Réchauffement climatique: les pays tardent à agir, déplore l’ONU

Les données compilées par l’ONU prévoient une augmentation de «10,7%» des émissions mondiales d’ici 2030, par rapport au niveau de 2016, si la tendance actuelle se maintient. Un chiffre «en total désaccord» avec la science climatique, selon les Nations unies.
Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse Les données compilées par l’ONU prévoient une augmentation de «10,7%» des émissions mondiales d’ici 2030, par rapport au niveau de 2016, si la tendance actuelle se maintient. Un chiffre «en total désaccord» avec la science climatique, selon les Nations unies.

L’ambition climatique internationale fait toujours cruellement défaut pour éviter un réchauffement catastrophique, constate un nouveau rapport de l’ONU qui met en lumière les hésitations de plusieurs pays riches à en faire plus. Le document prévoit même une forte croissance des émissions mondiales d’ici 2030, alors que le respect de l’Accord de Paris nécessiterait un recul sans précédent.

À quelques jours du « Sommet Action Climat » convoqué par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le rapport publié mercredi par le Programme des Nations unies pour le développement met en lumière l’écart très important qui persiste entre les objectifs de l’Accord de Paris et les gestes posés par les pays signataires pour les atteindre.

Selon ce qu’on peut lire dans le document, les engagements volontaires des États, présentés comme des « contributions déterminées au niveau national (CDN) », sont très loin d’être suffisants pour éviter une crise climatique aux conséquences mortifères.

En fait, les données compilées par l’ONU prévoient une augmentation de « 10,7 % » des émissions mondiales d’ici 2030, par rapport au niveau de 2016, si la tendance actuelle se maintient. Un chiffre « en total désaccord » avec la science climatique, selon les Nations unies.

Pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter la hausse des températures à 1,5 °C, l’humanité doit plutôt réduire ses émissions de 45 % d’ici 2030. Cela impliquerait de stopper la croissance des émissions dès 2020. Et pour 2050, l’objectif mondial doit être la carboneutralité, prévenait l’an dernier le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Revoir l’ambition

Dans ce contexte, l’ONU rappelle que les États doivent signaler d’ici 2020 leurs intentions en matière de lutte contre les changements climatiques pour la décennie 2020-2030. Dans le cadre de l’Accord de Paris, les signataires doivent normalement proposer des plans plus ambitieux afin de respecter les objectifs de l’accord conclu en décembre 2015.

L’ONU constate d’ailleurs que les pays en développement sont aujourd’hui nombreux à préparer des CDN révisées pour la décennie à venir. Au moins 112 nations, représentant 53 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont signalé leur intention de réviser leur plan d’action climatique, dont 75 nations ayant déjà annoncé leur intention de revoir à la hausse leur niveau d’ambition, ou encore de mieux se préparer aux impacts des changements climatiques.

Cependant, déplore l’ONU, les intentions demeurent « incertaines » pour 71 États représentant au total 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le rapport rappelle pourtant que les pays les plus riches doivent en théorie, selon les principes de l’Accord de Paris, prendre des engagements fermes de réduction de leurs émissions.

Le document publié mercredi met donc en garde les États signataires qui n’ont toujours pas amorcé « la transformation sans précédent » de leurs économies qui sera nécessaire pour limiter les impacts des changements climatiques.

« Jusqu’à présent, les températures mondiales ont déjà augmenté de près de 1,0 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, et les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Et il existe des signaux de plus en plus forts des dommages des changements climatiques. Les récifs de corail meurent, les glaces de l’Arctique diminuent, le niveau des océans augmente, tandis que les sécheresses, les inondations et les ouragans sont de plus en plus intenses », indique le rapport onusien.

Changements profonds

Selon la trajectoire climatique actuelle, reprise dans le rapport, le réchauffement climatique mondial devrait dépasser les 1,5 °C dès 2040. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a convoqué le lundi 23 septembre un Sommet de l’action climatique à New York. Des pays, des villes et des entreprises doivent y prendre la parole afin de s’engager à en faire plus pour résoudre la crise climatique.

« Je voudrais voir toute la société accroître la pression sur les gouvernements pour qu’ils comprennent qu’ils doivent aller plus vite, car nous sommes en train de perdre la course », a d’ailleurs déclaré mardi M. Guterres. « Nous avons besoin de changer profondément la façon dont nous produisons notre nourriture, d’où vient l’énergie de nos économies, comment nos villes sont organisées, comment nous produisons notre énergie », a-t-il poursuivi.

Dans un rapport publié en octobre 2018, le GIEC démontrait d’ailleurs l’ampleur de la tâche à venir pour éviter le pire. D’ici 30 ans, la part des énergies renouvelables devrait combler entre 65 % et 80 % de nos besoins, tandis qu’il faudrait complètement éliminer le recours au charbon. Quant à l’utilisation du pétrole, le recul nécessaire serait d’au moins 80 %, selon deux scénarios illustrés dans le rapport du GIEC. Pour le gaz naturel, deux des trois trajectoires élaborées font état d’une réduction très marquée de son utilisation.

Le rapport, qui met en avant une croissance marquée de la production d’énergie nucléaire, plaide en outre pour une réduction de 75 % à 90 % des émissions de CO2 du secteur industriel, pour le développement rapide du transport « à faibles émissions » de GES, mais aussi pour une meilleure planification du développement urbain et de l’utilisation du territoire, notamment en agriculture. Sans oublier une transformation de notre alimentation vers un régime moins intensif » en utilisation des ressources, ce qui impliquerait par exemple de consommer moins de viande.

En plus de ces changements majeurs, le GIEC évoque l’idée de « retirer » du carbone de l’atmosphère terrestre. Ce retrait peut passer par le reboisement ou la restauration de milieux naturels, mais à très grande échelle. Le rapport mentionne également la capture et le stockage de carbone, une technique qui en est encore à l’étape de méthode expérimentale et dont l’efficacité n’a pas encore été pleinement démontrée.

Greta Thunberg interpelle le Congrès américain

« Je veux que vous agissiez » : en peu de mots, la jeune égérie de la lutte pour le climat Greta Thunberg a appelé mercredi le Congrès américain à s’unir derrière les scientifiques qui lancent des alertes quant à l’extrême urgence de se mobiliser contre le réchauffement.

Visage poupin mais regard ultradéterminé, la petite adolescente a pris place devant des parlementaires démocrates et républicains en jeans et baskets, avec trois autres jeunes défenseurs de l’environnement. « Je ne suis pas venue pour faire des déclarations préparées », a lâché cette Suédoise de 16 ans.

À la place, elle a apporté le rapport pressant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui lance une alerte sur les mesures urgentes à prendre pour contenir, à temps, le réchauffement climatique. « Je veux que vous écoutiez les scientifiques. Et je veux que vous vous unissiez derrière la science », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter, sans appel : « Et ensuite, je veux que vous agissiez réellement. »

Avec elle, trois autres jeunes militants contre les changements climatiques ont aussi fait de sombres discours, passionnés, lors de cette audition à la Chambre des représentants sur la « crise climatique internationale » : Jamie Margolin, Vic Barrett et Benji Backer.

Se décrivant comme un conservateur, ce dernier s’est adressé directement au climatosceptique Donald Trump, qui a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat.

« M. Trump : la science sur le climat est fondée, ce n’est pas un canular. »

« Ma génération s’en fiche, de la politique autour du changement climatique. Nous voulons juste […] des réponses réalistes », a lancé Benji Backer.

Dans un contraste frappant, le président américain a annoncé peu après qu’il révoquait le pouvoir de la Californie de fixer ses propres normes de pollution automobile, plus contraignantes que dans le reste du pays, poursuivant son action contre les régulations censées protéger l’environnement.
Agence France-Presse
3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 19 septembre 2019 07 h 56

    La faiblesse de l'ONU

    Il faut arriver à reconnaître une évidence. L'ONU n'a pas les pouvoirs nécessaires pour régler les problèmes environnementaux planétaires. Alors que les États sont en concurrence pour attirer et maintenir sur leur territoire les entreprises capitalistes.

    Il faut développer une gouvernance mondiale. Il faut une taxe mondiale sur le carbone. Il faut établir les critères qui seraient utilisés pour répartir équitablement le fruit de cette taxe.

    Les structures politiques actuelles ne permettront pas d'assurer l'avenir de l'humanité.

    • Réjean Tremblay - Abonné 19 septembre 2019 11 h 56

      tout à fait d'accord. Il va falloir abandonner une partie de notre "souveraineté" à polluer.

  • Marc Pelletier - Abonné 20 septembre 2019 17 h 44

    Urgence d'agir

    L'urgence est déjà démontré : il nous reste à convaincre notre gouvernement québécois de l'urgence d'agir sinon il faudra lui montrer la porte lors de la prochaine élection.

    C'est à lui de porter le message aux autres gouvernements, par ses paroles mais surtout par ses actions mesurables .

    Plus de 300 scientifiques poursuivront, en alternance, leurs recherches dans l'océan nordique, afin de nous livrer des résultats de recherches encore plus exhaustives de la dégradation de la situation,encore plus dramatique là-bas Toutefois, ceci ne nous empêche pas d'agir maintenant.