La fonte des glaciers, aussi inquiétante que celle des calottes polaires

Photo: Jonathan Nackstrand Archives Agence France-Presse Il existe environ 200 000 glaciers sur la Terre et le fait qu’ils soient petits en comparaison avec les calottes glaciaires les rend spécialement vulnérables aux températures qui montent.

Au moment où les calottes polaires sont déstabilisées par les températures qui montent, un nouveau rapport très attendu de l’ONU alerte sur les conséquences pour l’humanité de la fonte des glaciers des montagnes dans les prochaines décennies.

D’après le projet de rapport officiel de la prochaine session du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont l’AFP a obtenu copie en exclusivité, les calottes du Groenland et de l’Antarctique ont perdu plus de 400 milliards de tonnes de masse par an dans la décennie précédant 2015.

Ceci correspond à une hausse du niveau de la mer de près de 1,2 mm chaque année.

Mais les glaciers des montagnes ont eux aussi perdu près de 280 milliards de tonnes de glace annuellement à la même période, augmentant le niveau de la mer de 0,77 mm supplémentaire chaque année.

« Au cours des 100 dernières années, 35 % de la hausse du niveau de la mer dans le monde était dû à la fonte des glaciers », affirme à l’AFP Anders Levermann, professeur de climatologie à l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique.

Photo: Pablo Cozzaglio Agence France-Presse Des glaciers ornent les pentes du volcan Chimborazo, en Équateur

« Des millions et des millions » de gens à risque

Il existe environ 200 000 glaciers sur la Terre et le fait qu’ils soient petits en comparaison avec les calottes glaciaires les rend spécialement vulnérables aux températures qui montent.

Les glaciers de l’Himalaya sont des sources d’eau cruciales pour 250 millions d’habitants dans les vallées avoisinantes et alimentent les rivières desquelles dépendent 1,6 milliard de personnes supplémentaires pour la nourriture, l’énergie et les revenus.

Une étude évoquée dans le rapport du GIEC prévient que les glaciers des grandes montagnes asiatiques pourraient perdre plus d’un tiers de leur glace, même si les humains font baisser les émissions de gaz à effet de serre et contiennent le réchauffement climatique à 1,5 °C.

Une économie mondiale qui continue pendant des décennies d’être axée sur les combustibles fossiles pourrait provoquer une perte de deux tiers de glace.

« L’eau potable sera touchée, l’agriculture aussi, soit des millions et des millions de gens », indique Harjeet Singh, de l’ONG ActionAid.

Le résumé du GIEC précise que des zones du centre et de l’ouest de l’Himalaya font déjà face à une baisse palpable de la quantité d’eau pour l’irrigation.

Le texte prévient aussi que dans les régions dotées d’une faible couverture glaciaire, dont l’Europe centrale, l’Asie du Nord et la Scandinavie, les glaciers seront réduits de 80 % en 2100 d’après les projections.

Une étude menée cette année par des scientifiques en Suisse a mis en garde contre les émissions incontrôlées qui pourraient provoquer la disparition de plus de 90 % des glaciers alpins à la fin du siècle.

Photo: Philippe Desmazes Archives Agence France-Presse Le glacier du Géant, situé sur le massif du Mont-Blanc, dans les Alpes françaises

Les glaciers, des réservoirs qui seront bientôt à sec

D’après Harry Zekollari, de la Delft University of Technology aux Pays-Bas, la plupart des gens ne sont pas conscients de l’importance de ces structures de glace géantes.

« Un glacier est un réservoir. Un glacier en bonne santé fond typiquement en été et devient un peu plus grand en hiver. Cela veut dire que lorsque les gens ont le plus besoin d’eau, ils vont la cherchent du glacier », précise-t-il à l’AFP.

Les habitants de La Paz, capitale de la Bolivie, obtiennent pas moins de 30 % de leur eau des glaciers des Andes durant les mois secs de l’hiver. Mais en 2016, « près de 100 quartiers étaient privés totalement d’eau pour plus d’un mois, c’était comme un film d’horreur venu du futur », indique à l’AFP Marcos Andrade, directeur du laboratoire de physique atmosphérique de l’Université San Andrés. « Les gens étaient en train de battre entre eux pour l’eau. »

Selon lui, le paradoxe est qu’actuellement, « on a davantage d’eau des glaciers à cause de leur fonte et les agriculteurs ne se rendent peut-être pas compte de ça », dit-il. « Les choses vont aller pour le mieux pour eux en ce moment. Mais une fois que l’eau deviendra rare, on se battra pour ce bien. »

D’après le GIEC, la fonte des glaces devrait probablement continuer d’augmenter à court terme avant de baisser à la fin du siècle, ce qui se traduira par plus de glissements de terrain, d’avalanches et d’eau polluée.