Les écologistes crient à la «catastrophe» face aux feux de forêt en Sibérie

Les pompiers travaillant sur le site d'un feu de forêt dans la région d'Irkoutsk, en Sibérie orientale
Photo: Dmitry Dmitriyev Agence France-Presse Les pompiers travaillant sur le site d'un feu de forêt dans la région d'Irkoutsk, en Sibérie orientale

Les écologistes crient à la « catastrophe » face aux feux qui ravagent des millions d’hectares de forêt en Sibérie depuis des semaines, couvrant des villes entières de fumée noire et d’odeur âcre, menaçant d’accélérer la fonte de l’Arctique.

Tous les ans, de gigantesques feux de forêt font rage dans les vastes étendues isolées de Sibérie, au point que les autorités préfèrent parfois laisser faire tant que la population n’est pas menacée. Mais leur ampleur atteint cette année un niveau exceptionnel et fait craindre un impact environnemental à long terme, y compris sur la fonte des glaces de l’Arctique.

Au total, selon les autorités, plus de 3,2 millions d’hectares étaient en proie aux flammes lundi, essentiellement dans les vastes régions de Iakoutie, de Krasnoïarsk et d’Irkoutsk.

Provoqués par des orages secs et une chaleur « anormale » de 30 degrés Celsius qui s’est abattue sur ces régions, les feux sont propagés par des vents forts, affectant les régions voisines, a expliqué l’Agence fédérale des forêts.

La fumée âcre envahit depuis des semaines non seulement une centaine de localités dans les régions où sont concentrés les incendies et où l’état d’urgence a été mis en place, mais aussi les grandes villes des régions de Tomsk et de l’Altaï (Sibérie occidentale), d’Ekaterinbourg et de Tcheliabinsk (Oural).

Le fonctionnement des aéroports dans ces régions a été perturbé à cause de la fumée.

« La fumée, c’est horrible ! J’étouffe, j’ai des vertiges », a raconté à la chaîne Pervy Kanal la retraitée Raïssa Brovkina, hospitalisée à Novossibirsk, grande ville de Sibérie occidentale, après s’être évanouie en pleine rue.

Dimanche, la fumée provoquée par les feux de forêt en Sibérie a atteint le Kazakhstan voisin, où une « concentration de substances polluantes dépassant la norme » a été enregistrée dans plusieurs villes, y compris dans la capitale Nur-Sultan, a indiqué le Service météorologique kazakh, cité par les médias locaux.

Outre les conséquences immédiates sur la santé de la population, les écologistes craignent un phénomène qui accélère le réchauffement climatique.

« La situation avec les feux de forêt dans la partie orientale de la Russie a cessé il y a longtemps d’être un problème local […] et s’est transformée en une catastrophe écologique à l’échelle de tout le pays », s’est alarmée l’antenne russe de l’ONG Greenpeace.

Selon l’organisation, au total 12 millions d’hectares ont brûlé cette année, provoquant d’importants dégagements de CO2 et faisant disparaître autant de superficie de forêt qui ne pourra plus absorber le gaz carbonique pendant un temps.

« Il y a aussi le problème de la suie qui tombe sur la glace ou la neige, la faisant fondre ou l’assombrissant et réduisant ainsi la capacité de sa surface à réfléchir » la chaleur, a averti l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans un commentaire à l’AFP.

Des scientifiques ont diffusé sur Twitter des images satellites de la Nasa montrant d’impressionnants nuages de fumée partant des feux et atteignant les zones arctiques.

Selon Grigori Kouxine, expert de Greenpeace Russie, la suie et les cendres accélèrent la fonte des glaces de l’Arctique et celle du pergélisol, cette couche gelée en permanence qui a tendance à se réduire cette année, libérant des gaz qui, eux-mêmes, renforcent le réchauffement climatique.

« L’effet des incendies sur le climat est très important », avertit Grigori Kouxine. « C’est comparable aux rejets des grandes villes. Et cela renforce le problème des incendies : plus les incendies influent sur le climat, plus les conditions sont favorables à de nouveaux incendies dangereux ».

Son organisation a lancé une pétition demandant aux autorités russes de lutter davantage contre ces feux.

La majorité des feux de forêt font rage dans des « zones de contrôle » : cette dénomination officielle désigne une zone éloignée ou peu accessible, où la décision d’éteindre les incendies est prise par les autorités seulement si les dégâts estimés dépassent le coût des opérations.

Faute de quoi le rôle des autorités se limite à observer l’évolution du feu.

« Il faut éteindre le maximum possible, dès le début », estime Grigori Kouxine. « Il faut planifier et dégager des moyens, mais chez nous, on va continuer d’économiser, au motif que ce n’est pas avantageux sur le plan économique. »