Vivre sur Terre sans la détruire

Photo: Mauro Pimentel Agence France-Presse L’agriculture ne fait pas que subir les conséquences du dérèglement climatique: elle en est aussi une cause.
Le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat place l’alimentation et la gestion des terres au coeur de la lutte contre les changements climatiques. La productivité de la Terre a une limite, avertit le panel international d’experts de l’ONU. En quatre axes, Le Devoir dresse le portrait de la situation au Québec et au Canada.  

 

L’embarras de l’espace

 

Contrairement à la plupart des pays du monde, le Canada dispose d’un vaste territoire, frais et nordique, où déplacer son agriculture en cas de besoin. L’impact des changements climatiques sur notre jardinage national sera donc moins critique qu’au Sahel, qu’en Inde ou même qu’en Europe, où la dégradation des conditions de culture va se heurter au manque d’espace.

« Dans les régions plus froides, comme le Canada, les récoltes pourraient même bénéficier des changements climatiques, surtout à cause de la saison de croissance qui s’allonge. Les épisodes extrêmes de sécheresse ou d’inondation, qui deviennent plus fréquents, auront cependant des effets négatifs », explique Navin Ramankutty, professeur à l’Université de Colombie-Britannique, spécialiste de la sécurité alimentaire.

« Le rapport du GIEC est cohérent avec ce qu’on observe déjà au Québec », remarque quant à lui Jean Caron, professeur de science des sols et de génie agroalimentaire à l’Université Laval. Les températures élevées amincissent la couverture du sol, tandis que les forts épisodes de pluie surpassent les capacités de drainage du sol et lessivent les nutriments, explique-t-il.

Le Canada ne s’en tire malgré tout pas trop mal. Ailleurs sur Terre, un demi-milliard de personnes habitent des régions en proie à la désertification. Les auteurs du rapport du GIEC avancent avec une « grande certitude » que les changements climatiques ont déjà un impact sur la sécurité alimentaire, tout particulièrement dans les pays les plus pauvres.

« Il est certain que la pression va augmenter sur les terres en Amérique du Nord », avance Jean Caron. Le spécialiste appelle à s’efforcer dès maintenant à soigner la santé des terres québécoises et canadiennes, qui deviendront une ressource de plus en plus rare.

Au Canada, l’ensemble des surfaces destinées à l’agriculture représente environ 6 % du territoire. À l’échelle planétaire, les cultures couvrent 12 % de la surface émergée et sans glace, tandis que le pâturage, réalisé en milieu contrôlé ou naturel, en occupe 37 %.

Source de GES

Et l’agriculture ne fait pas que subir les conséquences du dérèglement climatique : elle en est aussi une cause. À l’échelle mondiale, souligne le récent rapport du GIEC, elle est responsable de 40 % des émissions de méthane — par le biais de la digestion animale — et de 80 % de celle d’oxydes nitreux — attribuables aux fertilisants. Cela représente environ 6000 mégatonnes équivalent CO2 par année, soit 13 % des émissions mondiales.

Le Québec et le Canada enregistrent des proportions semblables. Au Québec, l’agriculture était responsable en 2016 d’émissions de 7,6 mégatonnes équivalent CO2, ce qui représente 10 % de ses émissions totales. Au Canada, elles ont représenté 60 mégatonnes en 2016, ou 8,5 % du total.

Toutefois, en divisant les émissions de l’agriculture par le nombre d’habitants du territoire concerné, le portrait change. Dans le monde, on arrive à 800 kg équivalent CO2 par année, par personne. Au Québec, c’est 900 kg, tandis qu’au Canada, c’est plutôt 1600 kg. Ces valeurs ne prennent toutefois pas en compte l’ampleur de la production agricole réalisée sur le territoire donné.

Photo: Dar Yasin Associated Press

Le tiers des aliments jetés à la poubelle

Le constat n’est pas nouveau, mais il est toujours aussi révélateur : pas moins de 30 % de toute la nourriture produite dans le monde est tout bonnement gaspillée avant d’être consommée. Une situation qui signifie que l’humanité pourrait réduire ses émissions de gaz à effet de serre en s’attaquant à ce gaspillage, qui se déroule par ailleurs dans un contexte où plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde.

Ce constat sur l’ampleur du gaspillage, inscrit dans le nouveau rapport du GIEC, vaut d’ailleurs pour le Québec et le Canada, selon Karen Ross, chargée de projet chez Équiterre, mais aussi selon les données fournies par Recyc-Québec.

Les conclusions d’une étude publiée plus tôt cette année par l’organisme torontois Second Harvest vont également dans le même sens, soulignant que les Canadiens sont des champions du gaspillage alimentaire, avec une moyenne de plus de 400 kilogrammes par citoyen par année.

L’étude indique que la valeur des seuls produits d’épicerie utilisables qui se retrouvent dans des dépotoirs canadiens ou autres sites d’élimination s’élève à près de 17 milliards de dollars. Cela représente d’ailleurs une part importante de ce que les Canadiens dépensent en nourriture chaque année.

En outre, le rapport indique que les aliments inutilement jetés au Canada produisent plus de 22 millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, alors que le pays doit réduire ses émissions pour respecter ses engagements dans le contexte de l’Accord de Paris.

Le rapport de Second Harvest indique par ailleurs que ce sont les étapes de la transformation et de la fabrication qui sont les plus grandes sources de « déchets évitables », représentant 43 % du total.

Des produits qui ne répondent pas à des normes rigoureuses de classement, des prévisions de marché inexactes et des mesures inefficaces de transformation sont notamment responsables de ce problème.

Le gaspillage sévit aussi chez les ménages canadiens, qui produiraient 21 % des « déchets évitables ». Cela représente environ 1700 $ par ménage chaque année.

Selon Karen Ross, il existe pourtant des solutions pour réduire ce gaspillage. Elle estime ainsi qu’il serait temps de mettre un terme aux pratiques qui consistent à remplir les comptoirs de fruits et de légumes uniquement avec des produits « parfaits », et donc qui ne présentent pas de « défauts ».

« Une pomme qui n’est pas complètement rouge ou complètement ronde, donc qui n’est pas parfaite, est aussi bonne à manger et pour notre santé », illustre-t-elle.

Équiterre préconise en outre la mise en oeuvre de politiques qui priorisent l’achat local, non seulement pour éviter les émissions de gaz à effet de serre liées au transport, mais aussi pour réduire les pertes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse

Mettre moins de viande dans son assiette

Le nouveau rapport du GIEC plaide clairement pour un virage de notre régime alimentaire — actuellement très tourné vers les produits d’origine animale — vers un régime davantage centré sur des produits végétaux, dont les fruits, les légumes, les noix et les légumineuses.

Il faut dire que la production de produits d’origine animale compte pour les trois quarts de toutes les émissions mondiales de gaz à effet de serre, évaluées à 5,5 milliards de tonnes par année (près de huit fois toutes les émissions du pays).

Un seul kilogramme (kg) de boeuf peut générer 32 kg de gaz à effet de serre, tandis que pour 1 kg de porc, on estime le bilan à 12 kg.

Pour les Canadiens, une telle transition alimentaire impliquerait cependant un changement majeur des habitudes alimentaires quotidiennes.

Selon les plus récentes données fédérales disponibles auprès de Statistique Canada, un Canadien consomme en effet plus de 75 kg de viande, contre une moyenne mondiale de 43 kg. La consommation de viande au Canada se situe cependant dans la moyenne des pays industrialisés.

À titre d’exemple, en 2018, les Canadiens ont consommé en moyenne 18 kg de boeuf et 16 kg de porc, les deux types de viande les plus consommés au pays. Ces chiffres indiquent toutefois un recul marqué au cours des dernières décennies. Ainsi, en 1980, la moyenne par habitant était de 28 kg de boeuf et de 24 kg de porc.

Économiste et spécialiste des questions d’agriculture à l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois souligne que les Canadiens continuent d’accorder une place importante à la viande dans leur alimentation. « Ce n’est pas demain matin que les Canadiens vont délaisser le boeuf, ou plus largement la viande », résume-t-il.

Néanmoins, ajoute M. Charlebois, le régime dit « flexitarien » (centré autour des produits d’origine végétale, mais incluant occasionnellement de la viande) gagne en popularité.

« Il y a une prise de conscience par rapport aux enjeux environnementaux. Ce n’est pas le principal facteur qui incite les gens à devenir flexitariens ou végétaliens. Mais il y a déjà un mouvement vers le flexitarisme à l’heure actuelle. Et selon nos données, il devrait y avoir plus de 10 millions de Canadiens qui vont diminuer, ou encore éliminer leur consommation de viande d’ici 2025. »

Une transition d’abord motivée par des enjeux de santé, mais aussi pour des questions économiques, selon lui.

Qui plus est, la plus récente version du Guide alimentaire canadien propose un changement de régime qui va relativement dans le même sens que le nouveau rapport du GIEC.

« Mangez des légumes et des fruits en abondance, des aliments à grains entiers et des aliments protéinés. Choisissez plus souvent les aliments protéinés d’origine végétale », peut-on y lire.

Photo: Nelson Almeida Agence France-Presse

Une source de carbone plutôt qu’une éponge


Tandis qu’à l’échelle mondiale, la déforestation compte pour une importante fraction des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, le phénomène est presque absent au Canada. Ici, ce sont plutôt les incendies et les maladies ravageant les forêts qui contribuent au bouleversement du climat. Depuis plus de quinze ans, les forêts canadiennes sont d’ailleurs une source de carbone plutôt qu’une éponge.

« Nous avons les lois parmi les plus strictes et les plus efficaces en matière d’aménagement forestier, qui font l’envie d’autres pays, mais nous sommes aux prises avec des perturbations naturelles qu’on a beaucoup de mal à contrôler », synthétise Évelyne Thiffault, professeure de foresterie à l’Université Laval. Les incendies et les insectes causeraient d’ailleurs plus de dommages dernièrement à cause de changements dans le climat, dit-elle.

Les arbres stockent le carbone quand ils poussent, et le libèrent quand ils décomposent. À long terme, une forêt qu’on laisse repousser a donc un impact à peu près nul sur les émissions de GES.

Toutefois, quand des incendies de forêt ou des infestations d’insectes ravageurs surviennent, la combustion des arbres ou leur décomposition ajoute du carbone dans l’atmosphère. Ainsi, depuis 2002, les forêts canadiennes sont globalement émettrices de carbone. Et la contribution est considérable : en 2016, par exemple, elles ont libéré 78 mégatonnes de CO2, tandis que les émissions totales du pays s’élevaient à environ 700 mégatonnes.

Le Canada dispose de 232 millions d’hectares de forêts « aménagées », où des interventions humaines sont pratiquées de manière périodique ou continue. On compte une superficie totale de 347 millions d’hectares de forêts au pays, ce qui représente 35 % de la superficie totale du pays.

Chaque année, quelques dizaines de milliers d’hectares sont déboisés — une quantité négligeable par rapport aux perturbations naturelles.

À l’échelle mondiale, 31 % de la surface du globe émergée et sans glace est boisée, dont plus des deux tiers sont exploités. Les émissions causées par la destruction des forêts et des milieux humides représentent annuellement entre 4 et 8 gigatonnes équivalent CO2 , soit de 8 à 15 % des émissions mondiales.

Milieux humides

Parmi les autres considérations évoquées dans le rapport du GIEC, il est question des milieux humides, dont la surface a diminué de 30 % par rapport à 1970.

« Le rapport insiste beaucoup pour qu’on arrête de détruire les milieux humides, ce qui concerne tout à fait le Canada. On trouve beaucoup de tourbières dans le nord du pays », dit Julie Talbot, professeure de géographie à l’Université de Montréal.

Les tourbières, où s’accumule la matière organique pendant des siècles, sont de grands réservoirs de carbone. Dans le sud du pays, un grand nombre d’entre elles ont été vidées, puis l’espace qu’elles occupaient a été transformé.

« On dit souvent que les tourbières contiennent l’équivalent du tiers du carbone qu’on retrouve dans l’atmosphère. Si on les perd, on les brûle ou on les draine, on exacerbe le problème des changements climatiques », ajoute Mme Talbot.

17 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 9 août 2019 00 h 39

    Fruit de notre conduite irresponsable, sans grande surprise, voici le constat d’accident.

    Je veux bien manger du tofu tutti frutti pour améliorer notre destin, mais un constat inéluctable s’impose : le modèle économique mondial actuel n’est pas viable. Et, sans une modification profonde de notre rapport à notre terre mère nourricière l’espèce humaine ne fera que prolonger son agonie. D’où mon désir le plus profond que les prochains rapports sur l’état de Gaïa ne soient pas simplement que des constats d’accidents, mais plutôt des états d’avancement des travaux de réparations. Et, soit dit en passant, il y a d’excellentes recettes de tofu biologique qui sont à découvrir!

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 08 h 06

      À Mc Gill, une professeure donne des exemples d'holocène positif. Il y a un article qui donne 100 exemples. Je chercherai la référence et reviendrai.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 08 h 11

      Anthropocène positif, une exposition: https://www.neverapart.com/fr/expositions/terra-sapiens/

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 08 h 13

      Good anthropocène: https://goodanthropocenes.net/

    • Marc Pelletier - Abonné 9 août 2019 09 h 02

      Il est indiqué que cet article est le plus populaire, fort bien et tant mieux !

      Toutefois, en lisant l'opinion qui traite de Greta, je constate par les nombreux commentaires d'un très grand nombre d'abonnés du Devoir, qu'en 2019, les climatoseptiques sont très nombreux ! On n'est pas " sorti du bois " !

      Je déplore que nous soyons collectivement si peu sensibilisés ou encore si ignorants face à ce problème qui concerne tous les humains partout autour de notre terre !

      Peut importe les motivations de Greta et du ou des mouvements qui l'appuient, j'espère simplement que les haut-parleurs qui lui permettront de se faire entendre auront un effet mobilisateur, tant chez les diverses populations dans le monde que chez ceux qui les gouvernent !

      Les preuves du dérèglement climatique ont été scientifiquement démontrées, il faut maintenant que les actions soient rapidement enclenchée !

    • Jean Richard - Abonné 9 août 2019 14 h 04

      On n'est pas sorti du bois en lisant que ceux et celles qui osent remettre en question cette bubulle médiatique qu'est le phénomène Greta se font classer parmi les climatosceptiques. On n'est pas climatosceptique parce qu'on refuse de suivre le troupeau des admirateurs de l'adolescente, admirateurs menés par l'émotion et non par la science. On a l'hérésie facile, très facile. Pourtant, le dossier des changements climatiques n'ira pas bien loin s'il ne carbure qu'aux émotions. Ça ne fait que créer une dangereuse vulnérabilité.

      D'hérésie en hérésie, poursuivons. « Les preuves du dérèglement climatique ont été scientifiquement démontrées » peut-on lire ci-haut. Or, ce n'est pas le cas. Pourquoi ? Parce qu'on confond changement et dérèglement.

      L'atmosphère fait partie d'un écosystème vachement bien fait. Ainsi, il y a au départ des inégalités frappantes qui, sans des mécanismes d'auto-régulation, rendraient la vie impossible sur terre. Les régions équatoriales reçoivent plus d'énergie qu'elles n'en cèdent sur un très court cycle (jour-nuit). Si d'autres mécanismes n'existaient pas, ces régions deviendraient de plus en plus chaudes et les régions polaires de plus en plus froides. Mais il y a des cycles plus longs d'une part, mais surtout d'autres mécanismes qui impliquent deux matières fluides en mouvement : l'atmosphère et les océans. Et à l'intérieur des mouvements atmosphériques il y a transport d'énergie dues au changement d'état de l'eau présente dans l'atmosphère.

      C'est parce qu'ils connaissent ces mécanismes que les scientifiques élaborent des scénarios plausibles dus aux changements climatiques. S'ils devaient reconnaître que l'atmosphère est déréglée, aucune modélisation ne serait possible car la modélisation fonctionne à partir de règles connues.

      Les conséquences des changements climatiques causent bien des inquiétudes car des populations entières seront touchées. L'auto-régulation ou la recherche d'équilibre ne fera pas de cadeaux aux humains.

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 9 août 2019 06 h 51

    Aucun collaboration

    Pendant que nos journaux et nos gouvernements nous invitent a coups répétés a manger des plantes, le Brésil détruit la foret amazonnienne pour y faire pousser du soya. Permettez-moi de douter de nos avancées en matière de survie planétaire.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 08 h 46

      ouais, ça c'est angoissant parce qu'on est impuissant.es à faire changer cela... maître dans son pays et sur la planète! Mais je me dis qu'un bon power point pourrait peut-être lui faire prendre conscience qu'il se détruit lui-même en détruisant cette forêt, comme il y a eu dans le temps de la guerre froide une théorie de l'hiver nucléaire qui montrait que l'assaillant serait détruit dans deux semaines.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 9 août 2019 07 h 46

    Du bois à la viande : un vrai mélange!

    Il aurait été utile de montrer une figure de la répartition de l'usage des espaces au Canada! Mieux, une carte du Dominion canadien de l'est à l'ouest permettrait de mieux distinguer les pourcentages selon l'activité humaine. En effet, il n'y a rien de plus frustant qu'une donnée moyenne mondiale pour toute la Terre par exemple. Ainsi, nous pourrions comparer ce qui se passe ici plutôt que d'en tirer quelques conclusions sans de gros arguments plausibles et scientifiques. Personnellement la déforestation au Québec me semble plus préoccupante qu'indiqué.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 08 h 07

    Forêt

    Bon, il y a le shinrin yoku, pour bien profiter de la forêt pour la santé. Puis, il y a totale absence de la sylviculture, a dit Serge Bouchard dans son émission récit, sur la forêt, récemment. Donc, on a une " agro-éco-foresterie " à développer. Bonnes chances mes cher.es ami.es!!

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 9 août 2019 11 h 18

    Un bémol...

    « Contrairement à la plupart des pays du monde, le Canada dispose d’un vaste territoire, frais et nordique, où déplacer son agriculture en cas de besoin. »

    Or dans le livre de David Wallace-Wells, "The Uninhabitable Earth: Life After Warming" publié en février 2019 (édition Tim Duggan Books), on peut lire ceci: "The world’s natural wheat belt is moving poleward by about 160 miles each decade, but you can’t easily move croplands north a few hundred miles, and not just because it’s difficult to suddenly clear the land occupied now by towns, highways, office parks, and industrial installations. Yields in places like remote areas of Canada and Russia, even if they warmed by a few degrees, would be limited by the quality of soil there, since it takes many centuries for the planet to produce optimally fertile dirt. The lands that are fertile are the ones we are already using, and the climate is changing much too fast to wait for the northern soil to catch up." (traduction: " Chaque décennie, la ceinture de blé du monde se déplace vers le Nord de quelques 257 km, mais vous ne pouvez pas facilement déplacer des terres cultivées vers le Nord sur des centaines de kilomètres, pas seulement parce qu'il est difficile d'éviter les terres occupées actuellement par des villes, des autoroutes, des bureaux et les industries. Les rendements dans des régions éloignées du Canada et de la Russie, même si celles-ci se réchauffent de quelques degrés, resteront limités par la qualité du sol, car il faut plusieurs siècles à la planète pour produire une terre extrêmement fertile. Les terres fertiles sont celles que nous utilisons déjà et le climat change beaucoup trop vite pour attendre que le sol nordique devienne fertile.")

    Aussi dire qu'il n'y aura pas de solutions faciles pour faire face aux perturbations que la civilisation thermo-industrielle impose à la planète.

    • Jean Richard - Abonné 9 août 2019 14 h 22

      Autrement dit, la vitesse du changement sera plus grande que notre capacité dans le temps à s'adapter.

      Nos infrastructures sont très lourdes et conçues pour une culture de sédentaires, donc difficiles à déplacer.

      Si le blé ne veut pas pousser là où le climat a déplacé les zones cultivables, on va sans doute chercher à faire pousser du blé quand même plutôt que de trouver autre chose.

      C'est à se demander si, dans le passé, l'Homme ne s'est pas retrouvé dans des situations dans lesquelles il aura manifesté une capacité d'adaptation supérieure à celle de l'homme moderne.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 9 août 2019 15 h 02

      le chasseur cueilleur.

    • Marc Pelletier - Abonné 9 août 2019 19 h 06

      Tiens, tiens, tiens, voilà que M. Richard, malgré toutes ses certitudes, commence à avoir certains doutes : on est sur la bonne voie.

      PS : je ne suis pas un " admirateur fini " de Greta, mais je dis bravo pour son implication dans l'action : elle ne fait pas que discourir, elle agit !

      D'autre part, je reconnais , en toute modestie , que nous devons parler de " changement climatique " et non de dérèglement climatique .

    • Marc Pelletier - Abonné 9 août 2019 19 h 20

      M. Richard, si vous ne connaissez rien ou presque , en ce qui concerne l'agriculture, pourquoi ne passez-vous pas votre tour sur ce sujet ?