Greta Thunberg fustige les décideurs politiques

Greta Thunberg s’est adressée aux dirigeants du monde dans un discours à l’ONU. «Si vous choisissez de nous trahir, nous ne vous pardonnerons jamais», a notamment prévenu la jeune égérie du climat.
Photo: Timothy A. Clary Agence France-Presse Greta Thunberg s’est adressée aux dirigeants du monde dans un discours à l’ONU. «Si vous choisissez de nous trahir, nous ne vous pardonnerons jamais», a notamment prévenu la jeune égérie du climat.

Plusieurs gouvernements ont répondu lundi à l’appel du Secrétaire général des Nations unies en promettant une bonification de leurs politiques de lutte contre la crise climatique. Mais le Sommet Action Climat, qui s’est tenu à New York en l’absence de nouveaux engagements des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, a surtout été marqué par une critique virulente de la jeune militante Greta Thunberg, qui a dénoncé l’absence de mesures suffisantes pour éviter le naufrage du climat planétaire.

« Les gens souffrent, les gens meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent. Nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est d’argent et de contes de fées de croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? », a-t-elle lancé à la tribune des Nations unies, aux côtés du Secrétaire général de l’organisation, Antonio Guterres.

Comment osez-vous? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison.

« Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses », a également asséné la militante suédoise devenue une figure de proue de la mobilisation de la jeunesse pour le climat. « Depuis maintenant plus de trente ans, la science est très claire. Comment osez-vous regarder ailleurs et venir ici en affirmant que vous en faites assez quand les politiques et les solutions nécessaires ne sont toujours pas en vue. »

« Les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Les regards des générations futures sont tournés vers vous. Et si vous choisissez de nous trahir, nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en sortir », a-t-elle également dit, dans un discours empreint d’émotion et devenu rapidement viral sur le Web.

 
Visionnez le discours de Greta Thunberg à l'ONU


Greta Thunberg s’est par ailleurs jointe à un groupe d’une quinzaine de jeunes qui a déposé lundi une plainte inédite contre cinq pays accusés de bafouer les droits de la jeunesse mondiale en ne luttant pas efficacement contre le réchauffement climatique. Cette action, présentée en vertu des dispositions de la Convention relative aux droits de l’enfant, vise cinq pays qui ont ratifié le protocole : France, Allemagne, Argentine, Brésil et Turquie.
 

M. Guterres et plusieurs des représentants de gouvernements ont d’ailleurs admis tour à tour, lundi, que les engagements des pays signataires de l’Accord de Paris sont toujours insuffisants pour éviter un dérèglement climatique aux conséquences dramatiques pour la vie sur Terre au cours des prochaines décennies.

Selon les plus récentes données de l’ONU, les engagements volontaires pris par les différents États devraient entraîner une hausse de plus de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, alors que l’accord signé à Paris en 2015 s’appuie sur une science climatique qui préconise une baisse de 45 % des GES. D’ailleurs, avec les engagements pris jusqu’à présent, l’ONU prévenait dimanche que le climat planétaire est en voie de subir un réchauffement de plus de 3,5 °C d’ici 2100, alors que l’objectif de l’Accord de Paris est de le limiter à 1,5 °C.

Carboneutralité

Pour tenter de changer la trajectoire climatique appréhendée, quelque 66 États se sont engagés à viser la « carboneutralité » à l’horizon 2050, a annoncé lundi l’ONU, dans un bilan publié dans le contexte du sommet sur l’action climatique. Cependant, il s’agit surtout de petits pays et de pays en développement. Qui plus est, seule une vingtaine de pays ont inscrit cet horizon dans leur loi nationale ou ont engagé ce processus.

« Il faut espérer que ce groupe de pays, mais aussi d’acteurs et d’autorités locales progressistes prépare la seconde vague, pour démontrer où se trouve la modernité, où se trouve le progrès », a souhaité, en entrevue à l’Agence France-Presse, Laurence Tubiana, l’une des architectes de l’Accord de Paris.

Il faut dire que plusieurs gros pollueurs ne sont toujours pas engagés dans cette voie de l’élimination des GES et qu’ils n’ont rien annoncé de nouveau à New York lundi. C’est le cas notamment des trois plus gros émetteurs de la planète (Chine, États-Unis et Inde, qui représentent un peu moins de 50 % des émissions planétaires), mais aussi du Canada (qui est en pleine campagne électorale), du Brésil et de l’Australie.

D’autres États, comme la Finlande, ont plutôt voulu élever un peu plus la barre de l’ambition climatique. Le pays a annoncé son intention d’être carboneutre à l’horizon 2033, ce qui impliquera d’éliminer les énergies fossiles dès 2030.

La Norvège, pourtant un pays producteur de pétrole, a aussi répondu à l’appel d’Antonio Guterres en plaidant pour une « stratégie zéro émission » à l’horizon 2050, ce qui signifiera de réduire les émissions de GES au minimum, mais aussi de compenser la balance des GES. Certains pays, comme la Colombie et le Pakistan, ont pour leur part souligné l’importance du reboisement pour lutter contre les bouleversements du climat, promettant tous deux de planter des centaines de millions d’arbres au cours des prochaines années.

Antonio Guterres a pour sa part plaidé pour la fin des subventions aux énergies fossiles. Selon le Fonds monétaire international, ces subventions ont atteint 5200 milliards de dollars en 2017, lorsqu’on inclut les coûts liés à la pollution imputable à notre dépendance au pétrole, au gaz naturel et au charbon.

Globalement, si une soixantaine de dirigeants politiques ont répondu à l’invitation de M. Guterres pour cette rencontre de « l’action » climatique, ce nombre représente cependant moins de la moitié des 136 chefs d’État et de gouvernement qui viennent cette semaine à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU.

Les promesses de lundi n’ont par ailleurs pas de valeur légale. Le sommet se voulait davantage un « tremplin » vers la réunion COP26 de Glasgow fin 2020, quand les pays seront censés soumettre à l’ONU des engagements climatiques révisés à la hausse, comme le prévoit l’Accord de Paris.

 

Valérie Plante à l’ONU

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est fait entendre sur la scène internationale, lundi, au sommet des Nations unies sur le climat, faisant valoir que les villes ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les changements climatiques.

Mme Plante a rappelé que plus des deux tiers de la population mondiale habitera les centres urbains en 2050, ce qui placera les villes sur la ligne de front du combat contre le réchauffement planétaire.

La mairesse a souligné que la métropole québécoise compte réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, soit au-delà de la cible onusienne de 45 %.

« On connaît la recette et on sait exactement ce que l’on doit faire », a déclaré Valérie Plante dans son bref discours prononcé en français. La mairesse a cité en exemple une réduction des déplacements solitaires en voiture, une augmentation des déplacements actifs et la mise en place d’immeubles carboneutres.

Elle a rappelé que son administration avait stoppé un vaste projet immobilier qui aurait « détruit les derniers grands espaces verts de Montréal et qui aurait encouragé la venue d’à peu près 10 000 voitures ».


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