Des personnalités publiques s’opposent au projet Énergie Saguenay

La vidéo, mise en ligne jeudi, met en vedette des citoyens, des écologistes, mais aussi des personnalités publiques québécoises s'opposant au projet Énergie Saguenay.
Photo: Capture d'écran YouTube La vidéo, mise en ligne jeudi, met en vedette des citoyens, des écologistes, mais aussi des personnalités publiques québécoises s'opposant au projet Énergie Saguenay.

Opposants et partisans du projet Énergie Saguenay s’affrontent par médiums interposés. Tandis que le promoteur GNL Québec fait la promotion de son usine gazière sur les réseaux sociaux, les opposants viennent de s’associer à des personnalités publiques dans une vidéo qui critique le projet d’exportation de gaz naturel albertain.

La vidéo, mise en ligne jeudi, met en vedette des citoyens, des écologistes, mais aussi des personnalités publiques québécoises. On y entend notamment l’actrice Édith Cochrane, les membres du groupe Les Cowboys Fringants, l’anthropologue et animateur Serge Bouchard, l’actrice Louise Latraverse, l’écologiste Laure Waridel, Raoul Duguay et le metteur en scène Dominic Champagne.

Tour à tour, ils s’opposent à la construction de cette nouvelle usine, qui servira à produire chaque année 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, en vue de l’exportation maritime. « Ce n’est pas une énergie de transition, c’est une énergie de régression », y affirme la comédienne et dramaturge Véronique Côté.

Laure Waridel rappelle pour sa part l’ampleur de la crise climatique, qui se manifeste notamment par des vagues de chaleur, des inondations, des sécheresses et la fonte des glaciers. « Le principal responsable de cela, c’est la combustion du pétrole, du charbon et du gaz », ajoute Édith Cochrane. « Il n’y aura pas plus d’acceptabilité sociale avec le projet de gazoduc de GNL Québec qu’avec le projet de pipeline Énergie Est », insiste-t-elle par la suite.

Substitution

Le sociologue Éric Pineault critique pour sa part l’argument mis de l’avant par GNL Québec voulant que le gaz albertain qui sera exporté à partir du Québec permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ailleurs dans le monde. « Il n’existe aucun contrat entre GNL Québec et de potentiels acheteurs qui permette de prouver le soi-disant remplacement de centrales au charbon », dit-il.

Appelée à réagir à la mise en ligne de cette vidéo, l’entreprise GNL Québec a dit comprendre que « le débat entourant l’environnement et les grands projets est très émotif ». « Nous nous efforçons, depuis le lancement en 2014, de procéder à des analyses rigoureuses et de présenter les faits », a précisé la directrice principale, Affaires publiques et relations avec les communautés, Stéphanie Fortin.

« Le gaz naturel est une énergie en forte croissance appelée à jouer un rôle important au cours des prochaines décennies afin d’accompagner le développement des énergies renouvelables », a-t-elle ajouté.

Mme Fortin a en outre souligné qu’une analyse du Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) «conclut que le projet Énergie Saguenay contribuera à la réduction au net de 28 millions de tonnes de gaz à effet de serre dans le monde, et ce, selon un scénario conservateur de substitution d’énergies plus polluantes comme le mazout et le charbon ».

Benoit Charette appuie GNL Québec

GNL Québec a également lancé une campagne de promotion de son projet, notamment par le biais d’une publicité diffusée sur Facebook. Intitulée « Innovons ensemble », cette campagne de promotion affirme que le projet gazier « contribuera à remplacer des énergies polluantes comme le charbon et le mazout ».

Le promoteur y soutient que son projet sera bel et bien « carboneutre » et qu’il « participera à la transition énergétique mondiale », nécessaire pour lutter contre la crise climatique.

Le gouvernement de François Legault a d’ailleurs défendu à plusieurs reprises le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel. Lundi dernier, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a réitéré son appui au projet en affirmant qu’« il vaut mieux produire le gaz liquéfié au Saguenay-Lac-Saint-Jean dans des normes environnementales sévères plutôt que de laisser d’autres pays plus polluants le produire ».

Fracturation

La forte majorité du gaz naturel qui sera transporté par gazoduc jusqu’au Québec devrait être exploité en utilisant la fracturation hydraulique. Dans le cadre de l’examen fédéral du projet, Environnement et Changement climatique Canada a d’ailleurs confirmé que les émissions de gaz à effet de serre d’Énergie Saguenay atteindront, « en amont », 7,1 millions de tonnes chaque année. Une évaluation qui rejoint celle produite par le CIRAIG, à la demande de GNL Québec.

Ces émissions sont dues essentiellement à l’exploitation gazière en Alberta. Cela équivaut à annuler en une seule année l’essentiel des réductions d’émissions du Québec depuis 1990. Mais ni Québec ni Ottawa n’en tiendront compte dans leur décision d’autorisation du plus imposant projet industriel privé de l’histoire de la province.

Dans son étude d’impact et dans la promotion de son projet gazier, GNL Québec affirme cependant que son complexe de liquéfaction serait « le plus vert au monde », essentiellement parce que l’usine fonctionnera à l’hydroélectricité. Hydro-Québec a d’ailleurs déjà entamé les travaux en vue de la construction d’une ligne d’alimentation de la future usine du Saguenay.

« Toutefois, quand toutes les étapes de la chaîne de production de GNL sont considérées, cet avantage est grandement réduit et les émissions totales de GES du projet sont plutôt dans la moyenne d’autres projets similaires au monde », ont répondu plus tôt cette année les experts de Direction de l’expertise climatique du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, exemples à l’appui.

Ils réfutaient ainsi un argument en faveur du projet mis en avant par le gouvernement Legault et repris par plusieurs médias au cours des derniers mois. « Cette performance moyenne du projet en termes d’intensités totales d’émissions de GES serait due au fait que les émissions de production du gaz naturel canadien (majoritairement non conventionnel) sont plus élevées que d’autres sources du gaz naturel », estime la Direction de l’expertise climatique.

Transport

L’Agence canadienne d’évaluation environnementale a par ailleurs demandé récemment à GNL Québec de démontrer que le gaz naturel qui sera exporté à partir de son usine « permettra le remplacement d’énergies plus polluantes comme le charbon, à l’aide de références ».

L’Agence exige également des précisions concernant les impacts du transport maritime du gaz naturel liquéfié, puisque les méthaniers navigueront dans l’habitat essentiel de cétacés en voie de disparition, dont le béluga.

Pêches et Océans Canada soutient en effet que l’évaluation des effets du transport maritime sur le béluga du Saint-Laurent est tout simplement « incomplète » et qu’elle ne s’appuie pas sur les « connaissances actuelles ». Qui plus est, le promoteur n’a mené aucune étude pour tenter de trouver un emplacement qui serait situé en dehors de l’habitat essentiel du cétacé, alors que la Loi sur les espèces en péril l’exige.