Le Parti vert victime de la «distorsion» de notre mode de scrutin

Le Parti vert a récolté un peu plus de 1,16 million de voix, soit 6,5% des votes. Il n’a toutefois fait élire que trois députés.
Photo: Cole Burston La Presse canadienne Le Parti vert a récolté un peu plus de 1,16 million de voix, soit 6,5% des votes. Il n’a toutefois fait élire que trois députés.

Même si le Parti vert a doublé ses appuis chez les électeurs canadiens, la formation n’a pas pu effectuer de véritable percée lors des élections fédérales de lundi. Une situation attribuable en bonne partie au mode de scrutin, même si un candidat défait du Québec évoque aussi une nécessaire réflexion sur le leadership.

Selon les données disponibles mardi sur le site d’Élections Canada, le Parti vert a récolté un peu plus de 1,16 million de voix, soit 6,5 % des votes. Il n’a toutefois fait élire que trois députés, soit deux en Colombie-Britannique et un au Nouveau-Brunswick. À titre de comparaison, le Bloc québécois, dont le vote se concentre évidemment au Québec, a obtenu 1,37 million de voix, soit 7,7 % des votes. La formation a toutefois obtenu un total de 32 sièges aux Communes.

Professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Catherine Côté ne s’étonne pas de cette « distorsion » entre les appuis et les députés élus. « Notre système est fait essentiellement pour être bi partite », rappelle-t-elle. Contrairement à certains pays européens, comme par exemple l’Allemagne, où le mode de scrutin permet des gains significatifs de la part des formations écologistes, le système électoral canadien condamne selon elle le Parti vert à obtenir toujours « une faible députation ».

Réforme

Même si le gouvernement Trudeau s’était engagé en 2015 à réformer le mode de scrutin, il est par la suite revenu sur son engagement, en indiquant qu’il n’y avait pas de consensus sur cette question dans la population. Les élections de 2019 se sont donc déroulées selon le même système qui a permis aux libéraux d’être majoritaires en 2015 « avec à peine 39 % des voix », précise Mme Côté.

Dans le contexte d’un paysage politique qui est plus diversifié qu’avant, il serait important que le mode de scrutin évolue, souligne Mme Côté. « Les gens se sentiraient mieux représentés avec un système plus proportionnel. Il y a actuellement une frustration réelle chez les électeurs, qui peuvent être forcés de voter pour « le moins pire » des candidats. »

« Malgré tout, les enjeux environnementaux ont gagné au cours de la dernière campagne. Tous les partis ont dit avoir des préoccupations environnementales, donc les enjeux ont été mis au-devant de la scène », souligne-t-elle.

Leadership

Candidat défait du Parti vert lundi dans la circonscription d’Outremont, Daniel Green critique lui aussi le mode de scrutin actuel, qui ne permet pas à la formation d’obtenir selon lui sa juste part de députés.

M. Green admet par ailleurs que le parti doit amorcer une réflexion sur les moyens de mieux présenter son message aux électeurs. Est-ce que la cheffe Elizabeth May, qui a été réélue lundi, devrait passer le flambeau ? « Je pense qu’elle le sent », laisse tomber Daniel Green, en rappelant qu’elle a aujourd’hui 65 ans. « C’est un travail épuisant », ajoute-t-il. « Être le leader d’un parti est un sport de jeunes. »

Selon M. Green, « il pourrait être intéressant d’avoir un leader plus jeune, plus bilingue et plus souvent présent au Québec. » La question de la langue lui semble être un aspect important pour séduire l’électorat québécois : « il est clair que pour percer au Québec, il faut être parfaitement bilingue ».

Dans un communiqué publié au lendemain du scrutin, la cheffe du Parti vert a pour sa part évoqué des « victoires historiques » pour le Parti vert. Grâce à la force du travail acharné, au sens du devoir et à une éthique profonde, nous pouvons apporter une contribution vraiment importante dans un gouvernement minoritaire, et nous le ferons », a souligné Elizabeth May.