La désobéissance civile devient nécessaire, selon des écologistes

Vingt-cinq militants associés au groupe Extinction Rébellion Québec ont occupé une partie de la rue Sherbrooke, à Montréal, le 13 juillet dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vingt-cinq militants associés au groupe Extinction Rébellion Québec ont occupé une partie de la rue Sherbrooke, à Montréal, le 13 juillet dernier.

Les militants écologistes qui luttent contre le changement climatique veulent augmenter la pression sur les gouvernements qu’ils accusent d’inaction face à l’urgence mondiale décriée par les scientifiques de la planète. La prochaine étape pourrait bien être la désobéissance civile et un expert estime que leur argument est de plus en plus solide.

Le 13 juillet dernier, 25 militants associés au groupe Extinction Rébellion Québec ont été volontairement arrêtés, sans aucune résistance, au terme d’une occupation de la rue Sherbrooke, au centre-ville de Montréal, qui aura duré près de cinq heures.

Il pourrait s’agir du premier exemple d’une nouvelle tendance alors que l’organisation internationale Extinction Rébellion, qui s’identifie par les initiales « XR », prône carrément la désobéissance civile dans ses campagnes de mobilisation.

Rencontrée lors de la manifestation, l’initiatrice de la branche québécoise du mouvement fondé au Royaume-Uni, Elza Kephart, soulignait que « de grands mouvements de désobéissance civile ont fait changer la société radicalement ». Elle faisait notamment référence au mouvement pour les droits civils des Afro-Américains ainsi qu’aux suffragettes, qui réclamaient le droit de vote des femmes.

« On est rendu à un tel point où seulement un changement radical de notre système peut sauver l’humanité de l’extinction. Ce n’est pas mon imagination, mais la science qui le dit », déclarait-elle.

Mouvement mondial

Tout récemment, du 15 au 19 juillet, XR a tenu une semaine de désobéissance civile dans plusieurs villes du Royaume-Uni. Ses militants ont notamment bloqué des routes, érigé des campements sur des ponts et interrompu des chantiers de construction sans jamais avoir recours à la violence.

Les villes de Londres, Bristol, Leeds et Cardiff, en Angleterre, ainsi que Glasgow, en Écosse, ont fait l’objet de cette opération de « perturbation pacifique des activités quotidiennes », comme le résume l’organisation qui a pris la peine d’offrir ses excuses à la population pour les désagréments occasionnés.

Dans le même ton, quelques minutes avant le début de la manifestation du 13 juillet à Montréal, le formateur en désobéissance civile chez XR Québec, François Léger-Boyer, tenait à insister sur l’aspect « civisme » de la démarche.

« Dans l’expression “désobéissance civile”, il y a le mot “civil”, donc il faut le faire avec civisme. C’est sûr que le mot “désobéissance” prend toute la place, mais, dans le fond, on désobéit seulement quand le gouvernement n’assure pas la dignité, la sécurité ou la survie des générations futures », s’est-il défendu.

Des médias internationaux rapportent d’autres activités du genre à New York, à Paris, à Bordeaux et à Santiago. Le Guardian de Londres a recensé des actions militantes de XR au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Colombie, au Ghana, en Inde, en Australie, en Afrique du Sud et en Belgique.

Utiliser la justice

Au Royaume-Uni, où XR prend ses racines, certains militants arrêtés et traduits en justice ont voulu profiter de leur comparution devant le juge pour faire entendre leurs revendications et faire valoir ce que les juristes appellent une défense de nécessité en s’appuyant sur les preuves scientifiques de l’urgence climatique.

Du côté de la branche québécoise, l’organisation créée en janvier dernier affirme ne pas avoir déterminé de stratégie en ce sens et surtout ne pas avoir les ressources financières pour entreprendre ce genre de débat judiciaire très onéreux.

On est rendu à un tel point où seulement un changement radical de notre système peut sauver l’humanité de l’extinction. Ce n’est pas mon imagination, mais la science qui le dit.

Pour la coordonnatrice du comité juridique d’Extinction Rébellion Québec, Me May Chiu, la décision de convenir d’une stratégie de défense revient à chacune des personnes accusées et à leur avocat. Pour le moment, l’organisme a choisi de se mobiliser pour faciliter la libération rapide des militants et pour minimiser les conséquences de leur arrestation. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’on va fournir la meilleure défense possible à ces gens », a commenté Me Chiu.

Dès l’arrestation de ses manifestants, XR Québec leur a offert du soutien en leur fournissant une liste d’avocats favorables aux mouvements progressistes. Ceux qui en ont les moyens vont s’acquitter eux-mêmes du coût de leur défense.

Toutes les personnes arrêtées au terme de l’occupation du 13 juillet ont été libérées sous promesse de comparaître à une date ultérieure. Pour le moment, elles sont toutes accusées d’entrave au travail des policiers. Les comparutions devant le juge sont prévues à la fin du mois de septembre.

De plus en plus justifiable

La défense de nécessité liée à un geste de désobéissance civile représente tout un défi. Selon le professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal Hugo Tremblay, spécialisé en ressources naturelles et environnement, elle n’aurait jamais été accueillie par un verdict favorable dans une cause écologiste au Canada.

Le professeur Tremblay explique que cette défense est applicable en matière de droit pénal et criminel et qu’elle permet de démontrer que, lorsqu’on se trouve dans une situation de nécessité, on peut déroger à la loi, ou violer certaines normes juridiques, afin d’éviter un mal plus grand que celui que l’on choisit de causer.

Celui-ci croit que des groupes militants écologistes pourraient avoir une cause défendable en ce sens.

« L’état du droit actuellement, dans la société occidentale et au Canada en particulier, est que l’on peut détruire l’environnement et en arriver de manière tout à fait légale à un écosystème invivable. Face à ce constat-là, oui, on peut s’attendre à ce que des groupes de protection de l’environnement en viennent à utiliser des moyens de résistance qui les mènent à poser des gestes illégaux auxquels ils pourraient opposer une défense de nécessité », observe l’universitaire.

Extinction Rébellion Québec a déjà annoncé qu’elle participerait à la semaine de grève contre le changement climatique, du 22 au 27 septembre prochain, puis à la semaine d’action organisée par leurs collègues du Royaume-Uni, le 7 octobre prochain.