L’humanité émet 100 fois plus de CO₂ que les volcans, précise une nouvelle étude

Le Piton de la Fournaise, sur l'île française de la Réunion, en pleine éruption en août dernier
Photo: Richard Bouhet Agence France-Presse Le Piton de la Fournaise, sur l'île française de la Réunion, en pleine éruption en août dernier

Les activités humaines émettent chaque année jusqu’à 100 fois plus de CO₂, principal responsable du réchauffement climatique, que l’ensemble des volcans de la planète, selon une étude publiée mardi.

Dans une série d’études publiées dans la revue Elements, une équipe de 500 scientifiques regroupés au sein du Deep Carbon Observatory (DCO) détaillent la façon dont le carbone est stocké, émis et réabsorbé lors de processus naturels ou créés par l’être humain.

Selon eux, seulement 0,2 % du carbone terrestre (43 000 gigatonnes) se trouve au-dessus de la surface (océans, terres, atmosphère). Le reste — plus de 1,85 milliard de gigatonnes — est stocké dans la croute terrestre, le manteau et le noyau.

Les volcans participent ainsi aux émissions de CO₂, mais leur responsabilité dans le dérèglement climatique est bien moindre que celle des hommes, selon ces chercheurs, qui répondent ainsi à certains arguments des climato-sceptiques.

En mesurant la présence de certains isotopes de carbone dans des échantillons de roche, le DCO a découvert que sur 500 millions d’années, de manière générale, la planète parvient en centaines de milliers d’années à réguler elle-même les niveaux de CO₂, principal gaz à effet de serre.

À l’exception de « perturbations catastrophiques » du cycle du carbone, comme de gigantesques éruptions volcaniques ou l’impact de la météorite qui a conduit à l’extinction des dinosaures.

Les chercheurs estiment que la météorite qui a tué les trois quarts de la vie sur Terre (dont les dinosaures) il y a 66 millions d’années a provoqué l’émission de 425 à 1400 gigatonnes de CO₂.

Rien qu’en 2018, les activités humaines ont généré 37 gigatonnes de CO₂.

Le CO₂ envoyé par les hommes dans l’atmosphère « ces 10 à 12 dernières années » est ainsi équivalent à ces événements catastrophiques, souligne Marie Edmonds, vulcanologue au Queen’s College de Cambridge.

En clair, les émissions causées par l’humanité sont de la « même ampleur » que de précédents chocs du cycle du carbone ayant entraîné des extinctions de masse, a ajouté Celina Suarez, de l’Université d’Arkansas.

En comparaison, le CO₂ relâché chaque année par les volcans tourne autour de 0,3 à 0,4 gigatonne, soit environ 100 fois moins que les émissions humaines.

« Les climatosceptiques se jettent sur les volcans en les considérant comme possibles plus gros émetteurs de CO₂, mais ce n’est tout simplement pas le cas », a insisté Marie Edmonds.

La Terre a déjà connu des concentrations de CO₂ plus élevées qu’aujourd’hui, mais hors événements catastrophiques, il avait fallu des centaines de milliers d’années pour atteindre ces niveaux.

« Les négateurs du climat disent toujours que la Terre finit par retrouver son équilibre », a ajouté Celina Suarez. « C’est vrai. Et elle va retrouver son équilibre, mais pas dans un délai qui a un sens pour l’être humain. »