Des résidus miniers pour piéger le CO₂

La mine de diamant à ciel ouvert Nyurbinsky, en Russie
Photo: Alexander Nemenov Agence France-Presse La mine de diamant à ciel ouvert Nyurbinsky, en Russie

Des chercheurs québécois participent à un projet pancanadien visant à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) en piégeant le dioxyde de carbone (CO₂) dans les déchets issus de l’exploitation minière.

Le projet est mené par l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), en collaboration avec l’Université de l’Alberta, l’Université Trent et l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), ainsi que trois grandes sociétés minières. Il verra le jour grâce à un financement de deux millions de dollars du Programme de croissance propre de Ressources naturelles Canada (RNCan).

« Le CO₂ contenu dans l’atmosphère réagit naturellement avec les phases minérales pour former des carbonates, explique Louis-César Pasquier, qui dirige l’équipe de recherche de l’INRS. Le CO₂ gazeux est transformé en solide qui est stable et inerte. C’est un processus naturel observé depuis bien longtemps, mais on a commencé à se demander en 1995 pourquoi on ne l’utiliserait pas pour répondre en partie à la question des changements climatiques et aux émissions de CO₂ en particulier. »

Les travaux de M. Pasquier, qui est professeur adjoint à l’INRS, et de ses collaborateurs pourraient réduire considérablement les émissions de CO₂ des exploitations minières et conduire à la première mine neutre en gaz à effet de serre au monde.

Capacité sous-estimée

Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement aux résidus miniers riches en silicate de magnésium, ceux-ci provenant notamment de l’extraction de nickel, de diamants, de platine et autres matériaux.

Dans un processus naturel appelé carbonatation minérale, le CO₂ réagit avec le silicate de magnésium présent dans les résidus. La réaction piège le gaz à effet de serre sous forme de carbonates stables et inertes pour plusieurs milliers d’années ou plus.

« On se rend compte qu’on sous-estimait grandement la capacité de ces matériaux-là à capter le CO₂ et […] on peut proposer une façon d’accélérer la transformation du CO₂ contenu dans l’air, maximiser les échanges entre l’air et les résidus, raconte M. Pasquier. L’idée est vraiment de maximiser la réactivité entre le résidu et le CO₂ qui est contenu dans l’air pour que la compagnie minière puisse compenser ses émissions de CO₂. »

Le chef de projet Greg Dipple a expliqué dans un communiqué que la réaction de seulement 10 % du flux de déchets d’une mine pourrait être plus que suffisante pour compenser les émissions annuelles de carbone produites par une exploitation minière.

Les puits de carbone que sont les résidus miniers sont perçus comme étant inutiles, mais en fin de compte ils peuvent avoir une utilité.

M. Pasquier croit que ces travaux pourraient trouver une application concrète sur le terrain d’ici cinq ans.

« Ce n’est pas une approche très dispendieuse, dit-il. C’est vraiment juste de proposer à la compagnie [minière] un mécanisme pour améliorer la capacité de son matériel à réagir avec le CO₂. Les puits de carbone que sont les résidus miniers sont perçus comme étant inutiles, mais en fin de compte ils peuvent avoir une utilité. »

Des essais sur le terrain auront lieu cet été à la mine de diamants Gahcho Kué du groupe De Beers, dans les Territoires du Nord-Ouest, et en 2020 dans une mine de nickel en Colombie-Britannique.