GNL Québec a mal évalué les impacts sur le béluga

Photo: GREMM Selon Pêches et Océans Canada, les femelles et les jeunes bélugas sont les plus vulnérables à l'augmentation de la pollution sonore générée par le trafic maritime.

Alors que GNL Québec affirme que son projet d’exportation de gaz naturel Énergie Saguenay peut se faire sans nuire au béluga du Saint-Laurent, Pêches et Océans Canada soutient que l’évaluation des impacts du transport maritime sur l’espèce est tout simplement « incomplète » et qu’elle ne s’appuie pas sur les « connaissances actuelles ». Qui plus est, le promoteur n’a mené aucune étude pour tenter de trouver un emplacement qui serait situé en dehors de l’habitat essentiel du cétacé, alors que la Loi sur les espèces en péril l’exige.

Après avoir été mise en demeure par des groupes environnementaux, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) a finalement décidé d’inclure le transport maritime dans son examen du projet d’exportation de gaz albertain, et ce, du Saguenay jusqu’aux Escoumins, sur le Saint-Laurent. Le promoteur devra d’ailleurs revoir plusieurs éléments de son étude des impacts du transport maritime, selon ce qui se dégage de la « demande d’information » acheminée à GNL Québec par l’ACEE.

Après avoir analysé cette étude, les scientifiques de Pêches et Océans Canada soulignent ainsi que l’évaluation des impacts du bruit engendré par les navires méthaniers et les navires d’escorte sur le béluga est « incomplète ». Celle-ci ne tient pas compte de certaines données scientifiques essentielles, dont le fait que « le bruit d’origine anthropique, particulièrement celui lié au transport maritime, est identifié comme une des principales menaces pour le rétablissement de la population [de bélugas] et un environnement sonore adéquat est identifié comme une composante de son habitat essentiel ».

Le promoteur n’a pas non plus « pris en compte » le fait que le trafic additionnel sur le Saguenay affectera un secteur « qui est assidûment fréquenté par des femelles, des juvéniles et des veaux, soit un segment particulièrement vulnérable de la population ». Or, selon Parcs Canada, « le principe de précaution doit être préconisé pour cette proportion des effectifs », qui nécessite « le plus de protection concernant l’augmentation du trafic maritime ».

Données manquantes

GNL Québec sous-estime d’ailleurs la croissance du trafic maritime associée à son projet d’exportation de gaz naturel albertain. « Le transport maritime généré par le projet occasionnerait ainsi une augmentation de 8 % du trafic actuel dans ce secteur, ce qui représente le double de l’estimation du promoteur. » En combinant ce projet et celui de terminal de la minière Arianne Phosphate (déjà approuvé par Ottawa), on prévoit que le trafic maritime sur le Saguenay devrait tripler au cours des prochaines années.

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Qui plus est, le promoteur n’a pas utilisé des données concernant des méthaniers (des navires qui peuvent atteindre 300 mètres de longueur) pour évaluer le bruit des futurs navires d’exportation. « Parcs Canada est d’avis que cela engendre un biais pour tout le reste de l’analyse et ses conclusions. »

GNL Québec n’a pas non plus documenté s’il allait être possible d’imposer une réduction de vitesse aux méthaniers, ni si cette éventuelle réduction serait efficace pour réduire les impacts du bruit sur les bélugas. « Sans cette validation, cette proposition ne constitue pas une mesure d’atténuation permettant de minimiser les conséquences des activités de navigation sur la population de bélugas du Saint-Laurent. »

Photo: Alexandre Shields Le Devoir En combinant tous les projets industriels en développement dans la région, on prévoit que le trafic maritime sur le Saguenay devrait tripler au cours des prochaines années.

De façon plus globale, l’ACEE souligne que « l’état précaire de la population doit être pris en compte dans l’évaluation du risque que le projet puisse nuire à sa survie ou à son rétablissement ». On ne compterait plus qu’environ 880 bélugas dans le Saint-Laurent, alors qu’ils étaient environ 1000 au moment où l’espèce a été officiellement protégée, au début des années 1980.

Emplacements à évaluer

Dans ce contexte, l’agence fédérale soutient que la proposition de projet gazier ne respecte pas les exigences de la Loi sur les espèces en péril, qui prévoit que « toutes les solutions de rechange susceptibles de minimiser les conséquences négatives de l’activité pour l’espèce soient envisagées et la meilleure solution retenue ».

En effet, précise le document, « aucune étude de solutions de rechange spécifique au projet n’a été réalisée pour le choix du site d’implantation du terminal » et « aucun site situé en aval du Saguenay, hors de l’habitat essentiel du béluga et des aires d’alimentation intensive du rorqual bleu, deux espèces en voie de disparition au regard de la Loi sur les espèces en péril, n’a été considéré ».

Selon Pêches et Océans Canada, un tel scénario représenterait pourtant, pour le béluga, « la mesure la plus efficace afin d’éviter l’ajout de stresseurs additionnels affectant cette population et son rétablissement ».

Questionné sur les nouvelles demandes de l’ACEE, GNL Québec a indiqué que toutes les réponses seront fournies, en vue de l’évaluation environnementale fédérale. « Nous allons répondre, comme nous l’avons toujours fait depuis 2014, de manière rigoureuse et transparente aux demandes d’information. La question du béluga et de la cohabitation avec les mammifères marins est une question importante prise en considération depuis le tout début du développement du projet », a souligné la directrice principale, affaires publiques et relations avec la communauté chez GNL Québec, Stéphanie Fortin.

L’entreprise dit également travailler avec « des experts de l’industrie » maritime « afin de valider les futures caractéristiques des navires qui viendraient à notre terminal ».

Sept millions de tonnes de GES

Dans le cadre de l’examen du projet, Environnement et Changement climatique Canada a confirmé que les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’Énergie Saguenay atteindront, « en amont », 7,1 millions de tonnes chaque année. Ces émissions sont dues essentiellement à l’exploitation gazière en Alberta, qui se fera principalement par fracturation. Cela équivaut à annuler en une seule année l’essentiel des réductions d’émissions du Québec depuis 1990.

L’ACEE précise qu’un projet comme Énergie Saguenay « représente une nouvelle source de demande pour la production en amont ou représente le seul moyen de transporter la production en amont, ce qui entraîne une production en amont et des émissions de GES supplémentaires ».

Alexandre Shields
11 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 3 septembre 2019 04 h 26

    Bravo!

    Ben en voilà une bonne nouvelle. L'agence gouvernementale a vraiment fait son travail. Faudrait envoyer de ces gens dans les gendarmeries, le crime organisé ferait patate!

  • Robert Morin - Abonné 3 septembre 2019 06 h 29

    Inquiétant...

    ... que des aspects aussi esssentiels n'aient pas été pris en compte dans la première proposition d'étude d'impacts. Le promoteur a beau promettre de tout faire concorder «après-coup», c.-à-d. après que les autorités lui eurent souligné ces graves lacunes, ça n'a rien de rassurant pour l'avenir et cela en dit long sur les vraies motivations des responsables de ce projet.

  • Gilbert Talbot - Abonné 3 septembre 2019 08 h 02

    Un projet voué à l'échec

    Nous, citoyens du Saguenay, membres de la Coalition fjord et autres organismes contre l'installation de GNL dans le port de Grande Anse à la Baie, l'avions dit et écrit depuis longtemps, mais enfin pêches et océans Canada s'en mêle pour prévenir les risques pour le béluga et le rorqual deux espèces en péril dans le Saguenay et le St-Laurent. Et honte aux élites municipales de Saguenay qui appuient les grands projets à l'aveuglette, sans tenir compte des données scientifiques, en n'écoutant que la voix mensongère des portefeuilles économiques, des lobbies des pétrolières et de la Haute finance américaine.

    Il faudrait aussi qu'on jette un regard plus critique sur le gazoduc qui amènera le gaz du Nord de l'Ontario jusqu'à l'usine de Grand Anse en traversant tout l'Abitibi, le Lac St-Jean et le Saguenay. Ces pipelines ne peuvent éviter les fuites de méthane, comportent des risques certains d'explosions et d'augmentation des G.E.S.
    Ce projet est encore plus néfaste que le pipeline énergie-est, déjà aboli parce qu'il ne pouvait rencontrer les exigences environnementales posées par les gouvernements fédéral et Québécois. Le même verdict attend le projet de Énergie Saguenay.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 3 septembre 2019 08 h 20

    Merci M. Shields pour votre super bon travail de journaliste... et de photographe

    « Nous allons répondre, comme nous l’avons toujours fait depuis 2014, de manière rigoureuse et transparente aux demandes d’information.» Stéphanie Fortin, relations publiques GNL

    À lire cette réponse préfabriquée et langue de bois à souhait, la moutarde me monte au nez. On dirait que le travail de ces professionnels consiste à sousestimer les inconvénients et surestimer les avantages. Est-ce qu'on appelle ça «avoir de la conscience professionnelle» ou bien «exercer le plus vieux métier du monde» sur le dos notre planète pour remplir les poches de leurs patrons et actionnaires???

    À leur place, je serais incapable de m'endormir le soir.

  • Robert Beaulieu - Abonné 3 septembre 2019 08 h 50

    Transparence

    Ce qu'il faut comprendre... GNL Québec ''Nous sommes, et avons toujours été transparents et nous croyons fermement que les gens sont assez crétins pour le croire''.