Un gazoduc pour «faciliter» la transition énergétique

<p>Le futur gazoduc de 780 kilomètres traversera l’Abitibi, avant de se rendre au Saguenay. Il servira à transporter le gaz naturel albertain qui sera liquéfié à l’usine Énergie Saguenay, de GNL Québec.</p>
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Le futur gazoduc de 780 kilomètres traversera l’Abitibi, avant de se rendre au Saguenay. Il servira à transporter le gaz naturel albertain qui sera liquéfié à l’usine Énergie Saguenay, de GNL Québec.

Le gazoduc qui doit transporter le gaz naturel qui sera liquéfié à l’usine Énergie Saguenay est conçu pour « faciliter » la transition énergétique et il est « compatible » avec les politiques de lutte contre les changements climatiques. C’est ce qu’affirme l’entreprise Gazoduq, qui a déposé récemment son projet aux autorités fédérales, qui auront le dernier mot sur sa construction en sol québécois.

Le futur gazoduc de 780 kilomètres, qui sera connecté en Ontario au réseau de TC Energy (anciennement TransCanada), traversera l’Abitibi, avant de se rendre au Saguenay. Il servira à transporter le gaz naturel albertain qui sera liquéfié à l’usine Énergie Saguenay, de GNL Québec.

Même si cette conduite d’un mètre de diamètre transportera principalement du gaz naturel exploité par fracturation, Gazoduq estime que le projet s’inscrit dans un contexte de lutte contre les bouleversements climatiques.

« Le projet est conçu de manière à être compatible avec les politiques provinciales, canadiennes et internationales en matière d’énergie et de climat puisqu’il devrait contribuer à faciliter une transition énergétique au profit du gaz naturel au détriment des sources d’énergie plus polluantes (par exemple, [le] charbon, [le] mazout et [le] diesel) actuellement utilisées sur certains marchés internationaux […] », précise la description du projet déposée à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada.

« Cette transition devrait contribuer à soutenir la lutte contre les changements climatiques en réduisant notamment les émissions de gaz à effet de serre sur les marchés internationaux », ajoute le document, qui est ouvert aux commentaires du public jusqu’au 12 novembre.

Interpellée par Le Devoir, l’entreprise admet toutefois qu’elle ne sera pas responsable de la vente du gaz qui sera exporté et qu’elle ne sait donc pas qui seront les acheteurs du gaz qui sera exporté. « Le projet de Gazoduq est une conduite souterraine de transport de gaz naturel sous forme gazeuse, comme c’est le cas pour l’ensemble des conduites de ce genre au Canada », précise sa conseillère principale, Communications et relations médias, Joëlle Brodie.

Gazoduq précise en outre que trois postes de compression seraient implantés le long du tracé et qu’ils utiliseraient des turbines « alimentées au gaz naturel ». Chaque poste de compression émettrait ainsi, chaque année, jusqu’à 165 000 tonnes de gaz à effet de serre.

Forêts et cours d’eau

Selon la « zone d’aménagement privilégiée » identifiée par l’entreprise, le gazoduc s’implanterait dans une « emprise permanente » de 30 mètres de largeur sur le territoire de 18 municipalités du Québec. Un total de sept municipalités sont situées en Abitibi, dont Rouyn-Noranda. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la conduite de gaz traverserait le territoire de 10 municipalités, dont Saguenay et Roberval.

Les milieux forestiers couvrent environ 73 % de la superficie de cette zone, suivis des milieux humides, à 16 %. La construction entraînera donc des travaux de déboisement qui devraient provoquer une « perte temporaire d’habitat » pour certaines espèces fauniques, tandis que les traversées de cours d’eau « pourraient toucher l’habitat » d’espèces aquatiques.

Mme Brodie souligne que le nombre de cours d’eau qui seront traversés par le gazoduc reste à préciser. « Nous poursuivons actuellement nos inventaires terrain afin de documenter rigoureusement les impacts de notre projet. Cette information sera documentée dans notre étude d’impact que nous déposerons lors du premier trimestre de 2020. »

En plus du déboisement pour le gazoduc, de nouvelles « routes d’accès permanentes » seront construites le long du tracé. En phase de construction, du « dynamitage » est également prévu, de même que la construction de diverses « infrastructures temporaires » pour enfouir le gazoduc.

Construction en 2021

Selon les informations déposées aux autorités fédérales, Gazoduq espère entreprendre la construction de son infrastructure dès la fin de 2021, ou alors le début de 2022. La mise en exploitation serait prévue pour 2024, afin d’alimenter Énergie Saguenay.

Une procédure d’évaluation environnementale de la portion du projet de gazoduc en sol québécois est prévue au ministère de l’Environnement du Québec. Toutefois, en vertu de la réglementation en vigueur, la décision d’autoriser la construction de ce gazoduc revient uniquement au gouvernement fédéral.

Des groupes écologistes québécois, des avocats et des scientifiques ont réclamé plus tôt cette année la tenue d’une seule « évaluation globale et complète » du projet de gazoduc et de l’usine Énergie Saguenay. Le gouvernement de François Legault a rejeté cette idée. À l’instar des promoteurs, Québec juge la chose impossible, puisque le gazoduc de Gazoduq et le complexe industriel de GNL Québec seront construits par des entreprises distinctes. Celles-ci sont toutefois étroitement liées.

Gazoduq a un total de 14 lobbyistes inscrits au registre québécois. Leurs démarches visent à « obtenir toutes les autorisations et permis requis afin de compléter le projet », mais aussi les « avis de conformité » aux règlements de zonage municipaux.

Un lobbyiste de l’Association canadienne des producteurs pétroliers a également un mandat qui vise à obtenir un « appui » du gouvernement du Québec au projet de gazoduc. Le premier ministre François Legault, le ministre de l’Environnement Benoit Charette, le ministre de l’Énergie Jonatan Julien et le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon ont tous adopté une position favorable au projet Énergie Saguenay, directement lié à celui de Gazoduq.