L’Amazonie brûle. La faute à qui?

Cette image satellite, captée le 21 août, montre les incendies en cours dans les États brésilens du Mato Grosso (en bas à droite) et de Rondonia (en bas au centre).
Photo: NASA / Agence France-Presse Cette image satellite, captée le 21 août, montre les incendies en cours dans les États brésilens du Mato Grosso (en bas à droite) et de Rondonia (en bas au centre).

La forêt amazonienne, véritable « poumon de la planète » et joyau unique de biodiversité, subit des incendies majeurs qui seraient directement liés à la déforestation. Une situation qui suscite de vives réactions et qui met en lumière la détermination du président brésilien Jair Bolsonaro à défendre le développement industriel en Amazonie.

« L’Amazonie doit être protégée », résumait jeudi sur Twitter le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, se disant « profondément préoccupé » par l’ampleur des feux de forêt qui frappent une région critique dans un contexte de crise climatique mondiale, puisqu’elle est « une source majeure d’oxygène et de biodiversité ».

Les propos de M. Guterres ont fait écho aux multiples réactions politiques — le président français Emmanuel Macron évoquant une «crise internationale» qui sera au menu du G7 — et citoyennes qui, à l’échelle internationale, ont essaimé au cours des derniers jours. Et pour cause. Selon des données publiées mardi par l’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE), une agence fédérale de surveillance de la déforestation et des incendies de forêt, le pays connaît cette année un nombre record de feux de forêt, soit déjà 74 155 foyers d’incendies. Uniquement depuis la dernière semaine, quelque 9500 nouveaux foyers actifs auraient été recensés, selon l’INPE.

Ce nombre représente une augmentation de 84 % par rapport à la même période l’année dernière, mais aussi un record depuis le début de ce type de relevés, en 2013. La hausse a été particulièrement marquée dans les États du Brésil occupés en totalité ou partiellement par la forêt amazonienne, comme celui du Mato Grosso, situé dans l’ouest du pays, avec 13 682 départs de feu (soit une hausse de 87 %).

L’ampleur des feux est telle que certaines villes, dont la mégalopole São Paulo, coeur financier du pays, se sont retrouvées envahies de nuages noirs imputables à la fumée provenant de secteurs de la forêt amazonienne en flammes.

Qu’est-ce qui a bien pu provoquer une telle augmentation des incendies ? Le président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, a rapidement insinué, mercredi, que les organisations non gouvernementales qui se consacrent à la protection de l’Amazonie pourraient avoir elles-mêmes allumé ces feux, afin d’attirer l’attention sur les compressions qui leur ont été imposées par le gouvernement Bolsonaro.

Jeudi, il a accusé les médias d’avoir déformé ses propos, tout en insinuant la même chose que la veille. Il a ainsi affirmé qu’il pourrait tout aussi bien accuser « les indigènes, les Martiens ou les grands propriétaires terriens. […] Tout le monde peut être suspect. Mais les plus forts soupçons viennent des ONG », a dit celui qui, depuis sa prise du pouvoir en janvier, a éliminé plusieurs postes clés dans les organisations gouvernementales consacrées à l’analyse de la déforestation, à la lutte contre les crimes environnementaux et à la protection de la biodiversité.

Feux et déforestation

Concrètement, les feux ne sont toutefois pas le fait des organisations environnementales, mais plutôt une conséquence directe de la déforestation accélérée de la forêt amazonienne. « Les incendies ont toujours eu une origine humaine », a expliqué à l’Agence France-Presse Paulo Moutinho, chercheur à l’Institut de recherche environnementale sur l’Amazonie. « Le feu est utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n’étaient pas destinées à être brûlées. »

La déforestation, «cause principale» des incendies

 

« La déforestation explique la majorité des incendies », a-t-il insisté. « Historiquement, ils sont liés à l’avancée de la déforestation, conjuguée à des périodes de saison sèche intense. Mais en 2019 nous n’avons pas une sécheresse aussi sévère que lors des années précédentes. Or, il y a une hausse substantielle des incendies. Tout indique donc que la saison sèche n’est pas du tout le facteur prédominant. S’il y avait eu plus de sécheresse, cela aurait été bien pire. »

Le facteur aggravant, cette année, serait donc plutôt l’augmentation marquée de la déforestation, essentiellement dans le but de faire davantage de place au développement agricole, et notamment à l’élevage bovin (le Brésil est un important exportateur de viande de boeuf). Selon des données publiées au début du mois d’août par l’INPE, la déforestation au Brésil a bondi de 67 % sur un an au cours des sept premiers mois de l’année. Entre janvier et juillet, pas moins de 4699 km² de forêt tropicale ont été rayés de la carte, contre 2810 km² pendant la même période de 2018. Au cours du seul mois de juillet, 2255 km² de forêt amazonienne ont disparu.

Bolsonaro attaque

L’ampleur du phénomène a d’ailleurs incité la Norvège et l’Allemagne à annoncer au cours des derniers jours qu’ils bloqueraient plus de 60 millions de dollars de fonds publics qui étaient destinés au financement d’initiatives de protection de zones boisées du Brésil. Jair Bolsonaro — un admirateur avoué du président américain Donald Trump — a répliqué sur les réseaux sociaux en accusant la Norvège de chasser la baleine (ce qui est vrai), mais en diffusant des images d’une chasse aux dauphins menée en fait aux Îles Féroé, un archipel du Danemark.

« L’Amazonie est à nous, pas à vous », a ajouté le président brésilien. Ce dernier a d’ailleurs promis, dès son arrivée au pouvoir, d’accélérer le développement économique du pays en misant sur l’exploitation des ressources naturelles, dont les immenses superficies de terres qui, une fois déboisées, pourraient favoriser l’expansion du secteur agricole. L’ancien militaire a aussi promis de revoir la protection des territoires autochtones, qui constituent dans plusieurs cas les seuls véritables remparts contre la déforestation ou l’exploitation des énergies fossiles et des ressources minières.

Outre la disparition de la biodiversité unique de ce vaste écosystème, la destruction du « poumon de la planète », situé à 60% en territoire brésilien, risque d’aggraver les répercussions des changements climatiques. Puits de carbone, la forêt absorbe davantage de CO₂ qu’elle n’en rejette : elle emmagasinerait 90 à 140 milliards de tonnes de CO₂, selon les différentes évaluations disponibles. Cela représente de 7 à 12 fois les émissions annuelles de gaz à effet de serre de la Chine, premier émetteur mondial.

Avec l’Agence France-Presse et Associated Press

Un joyau de biodiversité de 5,5 millions de km²

  • 40 000 espèces végétales
  • 400 espèces de mammifères
  • 1300 espèces d’oiseaux
  • 3000 espèces de poissons.



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