L’humanité a déjà épuisé ses ressources pour 2019

Photo: Ahmad Zamroni Agence France-Presse Nourriture, forêts, absorption du carbone… Les hommes consomment toujours plus sur une planète aux ressources naturelles limitées: c’est ce qu’a marqué lundi le «jour du dépassement», qui tombe chaque année un peu plus tôt.

L’humanité continue d’accroître sa dette écologique. Elle devra d’ailleurs vivre « à crédit » d’ici la fin de l’année, après avoir consommé la totalité des ressources naturelles disponibles pour 2019. Et selon le Global Footprint Network, qui établit ce « Jour du dépassement », la croissance des émissions de gaz à effet de serre constitue le poids lourd de ce déficit, qui menace de plus en plus les moyens de subsistance de l’espèce humaine.

L’image est frappante : lundi, l’humanité a achevé de consommer les ressources que la planète était en mesure de produire pour répondre aux besoins annuels croissants de la population mondiale. En clair, d’ici la fin de l’année, nous grugerons chaque jour un peu plus le capital naturel de la Terre.

Pour répondre aux besoins de l’ensemble de l’humanité pour 2019, nous aurions en fait besoin de 1,75 planète Terre, pour éviter le déficit. Et si l’humanité consommait au même rythme que les Canadiens, nous aurions commencé à hypothéquer les ressources planétaires dès le 18 mars. Il faudrait donc plus de 4,7 planètes Terre pour répondre à la demande.

 
Si l’humanité consommait au même rythme que les Canadiens, nous aurions commencé à hypothéquer les ressources planétaires dès le 18 mars.

« Notre mode de vie et notre façon de fonctionner en société sont incompatibles avec les limites biologiques de la planète. La demande excède l’offre. Et le fait que cette date de “dépassement” est devancée un peu plus chaque année est inquiétant pour l’avenir, puisque ça nous dit qu’on va dans la mauvaise direction. D’ailleurs, elle intervient cette année deux mois plus tôt qu’il y a 20 ans », résume Caroline Brouillette, chercheuse senior chez Équiterre.

Symbole du caractère insoutenable de notre consommation mondiale, l’indice produit par le Global Footprint Network prend en compte l’empreinte carbone, les ressources consommées pour la pêche, l’élevage, les cultures, la construction ou encore l’utilisation d’eau. Il utilise ainsi des milliers de données de l’ONU, notamment celles de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, de l’Agence internationale de l’énergie et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Globalement, le calcul se base sur la biocapacité de la planète, soit sa capacité à renouveler ses ressources et à absorber les déchets, mais aussi sur l’empreinte écologique.

En clair, la biocapacité peut être vue comme l’offre de la nature, tandis que l’empreinte écologique représente la demande humaine.

Ce concept développé au début des années 1990 par deux chercheurs de l’Université de Vancouver, William Rees et Mathis Wackernagel, représente la quantité de matières consommées par l’humanité (nourriture, terrains à bâtir, bois, produits de la mer, etc.) qui seront converties sous la forme d’une surface terrestre ou marine nécessaire à leur production, ou leur absorption pour ce qui concerne les émissions de CO2.

Réduire les GES

« Ce rapport est un excellent indicateur qui nous démontre que même si nous avons commencé à prendre des actions, ça ne porte pas encore ses fruits. On continue sur une lancée de dégradation de l’environnement, même si nous sommesplus conscients », fait valoir Corinne Gendron, professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM.

Elle s’inquiète notamment du déclin continu de la biodiversité. Dans un rapport publié par l’ONU en mai dernier, on constatait ainsi que 75 % de l’environnement terrestre a été « gravement altéré » par les activités humaines et que 66 % de l’environnement marin est également touché.

Autre exemple révélateur, selon Mme Gendron : pas moins de 90 % des stocks de poissons sont désormais exploités au maximum, ou alors carrément surexploités.

Pour tenter d’inverser la tendance, le Global Footprint Network insiste sur le besoin de s’attaquer en priorité à l’empreinte carbone de l’humanité, qui représente plus de 60 % de l’ensemble de l’empreinte environnementale mondiale.

Si l’humanité parvenait à réduire cette empreinte carbone de 50 %, il serait possible de faire reculer le jour du dépassement de 93 jours, soit l’équivalent de trois mois.

Global Footprint Network souligne aussi la nécessité de réduire la demande pour la production alimentaire en réduisant la consommation de viande, mais aussi en réduisant le gaspillage, qui compte pour 9 % de l’empreinte écologique mondiale.

Enfin, on fait valoir l’importance de réduire la croissance de la population mondiale, qui doit atteindre plus de 9,7 milliards de personnes en 2050, si la tendance actuelle se maintient.

Pour Sophie Paradis, directrice au Québec de WWF-Canada, il est aussi urgent de repenser notre utilisation des terres agricoles, l’exploitation forestière, l’aménagement du territoire et nos modes de transports.

Mme Gendron souligne par ailleurs qu’une transformation en profondeur de nos sociétés sera nécessaire pour éviter le pire.

« On peut s’interroger sur notre mode de vie. Et c’est très important, puisque nous sommes en train d’empiéter sur le capital des générations futures. »