Ottawa cherche à mieux comprendre le comportement des baleines noires

Les baleines noires ont tendance à nager souvent près de la surface, les rendant particulièrement vulnérables aux collisions avec les navires commerciaux.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les baleines noires ont tendance à nager souvent près de la surface, les rendant particulièrement vulnérables aux collisions avec les navires commerciaux.

Confronté à un nouvel épisode de mortalités très importantes de baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement fédéral vient de lancer une mission scientifique qui doit permettre de mieux comprendre le comportement de ces cétacés en eaux canadiennes, mais aussi les risques auxquels ils sont exposés.

Une équipe de scientifiques de Pêches et Océans Canada doit ainsi naviguer au cours des 28 jours sur les eaux du Saint-Laurent pour mener différents projets liés à la présence de la baleine noire, une espèce classée « en voie de disparition » et dont huit individus sont morts uniquement cette année dans le golfe.

Selon ce qu’explique au Devoir la chercheuse Véronique Lesage, un des objectifs est d’installer des « émetteurs satellites » sur certaines baleines, afin de tenter de préciser quels secteurs sont les plus fréquentés par ces animaux. Ces émetteurs doivent aussi permettre de comprendre si les baleines passent beaucoup de temps en surface, ou davantage en profondeur, selon les périodes de la journée.

 
8
C’est le nombre de baleines noires retrouvées mortes en eaux canadiennes jusqu’à maintenant cette année.

« Ces données vont nous aider à mieux prédire les risques de collisions avec des navires et les risques d’empêtrement dans des engins de pêche, notamment parce qu’elles devraient nous permettre de mieux comprendre s’il existe des moments et des secteurs où les animaux sont davantage en surface », résume Mme Lesage, une spécialiste des mammifères marins à Pêches et Océans Canada.

Il faut savoir que les baleines noires ont tendance à nager souvent près de la surface, notamment pour s’alimenter, ce qui signifie qu’elles sont particulièrement vulnérables aux collisions avec les navires commerciaux, qui sont plusieurs milliers à naviguer chaque année sur le Saint-Laurent.

Les chercheurs prévoient aussi d’installer des balises fixées par des ventouses sur certaines baleines. Ces dispositifs, qui demeurent en place seulement pendant quelques heures, permettent d’obtenir des informations sur l’environnement sonore dans lequel doivent vivre les cétacés. « Ces balises permettent de déterminer l’exposition des baleines noires au bruit, mais aussi leurs réactions comportementales lorsqu’elles sont exposées au bruit », fait valoir Véronique Lesage.

La mission scientifique, qui sera menée à bord du navire Coriolis, cherchera aussi à documenter la présence de la nourriture recherchée par les baleines noires, soit de petits crustacés nommés copépodes. Selon Mme Lesage, il peut exister une importante variabilité d’une année à l’autre, ou encore d’une saison à l’autre, en ce qui a trait aux secteurs où on retrouve ces crustacés. Mais ces données sont essentielles pour suivre les déplacements prévisibles des animaux, qui cherchent constamment à s’alimenter.

« La recherche nous aidera à respecter notre engagement à protéger ces baleines en voie de disparition tout en continuant à promouvoir des possibilités durables de croissance économique », a fait valoir mardi le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Jonathan Wilkinson.

Collisions

Malgré des mesures de protection instaurées par le gouvernement fédéral après l’hécatombe de 2017 — 12 baleines noires retrouvées mortes en eaux canadiennes —, pas moins de huit baleines ont été retrouvées mortes jusqu’à présent cette année. Au moins trois d’entre elles seraient décédées après avoir été frappées par des navires.

Vendredi dernier, le ministère des Transports a néanmoins levé la limitation de vitesse qui s’appliquait à tout un secteur du golfe, en rétablissant des couloirs dans lesquels les navires commerciaux peuvent naviguer à la vitesse de leur choix. « La surveillance accrue se poursuivra et, si une baleine noire de l’Atlantique Nord est observée dans les voies de navigation, les mesures de limitation de vitesse temporaire seront encore une fois mises en oeuvre immédiatement », a toutefois promis le ministère.

En plus de la mission scientifique qui vient de débuter, le gouvernement fédéral mène en effet un suivi continu de la présence de baleines noires en effectuant des vols de surveillance au-dessus du golfe du Saint-Laurent.

Le gouvernement fédéral n’a d’autre choix que de mettre en place des mesures de protection des baleines noires, puisque l’industrie canadienne de la pêche doit se conformer, d’ici 2022, aux dispositions du Marine Mammal Protection Act.

Cette législation américaine impose à l’industrie, y compris celle des États-Unis, de démontrer que ses activités ne mettent pas en péril les mammifères marins. Si ce n’est pas le cas, le lucratif marché américain sera tout simplement fermé. Or, pas moins de 80 % de nos ressources marines y sont exportées.

Faible reproduction

En plus des mortalités élevées des dernières années, les inquiétudes pour la baleine noire s’appuient sur le déclin marqué des naissances, une situation particulièrement risquée pour une espèce dont la population se limite à environ 400 individus.

Les statistiques de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique démontrent que, sur la période 2007-2017, la moyenne annuelle était de 18 baleineaux. Mais les chercheurs en avaient aperçu à peine cinq en 2017, une année considérée alors comme très mauvaise, et zéro en 2018. Sept baleineaux ont été aperçus cette année.

Selon les chercheurs du New England Aquarium, il est possible, dans certains cas, que des femelles qui ont subi un empêtrement dans des engins de pêche ne soient pas en mesure de se reproduire, en raison des impacts importants sur leur condition physique.

Ces animaux sont aussi particulièrement sensibles aux impacts de l’exploration pétrolière et gazière en milieu marin, en raison notamment des impacts sonores des activités.