Le gouvernement Legault ouvert à financer les études économiques d’Énergie Saguenay

Le projet Énergie Saguenay entraînera une augmentation marquée du trafic maritime dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le projet Énergie Saguenay entraînera une augmentation marquée du trafic maritime dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent.

Le gouvernement de François Legault compte « aider » l’entreprise GNL Québec à réaliser les études économiques qui doivent permettre au promoteur de l’usine gazière Énergie Saguenay de démontrer la pertinence de ce projet d’exportation maritime de gaz naturel de l’Alberta. Un soutien financier public n’est pas exclu, a-t-on confirmé au Devoir.

Interpellé lors de la période des questions mercredi, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a souligné que le gouvernement de la CAQ entend soutenir la réalisation des études économiques préalables à la construction de l’usine Énergie Saguenay et du gazoduc qui doit l’alimenter. « On va supporter les promoteurs s’ils veulent continuer à faire le travail », a-t-il dit, en réponse à une question du député solidaire Vincent Marissal.

Le ministre a précisé que le projet de GNL Québec pourrait être « bon » si le gaz naturel qui sera liquéfié à l’usine sert à « remplacer » des énergies plus polluantes, comme le charbon. « À ce moment-ci, la réponse à ces questions est inconnue. Entre-temps, est-ce qu’on doit aider les promoteurs à évaluer le projet sur une base environnementale et sur une base économique ? La réponse est oui, on va aider. Quelle forme va prendre l’aide ? C’est encore ici incertain. »

Le cabinet de M. Fitzgibbon n’exclut pas un soutien financier public à la réalisation de ces études. « Nous n’excluons rien, il s’agit d’un projet économique important », a répondu au Devoir son attaché de presse, Mathieu St-Amand. Pour le moment, toutefois, le gouvernement n’a pas encore accordé de fonds aux promoteurs d’Énergie Saguenay. « Nous étudions toutes les demandes de l’entreprise. Aucun montant n’a été déboursé à l’entreprise à ce jour. »

Selon les données disponibles mercredi, GNL Québec a un total de neuf lobbyistes inscrits au registre québécois. Leur mandat comprend des démarches pour « l’obtention potentiel de soutien financier (montant indéterminé) gouvernemental disponible (prêt ou autre) en vertu des programmes existants et qui sont gérés, soit directement par les ministères ou encore indirectement par des organismes, Investissement Québec, en vue de la réalisation du projet Énergie Saguenay ».

Appui au projet

Le premier ministre François Legault a déjà dit que le projet d’exportation de gaz naturel albertain serait « un projet très important entre l’Alberta et le Québec ». Le ministre de l’Environnement a aussi dit que « c’est un projet qui a ses mérites sur le plan du développement économique, qui peut même avoir ses mérites sur certaines perspectives en environnement ».

En juin, le ministre des Ressources naturelles, Jonatan Julien, est allé plus loin en exprimant un soutien sans équivoque au projet. Il a alors repris l’argument du promoteur selon lequel l’usine allait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde.

« Ça va réduire de manière formidable, formidable, les GES à travers le monde, on va en faire la démonstration, et c’est sur cette base environnementale que la décision sera prise. Mais 14 milliards de dollars d’investissements au Québec, on est pour ça, on est très pour ça », a-t-il déclaré.

Opposition

Récemment, une quarantaine d’économistes et de chercheurs québécois ont toutefois soutenu que le gaz exporté par navires pourrait bien remplacer du gaz conventionnel plus propre ou de l’électricité de source renouvelable, et ainsi augmenter les émissions de GES. À leur avis, il n’est pas crédible de soutenir que le gaz remplacera des énergies plus polluantes comme le charbon, en Europe et en Chine. L’entreprise n’a dévoilé aucun acheteur précis pour le gaz qu’elle souhaite liquéfier et exporter.

Dans une lettre publiée plus tôt cette année dans Le Devoir, plus de 160 scientifiques québécois réclamaient quant à eux le rejet du projet, qui serait « incompatible avec la transition énergétique », puisqu’il favorisera le développement de l’industrie gazière. Or, pour respecter les objectifs de réduction des émissions de GES à l’échelle mondiale, « il est essentiel de réduire le nombre d’infrastructures liées aux combustibles fossiles et non d’en construire davantage ».

Selon les évaluations d’Environnement Canada, les émissions dites « en amont » de l’usine Énergie Saguenay, soit celles liées à l’exploitation — principalement par fracturation — et au transport du gaz naturel par gazoduc, devraient atteindre plus de sept millions de tonnes chaque année. Le gouvernement fédéral et celui du Québec n’entendent toutefois pas en tenir compte dans leur examen environnemental du projet.

Transport maritime

Outre les enjeux climatiques, le projet a soulevé des questions de la part des scientifiques du gouvernement fédéral quant aux impacts du transport maritime industriel du gaz, notamment pour le béluga du Saint-Laurent.

GNL Québec affirme que son projet peut se faire sans nuire au béluga, mais Pêches et Océans Canada soutient que l’évaluation des impacts du transport maritime sur l’espèce est tout simplement « incomplète » et qu’elle ne s’appuie pas sur les « connaissances actuelles ».

Selon l’analyse des scientifiques de Pêches et Océans Canada, « le bruit d’origine anthropique, particulièrement celui lié au transport maritime, est identifié comme une des principales menaces pour le rétablissement de la population [de bélugas] et un environnement sonore adéquat est identifié comme une composante de son habitat essentiel ».

Qui plus est, le fait que le trafic additionnel sur le Saguenay affectera un secteur « qui est assidûment fréquenté par des femelles, des juvéniles et des veaux, soit un segment particulièrement vulnérable de la population ».

L’entreprise doit donc réévaluer les impacts du transport maritime, même si elle ne sera ni la propriétaire, ni l’exploitante de ces navires. Selon GNL Québec, qui a étudié 14 sites avant d’opter pour celui sur le Saguenay, il est « impossible » d’éviter l’habitat essentiel du béluga.

Avec le projet Énergie Saguenay, on prévoit 300 à 400 passages de navires méthaniers (300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur) sur le Saguenay chaque année. Ce projet s’ajoute à d’autres projets de terminaux maritimes qui occasionneront une hausse du trafic maritime dans le parc marin au cours des prochaines années.