Il faut un accroissement immense des efforts pour préserver notre biosphère afin d’éviter des souffrances sans nom », écrivent les signataires, citant notamment la diminution de l’usage des énergies fossiles, la préservation de la biodiversité, une réorientation des priorités économiques de la seule croissance vers le « bien-être » ou encore la maîtrise de la pression démographique mondiale.