Amazonie : le cri des indigènes chez le pape François

Si les questions socio-économiques et environnementales auront une large place dans les débats, les évêques se pencheront bien évidemment sur des thèmes plus spécifiques à l’Église en manque de prêtres dans cette vaste région isolée qu'est l'Amazonie.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse Si les questions socio-économiques et environnementales auront une large place dans les débats, les évêques se pencheront bien évidemment sur des thèmes plus spécifiques à l’Église en manque de prêtres dans cette vaste région isolée qu'est l'Amazonie.

« Aidez-nous à défendre notre terre mère, nous n’avons pas d’autre habitation ! », implore la soeur missionnaire indigène Laura Vicuña, qui assistera en tant qu’auditrice à un synode inédit sur l’Amazonie convoqué pour trois semaines au Vatican.

Le pape François doit ouvrir dimanche matin par une messe en la basilique Saint-Pierre ce synode composé majoritairement d’évêques venus de la région panamazonienne qui touche neuf pays, où se glisseront aussi 17 représentants des populations autochtones.

Soeur Laura, une missionnaire qui lutte au péril de sa vie pour la défense des territoires des Caripuna en Amazonie brésilienne, est venue symboliquement à Rome avec de la terre. « Terre, eau, forêt, sans ces trois éléments personne ne peut rien faire », a-t-elle expliqué à la veille du début du synode.

La frêle jeune femme a parcouru 150 kilomètres à travers la région des Caripuna pour documenter et dénoncer l’amputation de leurs terres.

« Les images satellites montrent une route qui va droit vers les terres indigènes », décrit-elle, avant de fondre en larmes en expliquant la terreur ressentie face aux « menaces de mort du crime organisé » qui l’obligent souvent à se cacher.

Le document de travail du synode, fruit notamment d’une vaste consultation locale en Amazonie (260 événements impliquant 80 000 personnes), dénonce avec précision les injustices sociales voire les assassinats de la région, tout en formulant des suggestions pour l’action future de l’Église catholique qui perd du terrain en raison d’une pénurie de prêtres.

Il suggère « d’écouter le cri de la « Mère Terre » agressée et gravement blessée par le modèle économique de développement prédateur et écocide, qui tue et pille, détruit et anéantit ».

La démarche écologique et sociale des épiscopats latino-américains insupporte le président brésilien climatosceptique Jair Bolsonaro, qui avait déclaré en août à un média local que les services du renseignement brésilien surveilleraient le synode.

Dans ce contexte hostile, le cardinal brésilien Claudio Hummes, président du Réseau ecclésial pan amazonien (REPAM) et rapporteur du synode, a pris le soin de répéter que l’Église respectait « la souveraineté nationale » du Brésil.

« Nous demandons de l’aide au monde entier car nous sommes très inquiets de la nouvelle politique d’exploration minière de l’Amazonie », confie à l’AFP José Luiz Cassupá, un indigène de l’État de Rondônia au Brésil, venu à Rome avec sa coiffe de plumes bleues indigo.

« Cela représente une menace sociale, culturelle et écologique, pas seulement pour les peuples indigènes, mais pour tout le Brésil », prévient-il. Il se prononce résolument contre « un développement de destruction des terres indigènes » et se plaint d’un gouvernement brésilien « qui n’a pas tenu sa parole ».

« Après avoir péniblement obtenu un minuscule bout de terre pour survivre, les indigènes finissent par en être chassés », déplore-t-il, le regard triste.

À l’opposé de ces voix inquiètes mais néanmoins chargées d’espérance face à l’initiative du pape François et des épiscopats d’Amérique du sud, Jonas Marcolino, de l’ethnie brésilienne des Macuxi, a choisi le camp du développement économique de la forêt amazonienne.

« Je déplore que le synode n’ait invité aucun indigène qui pense différemment des missionnaires », a-t-il confié samedi à l’AFP, en marge d’une conférence organisée par un institut catholique brésilien ultra-conservateur avec une centaine de soutiens.

L’homme de la région de Roraima, fier de sa couronne de plumes multicolores, défend sans complexe « le capitalisme et le progrès ».

« Ce que l’Église demande dans notre région, c’est détester les blancs, empêcher l’ouverture de routes et l’arrivée de l’électricité », assène Jonas Marcolino, critiquant un courant théologique qui appuie « le marxisme ».

Si les questions socio-économiques et environnementales auront une large place dans les débats, les évêques se pencheront bien évidemment sur des thèmes plus spécifiques à l’Église en manque de prêtres dans cette vaste région isolée.

Ils débattront de suggestions novatrices comme la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés d’âge mur préférablement autochtones et de trouver des types de ministères pour les femmes.

Des questions explosives qui resteront à l’état d’avis donnés au pape, qui rédigera son propre texte après le synode.