Charette promet des «mesures concrètes» pour faire face aux changements climatiques

Le ministre de l'Environnement, Benoit Charrette, est le seul membre du Conseil des ministres à avoir pris part à la manifestation pour le climat.
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Le ministre de l'Environnement, Benoit Charrette, est le seul membre du Conseil des ministres à avoir pris part à la manifestation pour le climat.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, s’attendait peut-être, lui aussi, à être la cible d’oeufs de la part de participants de la marche pour le climat. Mais, l’envoyé du premier ministre, François Legault, est passé inaperçu, ou presque, vendredi dans les rues du centre-ville de Montréal, où Le Devoir l’a suivi pas à pas. Récit.

En fin d’avant-midi, près d’une dizaine de gardes de corps font le pied de grue à l’intersection de l’avenue du Parc et de la rue Prince-Arthur. Une minifourgonnette noire s’immobilise devant eux, Benoit Charette en sort, suivi de conseillers politiques. Les agents sont sur les dents. M. Charette écoute leurs consignes, puis donne l’ordre de marche. Il s’élance vers l’avenue du Parc et le Monument à sir George-Étienne Cartier, devant lequel il doit rejoindre la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

L’homme politique de 43 ans confie avoir manifesté, il y a plusieurs années, pour presser Washington à suspendre la condamnation à mort d’un prisonnier et pour inciter Ottawa à s’abstenir de participer à la guerre en Irak. Vendredi 27 septembre 2019, il est de nouveau dans les rues de la métropole québécoise. Mais, cette fois, il est ministre de l’Environnement. Des centaines de milliers de personnes, qui réclament haut et fort aux décideurs politiques d’intensifier la lutte contre les changements climatiques, l’entourent de toutes parts.

« Naturellement, tous les politiciens vont se cacher », lance un homme à des jeunes assis au pied du mont Royal. Au même moment, M. Charette passe derrière lui : « Je suis Benoit », lance-t-il tout sourire. À la vue de l’élu caquiste, l’homme répond du tac au tac, comme s’il s’agissait d’un réflexe, ne pas avoir voté pour la Coalition avenir Québec il y a un an. « Aujourd’hui, nous ne sommes pas adversaires », rétorque le second ministre caquiste de l’Environnement en moins d’un an. « Je me suis fait pincer », avoue l’homme tandis que M. Charette et ses attachés politiques s’éloignent.

L’élu se faufile à travers les manifestants comme si de rien n’était… jusqu’à ce qu’il tombe sur Tiken Jah Fakoly. Il dit être un fervent admirateur du chanteur ivoirien. Son dernier album, Le Monde est chaud, fait écho à la crise du climat, fait remarquer l’élu québécois. La mairesse Plante se joint à l’échange. Le défilé se met en branle. Les trois se séparent.

Comme tous les autres manifestants, le ministre avance péniblement vers l’avenue des Pins. Son adjoint parlementaire Richard Campeau ne le quitte pas d’une semelle. Personne n’interpelle directement les deux députés caquistes. Certains brandissent toutefois des affiches tournant en ridicule l’action du gouvernement dirigé par François Legault sur le front environnemental. « François, aime la planète comme tu aimes ta soeur », « Justin « Pipeline » Trudeau, François « Troisième Lien » Legault, comment osez-vous ? À s’mer du vent de c’te force-là, on récolte [la] tempête. Changez ou dégagez ! », pouvait-on notamment lire dans les rues de la métropole vendredi.

Quelques jeunes montrent du doigt M. Charette au milieu de la foule compacte. Ils n’osent toutefois pas à aller à sa rencontre afin de lui dire ce qu’ils pensent du programme environnement du gouvernement caquiste. Ils décident plutôt de s’époumoner à scander lors de son passage devant eux : « Crions plus fort pour que personne ne nous ignore ! Crions plus fort pour que personne ne nous ignore ! »

Durant les trois heures où Le Devoir l’accompagnait, le ministre de l’Environnement s’est fait accrocher par une poignée de personnes, dont Jules Lavoie. À 61 ans, le Lavallois participait pour la première fois à une manifestation. « Je suis très, très concerné par l’environnement. Ce n’est pas qu’une affaire de jeunes. On a tous une responsabilité », a-t-il dit à M. Charette.

Simon Lemèle a invité l’élu de l’Assemblée nationale à passer de la parole aux actes, tout en lui pointant ses deux garçons assis dans la poussette devant lui. « Le plastique, il faut faire quelque chose », a lancé le père de famille. « Je vous le promets, ce sera fait avant les Fêtes », a répondu M. Charette. « OK, cool ! »

Une première affiche sur laquelle le nom du ministre est écrit apparaît à l’horizon : « Quand Valérie plante, Charette brette. Legault ? Go, go, go ! », lit un membre de la garde rapprochée de Benoit Charette à voix haute. Mis au parfum, M. Charette fait quelques pas de côté pour complimenter son auteure, une habituée des marches pour le climat, pour l’« humour » dont elle a fait preuve. N’entendant pas à rire, la personne qui l’accompagnait lui a sèchement répondu : « On vous interpelle, Monsieur Charette ! » Le ministre a rétorqué : « Je sais lire », avant d’esquisser un large sourire.

Il est 15 heures. Il doit monter à bord de son véhicule de fonction, stationné dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, pour filer à l’aéroport Montréal-Trudeau où il doit attraper un vol pour Paris.

M. Charette a marché vendredi dans les pas de la militante écologiste Greta Thunberg sans jamais la croiser. « Je la devine très occupée. Si je l’avais croisée, j’aurais été bien bien heureux de pouvoir la saluer », a-t-il fait valoir, « Greta Thunberg, ce sera pour une autre fois », a-t-il indiqué, avant d’octroyer la note de « A1 » aux organisateurs de la marche pour le climat de Montréal. Le seul membre du Conseil des ministres à avoir pris part à la manifestation pour le climat du vendredi 27 septembre 2019, dit s’être « senti plus que bienvenu » au sein du défilé.

Des « mesures concrètes » à venir

Le ministre de l’Environnement promet de « répondre » prochainement aux centaines de milliers de participants de la marche pour le climat au moyen de « mesures concrètes », a-t-il assuré au Devoir vendredi après-midi.

D’ici la fin du mois d’octobre, il fera connaître « la principale mesure environnementale annoncée au Québec depuis un bon nombre d’années », a-t-il indiqué dans un court entretien en retrait du défilé. L’élu caquiste dévoilera également, au cours de l’automne, un plan visant à améliorer la gestion des matières résiduelles ainsi qu’un projet de loi modifiant la gestion du Fonds vert. « [Ce projet de loi] va réellement confirmer des droits au ministère de l’Environnement qui, actuellement, sont très diffus au sein de l’appareil gouvernemental », a-t-il précisé.

La mobilisation populaire au service de la lutte contre les changements climatiques constitue « une pression non seulement positive, mais constructive » sur le gouvernement québécois, a souligné M. Charrette, après avoir battu le pavé sous un soleil de plomb. « Ça nous conforte dans cette volonté de développement des mesures et des programmes qui sauront faire une différence au niveau de l’environnement. »


« Chose du passé »

Jamais un ministre de l’Environnement n’a eu autant d’influence au sein du Conseil des ministres que maintenant, estime Benoit Charrette. Les appels répétés de la société civile pour intensifier la lutte contre les changements climatiques n’y sont pas étrangers. « Clairement, à cause de cette pression de la population, mais surtout à cause de la volonté gouvernementale. […] L’époque où on devait opposer économie et environnement, c’est chose du passé », a-t-il fait valoir.