Québec soutiendra la candidature d’Anticosti à l’UNESCO

La candidature d’Anticosti s’appuie sur le fait qu’on retrouve sur l’île, et notamment sur son pourtour, le témoignage de «la première extinction massive de vie animale à l’échelle mondiale», principalement à travers ses fossiles.
Photo: THOSETIMES / CC La candidature d’Anticosti s’appuie sur le fait qu’on retrouve sur l’île, et notamment sur son pourtour, le témoignage de «la première extinction massive de vie animale à l’échelle mondiale», principalement à travers ses fossiles.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, assure qu’il mettra en place des mesures de protection « gagnantes » pour que le dossier d’Anticosti en vue d’une reconnaissance à l’UNESCO puisse progresser. Mais il tient mordicus au maintien des coupes forestières sur l’île, jugeant qu’une protection trop étendue nuirait à l’entreprise active sur l’île.

Le Devoir révélait récemment que le ministère de M. Dufour a émis un avis défavorable à la création d’une bande de protection de deux kilomètres, puis d’un seul kilomètre sur le pourtour de l’île, afin de protéger l’accès à des ressources forestières. Or, ce geste risque de faire échouer le dossier de candidature qui doit être soumis à l’UNESCO, afin de faire reconnaître la « valeur universelle exceptionnelle » de son patrimoine géologique et paléontologique.

Dans la foulée de ces révélations, les libéraux ont présenté mercredi une motion qui réclame « que l’Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste de mettre en place une bande de protection des berges de l’île sans tarder » et qu’il s’engage à protéger l’île ainsi qu’à « soutenir » la candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le vote sur la motion a été reporté à jeudi matin, mais celle-ci a donné lieu à un débat de deux heures mercredi à l’Assemblée nationale.

Protection

Interpellé par les trois partis d’opposition, le ministre Pierre Dufour s’est engagé à proposer des « modalités » de protection. « Je pense qu’avec un kilomètre, on peut arriver à une situation gagnante pour la foresterie, pour le projet UNESCO, pour le maire de L’Île-d’Anticosti, pour la population, mais aussi pour l’ensemble du développement de cette île-là, pour ne pas non plus tuer le potentiel économique de la forêt que l’île d’Anticosti produit. »

Selon le ministre, une telle bande de protection d’un kilomètre, du littoral vers l’intérieur des terres, représente la protection d’une superficie de 400 km2. Puisque l’île a une superficie de 7923 km2, cela équivaut à protéger 5 % de la plus grande île du Québec.

« Il faut comprendre une chose : la capacité forestière de cette île-là, elle a une valeur si on la respecte à un certain niveau », a ajouté M. Dufour. Les coupes de bois avoisinent chaque année les 100 000 mètres cubes sur Anticosti, soit 0,3 % des 34,2 millions de mètres cubes de « possibilités forestières » annuelles du Québec.

« La reconnaissance de l’île d’Anticosti comme patrimoine mondial de l’UNESCO devrait être une question de fierté nationale. Nous devrions toutes et tous être derrière la communauté anticostienne pour ce projet », a fait valoir la députée solidaire Catherine Dorion, après avoir énuméré quelques sites reconnus au patrimoine mondial de l’UNESCO, dont l’arrondissement historique du Vieux-Québec et le parc national de Miguasha.

La candidature d’Anticosti, qui doit être soumise en 2021, s’appuie sur le fait qu’on retrouve sur l’île, et notamment sur son pourtour, le témoignage de « la première extinction massive de vie animale à l’échelle mondiale », principalement à travers ses fossiles.

La saga Anticosti

14 février 2011 : Le Devoir révèle que le potentiel pétrolier de l’île serait très important. Hydro-Québec, qui détenait les permis d’exploration, a cédé ses droits à Pétrolia et Corridor Resources.

29 septembre 2011 : Une étude évalue le potentiel pétrolier sur Anticosti à plus de 40 milliards de barils.

13 février 2014 : Le gouvernement péquiste de Pauline Marois s’engage à investir 115 millions pour réaliser un projet d’exploration, en partenariat avec Pétrolia et Corridor Resources.

5 décembre 2015 : Philippe Couillard déclare qu’il n’a « aucun enthousiasme » pour le pétrole, dont le projet Anticosti.

28 juillet 2017 : Le gouvernement met fin au projet Anticosti et offre des millions de dollars en compensations aux entreprises concernées.

20 décembre 2017 : Anticosti est inscrite sur la liste des sites du patrimoine mondial au Canada, une étape cruciale en vue de sa candidature à l’UNESCO.

21 juin 2018 : Le gouvernement de Philippe Couillard annonce la mise sur pied d’un comité interministériel pour aider la municipalité à préparer son dossier de candidature à l’UNESCO.

25 octobre 2018 : Le premier ministre François Legault affirme qu’il ne souhaite pas relancer l’exploration pétrolière sur l’île. « Il n’y a aucun intérêt de notre part. Il n’y a pas de projets sur la table », dit-il.