Marcher pour refuser la désillusion

«La manifestation reste une des manières les plus concrètes pour nous de faire de la sensibilisation», précise Sarah Montpetit.
Photo: Mia Berthiaume «La manifestation reste une des manières les plus concrètes pour nous de faire de la sensibilisation», précise Sarah Montpetit.

Ils ont 16, 17 ou 18 ans. Ils se concertent constamment pour parler d’une voix collective. Ils militent, même au détriment de leurs heures de cours, même aux dépens de leur paix familiale. Aujourd’hui, les jeunes du mouvement Pour le futur Montréal marcheront encore dans les rues, cette fois du parc Jarry jusqu’à la Petite Italie. Un autre vendredi pour contrer leur impuissance, pour muer leur colère en engagement, pour refuser la désillusion qu’entraîne chez eux « la politique des adultes ». Et cette fois aussi, pour en appeler leurs jeunes collègues, et leurs alliés, à aller voter.

« Ce sont des élections tellement importantes », indique Sara Montpetit, 18 ans, co-porte-parole du mouvement Pour le futur, avec Mika Pluviose, 16 ans.

« Le prochain parti sera au pouvoir pour les cinq prochaines années, des années hyperprécieuses pour l’action face à la crise climatique. Nous, notre but, c’est que la mobilisation continue. C’est de faire pression. »

Mais encore ? « On veut attirer la population à voter intelligemment en fonction de l’urgence climatique présente, qui se joue là, maintenant ; et sensibiliser les gens à voter pour un parti prêt à agir. »

Pour le futur Montréal cherche cette fois à porter son message auprès d’une « population plus résidentielle, des gens qui nous voient marcher moins souvent », précise M. Pluviose, soit les résidents de Villeray et de la Petite Italie… en plein comté de Justin Trudeau.

Est-ce une manière pas si subtile de vouloir détourner le vote libéral ? « Oui, en partie », répondent les porte-parole. « On a discuté beaucoup de vote stratégique », caressant même l’idée d’adopter comme slogan pour cette marche un tonnant #FuckLeVoteStratégique.

« Le vote stratégique, c’est comme avouer qu’on est impuissant ; comme accepter de censurer notre vrai vote pour empêcher un parti de rentrer. Ça fait deux mandats qu’on voit des votes stratégiques pour se débarrasser des conservateurs ; et ça fait qu’on élit un parti qui ne représente pas nos valeurs. Là, il faut voter pour les partis qui vont faire quelque chose, maintenant, pour le climat. »

Le mouvement veut aussi, évidemment, rejoindre leur génération. Viser les jeunes qui, comme Sara Montpetit, en seront à leur premier vote. Et également ceux qui n’y ont pas droit encore, espérant « qu’ils influencent leurs parents », sourit M. Pluviose.

« La manifestation reste une des manières les plus concrètes pour nous de faire de la sensibilisation », précise Mme Montpetit.

« On marche, et ensuite il y a les discours. Je trouve qu’à l’école, on n’en apprend pas assez. On ne comprend pas pourquoi les élections ne sont pas prises au sérieux dans le programme, dans notre éducation. On ne nous en parle pas à l’école ! On dirait que le but du gouvernement, c’est qu’on ne soit pas conscientisé, et qu’on n’aille pas voter, alors que ces élections-là sont essentielles », répète-t-elle.

La politique est partout

Comment ces jeunes en sont-ils venus à s’impliquer autant ? Mika Pluviose a commencé à s’intéresser à la politique l’an dernier, alors qu’il était en secondaire IV à l’école Sophie-Barat, orienté en ce sens entre autres par certains cours, dont celui de français.

« On y a vu qu’on pouvait parfois changer le monde par des textes. Ensuite, il y a eu la montée de la cause environnementale, qui me tient beaucoup à coeur. Je suis entré dans le mouvement début avril, j’ai commencé à aller aux manifestations ». Il a participé depuis, à vue de nez, à une quinzaine d’entre elles.

Pour Sara Montpetit, l’intérêt politique a toujours été un peu là, transmis par ses parents. Mais il y a eu point de bascule : « Pour moi avant, la politique, c’était le pouvoir ; ces gens au-dessus de nous qui parlent à la radio et à la télé. Quand j’ai fondé le mouvement [Pour le futur Montréal en février dernier], j’ai réalisé que la politique était partout, en fait, et qu’elle touchait à tout. Et qu’il y avait de la place pour un mouvement de revendication et de rébellion. »

Et autour d’eux ? « Au début, le noyau dur était de 20 personnes. Maintenant, on est 100 et je n’imagine pas ce nombre diminuer », estime Mme Montpetit.

« Nous, en tant que jeunes, notre préoccupation principale, c’est cette grève climatique. Et on n’est pas encore assez. »

Si le rassemblement d’un demi-million de personnes le 27 septembre dernier leur a fait du bien, ils sont aujourd’hui amèrement déçus de voir que les discours et les actions des gens au pouvoir n’en ont pas été infléchis.

« Je n’ai plus confiance en la politique des adultes, la politique actuelle », poursuit Mme Montpetit. « Elle devrait être représentative de tous, de toutes les générations ; elle ne devrait pas être réservée à une seule classe sociale, ni aux hommes blancs d’un certain âge. Et présentement, elle nous mène droit dans un mur. »

Que feront-ils si le 21 octobre les conservateurs reprennent le pouvoir ? « De plus fortes et plus grandes mobilisations, évidemment », répondent-ils. « Il faudra s’attendre probablement à plus d’actions de désobéissance civile. »

Même avec ce feu de la jeunesse, ne risquent-ils pas de s’épuiser ?

« Nous diminuons le nombre de nos manifestations pour l’instant. Elles ne sont plus hebdomadaires, comme auparavant. Nous continuerons toutefois à garder une certaine pression en diversifiant nos actions, tout en s’unissant de plus en plus à Extinction Rebellion Youth Québec. »

Et aujourd’hui, ils marchent. Et ils marcheront.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que Sara Montpetit a fondé Pour le futur Québec, a été modifiée.