Aucun engagement sérieux pour la protection des océans

Greenpeace a dénoncé l'absence d’ambition de plusieurs États, malgré l’urgence climatique et la perte de biodiversité auxquelles font face les océans.
Photo: iStock Greenpeace a dénoncé l'absence d’ambition de plusieurs États, malgré l’urgence climatique et la perte de biodiversité auxquelles font face les océans.

La conférence internationale de l’ONU visant à protéger la biodiversité dans la haute mer et les fonds marins s’est conclue vendredi sur une note amère, en l’absence d’engagements sérieux pris par plusieurs États pour sauvegarder les deux tiers des océans.

Si on avait bon espoir au départ que des progrès seraient faits au cours des deux semaines qu’ont duré les négociations, « des divergences notables » entre les 190 pays participants ont fait surface en fin de course, a fait savoir l’ONU par voie de communiqué.

Plusieurs pays sont restés campés sur leur position, s’opposant notamment à la création d’un organisme international qui puisse désigner des zones « sanctuaires » dans les océans et mener ou réviser des études environnementales pour jauger de l’impact de certaines activités humaines sur la haute mer. Le texte du traité vise ultimement à ce que 30 % des espaces situés en haute mer soient protégés d’ici 2030.

La Fédération de Russie a notamment fait valoir qu’un tel organe international, « trop bureaucratique et trop politisé », minerait le pouvoir d’organisations déjà existantes qui régissent certains aspects de la haute mer, notamment les pêcheries.

Au sortir de cette Conférence intergouvernementale sur la biodiversité marine dans les zones qui ne sont pas de compétence nationale, l’ONU a dit craindre « de voir chavirer la barque qui devrait les conduire [en 2020] à l’adoption, par l’Assemblée générale, d’un instrument international juridiquement contraignant » sur la haute mer.

De nombreuses ONG participantes à ces négociations cruciales ont vivement déploré la tournure des discussions.

« Le manque de volonté politique par rapport à un résultat progressif de ces négociations est alarmant : certains pays continuent de favoriser l’exploitation plutôt que la protection. Le statu quo ne sauvera pas nos océans, pas plus que l’humanité », a déploré Sandra Schoettner, de la campagne Protégeons nos océans de Greenpeace.

Cette dernière n’a pu que dénoncer cette absence d’ambition de la part des États, malgré l’urgence climatique et la perte de biodiversité auxquelles font face les océans.

Elle a notamment dénoncé la position de pays comme la Norvège, « un pays maritime dont la délégation a fait pression pour promouvoir une gestion de la haute mer similaire à celle qui a mené les océans au bord de l’effondrement. »

L’organisme environnemental s’est dit tout aussi déçu des « solutions insuffisantes » avancées par l’Union européenne et a exhorté les responsables politiques à donner un mandat clair à leurs délégations d’ici avril 2020 de « préconiser le progrès, plutôt que de gérer la défaite », dans l’espoir d’en arriver à la signature d’un accord.

Déception au Canada

Au Canada, où ces pourparlers étaient suivis de près par les organisations environnementales, la position défendue par la délégation canadienne a aussi laissé un goût amer.

« Le Canada est resté sur le neutre et s’est aligné sur la position de pays qui ont freiné les négociations », a déploré Agnès Le Rouzic, chargée de campagne Océans et plastique pour Greenpeace Canada.

En effet, comme le rapportait Le Devoir vendredi, le Canada, à l’instar de pays comme la Russie, s’oppose à ce qu’un organisme international ait préséance sur les organisations de gestion des pêches ou de l’exploitation des fonds marins déjà en place.

Or, Greenpeace estime que ces organisations régionales aux mandats limités ont jusqu’ici échoué à protéger les ressources marines.

« Ces organisations ont un historique d’exploitation des mers, plus que de protection, et elles régissent des portions limitées des océans. Peut-on protéger la biodiversité sans un organisme international ? Sûrement pas », défend-elle.

Malgré tout, plusieurs ONG ont bon espoir que le prochain rapport du Groupe indépendant d’experts sur le climat (GIEC) sur les océans et la cryosphère (les sols et réserves d’eaux gelées, notamment les calottes polaires, banquises et glaciers), attendu pour la fin septembre, ajoutera à la pression exercée sur les États.

La prochaine ronde de négociations du Traité sur la haute mer, prévue du 23 mars au 4 avril 2020, devrait normalement être l’ultime chance pour les parties de s’entendre sur un accord contraignant, susceptible de protéger adéquatement les espaces océaniques, abritant des organismes vivants à l’origine de 50 % de l’oxygène produit sur Terre.