L’Ocean Cleanup récolte enfin des débris du «continent de plastique» du Pacifique

<p>L’organisation The Ocean Cleanup a publié des photos montrant une récolte de filets de pêche, de divers objets en plastique et même d’un pneu.</p>
Photo: Ocean Cleanup / Associated Press

L’organisation The Ocean Cleanup a publié des photos montrant une récolte de filets de pêche, de divers objets en plastique et même d’un pneu.

Le système imaginé par l’organisation The Ocean Cleanup semble finalement en mesure de récolter divers débris à la dérive au cœur du « continent de plastique » qui se trouve dans l’océan Pacifique. Il s'agit d'une première étape vers un nettoyage qui s’annonce colossal, voire impossible.

Selon ce qu’a annoncé mercredi le jeune Néerlandais à l’origine du projet, Boyan Slat, cette première barrière flottante aurait récolté ses premiers débris divers après avoir connu des ratés majeurs à la suite de sa mise à l’eau, à la fin de l’an dernier.

L’organisation The Ocean Cleanup, qui a suscité espoir et scepticisme avec son projet de « nettoyage » du continent de plastique du Pacifique Nord, a d’ailleurs publié mercredi des photos montrant une récolte de filets de pêche, de divers objets en plastique et même d’un pneu.

Selon ce qu’a précisé le porte-parole Niels Broekhof au Devoir, « le Système 001 permet effectivement de ramasser du plastique, mais surtout dans le cadre de nouveaux tests. L’équipe travaille actuellement à des ajustements nécessaires pour le rendre pleinement fonctionnel ».

« Nous pensons donc que nous pouvons réellement nettoyer les océans », a toutefois déclaré mercredi le jeune Boyan Slat, âgé de 25 ans, dans le cadre d’un point de presse rapporté par l’Agence France-Presse. Il n’est pas le seul à le croire, malgré les critiques de plusieurs experts, puisque son projet a récolté de nombreux appuis depuis qu’il a lancé l’idée, en 2012. Il est parvenu à récolter les 30 millions de dollars nécessaires pour développer un système censé permettre de concentrer le plastique en pleine mer, pour ensuite le ramasser et le ramener à terre, afin de le recycler.

Pour en savoir plus

Voyez le documentaire Albatross (en anglais), qui démontre les impacts de la pollution par le plastique sur la faune marine.

Cette première barrière flottante, surnommée Wilson, a toutefois connu des ratés au cours des derniers mois. Elle avait d’abord été remorquée en plein océan en octobre 2018. Elle a ensuite subi des bris majeurs qui ont forcé l’organisation à la rapporter à Hawaï, pour des réparations qui ont duré plusieurs mois.

Malgré ces embûches, Boyan Slat a dit mercredi avoir bon espoir de pouvoir atteindre l’objectif de l'Ocean Cleanup : nettoyer d’ici cinq ans la moitié du « continent de plastique » du Pacifique Nord.

Tâche colossale

Même si Wilson finit par fonctionner, la tâche sera colossale. L'Ocean Cleanup a réalisé une étude afin de caractériser cette soupe de plastique, située grosso modo entre Hawaï et la Californie et qui atteint aujourd’hui une superficie de plus de 1,6 million de kilomètres carrés. Les résultats donnent la mesure du problème : pas moins de 2000 milliards de morceaux de plastique flotteraient dans ce vortex, pour un poids dépassant les 80 000 tonnes.

Ces morceaux sont très divers et incluent notamment une très grande quantité de débris d’engins de pêche. Près de la moitié de cette masse de détritus est constituée de morceaux bien visibles, donc des déchets qui risquent de se dégrader au fil du temps. Ils formeront alors des particules de microplastique qui pourraient s’immiscer dans la chaîne alimentaire et représenter un risque pour toute la vie marine.

L’organisation espère construire 60 barrières flottantes qui seraient remorquées jusqu’au continent de plastique d’ici 2020 afin de lancer la véritable opération de nettoyage. Objectif : éliminer 90 % des déchets d’ici 2040.

Ce ne serait pourtant qu'un début, puisqu’il existe six de ces vortex de plastique dans le monde. Globalement, on estime que plus de 150 millions de tonnes se trouveraient déjà dans les océans de la planète, un nombre qui devrait doubler d’ici 2050.

Selon une étude publiée en 2017 dans Nature Communications, les fleuves du monde déversent entre 1,15 et 2,41 millions de tonnes de plastique chaque année dans les océans, soit environ 50 kilos par seconde. Et 86 % de l’ensemble des détritus de plastique sont issus de cours d’eau asiatiques. Chaque année, l’humanité produit en outre plus de 300 millions de tonnes de plastique et la majorité de celui-ci n’est pas recyclée.

Même si elle salue l’initiative de The Ocean Cleanup, la chercheuse Sarah-Jeanne Royer, de l’Université d’Hawaï, ne croit pas que cela viendra à bout du problème. « C’est très séduisant de vouloir nettoyer les océans, mais il faudrait agir à la source et stopper la pollution des océans par le plastique. Il faudrait d’abord arrêter l’hémorragie. Pour cela, il faut aider les pays d’Asie à réduire leurs problèmes de gestion du plastique. Et il faudrait nettoyer leurs plages. »