Les autobus hybrides moins performants à Montréal

Les autobus hybrides de Nova Bus roulent dans les rues de Montréal depuis 2016.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les autobus hybrides de Nova Bus roulent dans les rues de Montréal depuis 2016.

Les autobus hybrides permettent moins d’économie d’essence dans les rues de Montréal que dans les villes de banlieue. La Société de transport de Montréal (STM) ne remet néanmoins pas en question sa commande d’un milliard de dollars à Nova Bus.

Lors de l’intégration d’autobus hybrides à sa flotte en 2016, la STM faisait miroiter une réduction de carburant et d’émissions de gaz à effet de serre allant jusqu’à 30 %.

Mais, dans les faits, l’économie d’essence en moyenne annuellement se situe dans une fourchette allant, du plus haut, à 22 % lors de l’heure de pointe au centre-ville et, au plus bas, à 12 % dans l’est et l’ouest de l’île, selon des données publiées par la société de transport.

De plus, selon un article du quotidien The Gazette publié jeudi, les autobus hybrides de Montréal seraient beaucoup moins performants que ceux de Longueuil et de Laval, alors qu’il s’agit du même modèle, construit par Nova Bus.

À Laval, par exemple, la réduction se chiffrerait à près de 25 %.

Quelque 830 autobus hybrides supplémentaires au coût d’un milliard de dollars ont été commandés à Nova Bus et doivent rouler sur les routes de Montréal d’ici 2024, dont 300 à compter de l’année prochaine.

« Nous sommes pour l’offre de service de transport, mais il faut être absolument certain qu’on est solide sur ce qu’on achète. Il faut s’assurer que les bénéfices environnementaux et économiques promis sont au rendez-vous », lance Alan DeSousa, maire de l’arrondissement de Saint-Laurent et membre de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal.

Selon Alan DeSousa, la STM n’est pas transparente et il y a eu un « manque d’information et de suivi », ce qui aurait induit en erreur le conseil d’administration du transporteur.

La meilleure option, selon la STM

Invité à commenter ces informations, le cabinet de la mairesse, Valérie Plante, a dit préférer laisser la STM réagir.

Par courriel, la société de transport a défendu son choix de technologie. Elle se dit toujours convaincue qu’« il s’agit de la meilleure option pour effectuer une transition efficace vers le mode tout électrique », écrit une porte-parole.

« L’orientation d’acquérir des bus hybrides en attendant d’acquérir des bus électriques vers 2025 représente une décision d’entreprise soutenue par les bénéfices écologiques », ajoute-t-on.

Concernant les variations de consommation de carburant d’une région à l’autre, la STM explique qu’il est difficile de comparer les données entre sociétés de transport. Des réalités comme les trajets, le nombre de passagers, la vitesse et la topographie changent d’une ville à l’autre. On ajoute que les saisons ont une influence sur l’économie de carburant à cause des systèmes de chauffage et de climatisation dans les autobus.

Invitée à commenter, Nova Bus a indiqué dans un courriel au Devoir que plusieurs tests ont été faits concernant les économies de carburant dans les autobus hybrides. L’entreprise mentionne une étude de Transport Canada menée en 2009, sur laquelle s’est basée la STM, et qui conclut à une réduction de 30 %.

« Depuis ce temps, d’autres tests ont été faits […] L’économie de 25 à 30 % repose sur des tests faits dans des conditions spécifiques », écrit-on.

Faut-il annuler des commandes ?

En juin, le chef de l’opposition Lionel Perez affirmait que la STM devrait suspendre l’achat d’autobus hybrides. Son collègue Alan DeSousa ajoute que le transporteur devrait se donner l’option d’acheter des autobus électriques.

« Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, nous allons être pris longtemps avec une technologie qu’on nous promettait comme plus performante, parce que ces autobus hybrides ont une durée de vie de 16 ans. Je souhaite qu’on se donne la chance d’aller vers l’électrification le plus vite possible », dit-il.

Je souhaite qu’on se donne la chance d’aller vers l’électrification le plus vite possible

L’ancien ministre de l’Environnement et consultant pour l’électrification des transports, Daniel Breton, abonde en ce sens. Selon lui, il faudrait annuler des commandes d’autobus hybrides. « Je suis d’avis qu’il y a moyen de modifier ça. Il y a les autobus de la STM, mais il y a aussi des achats prévus dans l’ensemble du Québec et qui totalisent deux milliards de dollars », dit-il.

La technologie existe déjà pour s’équiper d’autobus électriques, estime-t-il. « Il y a déjà plus de 400 000 autobus 100 % électriques en Chine. À Paris, 1000 ont été commandés pour 2020. Ici, en 2023, nous allons en avoir une quarantaine », illustre Daniel Breton.

De son côté, la STM réplique qu’il faut des garages et des installations pour accueillir des autobus électriques. Cela se fait progressivement, car les garages doivent être adaptés en conséquence. La société de transport précise que le centre de transport Bellechasse sera construit en 2022 et que ce sera le premier à pouvoir accueillir en totalité des autobus électriques.