Le climat de Washington à Montréal en 2050

D’après une enquête menée par des chercheurs suisses, les températures à Montréal ressembleront au climat actuel de Washington.
Photo: Pablo Martinez Associated Press D’après une enquête menée par des chercheurs suisses, les températures à Montréal ressembleront au climat actuel de Washington.

Et si Montréal ressemblait à Washington ? En 2050, le climat de la métropole québécoise risque fort de s’apparenter à celui de la capitale américaine aujourd’hui, selon une étude qui a mesuré l’impact des bouleversements climatiques sur quelque 500 grandes villes du monde.

D’après l’enquête menée par une quinzaine de chercheurs de l’université ETH Zürich, en Suisse, Montréal se réchauffera de 3,2 °C d’ici 2050. Pour le mois le plus chaud (juillet), la température moyenne passera d’environ 25 °C à 31 °C. Pour le mois le plus froid (janvier), le mercure avoisinera les -10 °C (la température moyenne est de -15 °C présentement). Même son de cloche en Europe, où les étés et les hivers seront en moyenne plus chauds de 3,5 °C et 4,7 °C, respectivement.

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L’étude publiée mercredi par la revue scientifique PLOS ONE a inventorié 520 villes de la planète comptant plus d’un million d’habitants. « Étant donné que plus de 50 % de la population mondiale se concentre dans les villes, ces environnements urbains constituent un outil précieux pour visualiser l’impact du changement climatique à l’échelle mondiale », expliquent les scientifiques.

Dans le lot des métropoles placées sous la loupe, 77 % d’entre elles devraient voir leurs conditions climatiques transformées en celles — actuelles — d’une autre ville du monde. Des exemples ? À l’horizon 2050, le climat de Londres sera plus près du climat actuel de Barcelone. Et Stockholm prendra des airs de Budapest, tout comme Helsinki.

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Pour dresser pareils constats, les chercheurs ont mesuré, munis d’une série de 19 variables, l’évolution du mercure et les niveaux de précipitations selon la saison pour chacune des villes. Ils ont en outre opté pour un « scénario » de réchauffement climatique limité à 1,4 °C par rapport à la période préindustrielle.

Du jamais vu

« Même avec ce scénario optimiste, Montréal, comme on la connaît, sera transformée, note Caroline Brouillette, chercheuse senior en changements climatiques chez Équiterre. Les changements climatiques occasionnent déjà des changements irréversibles, mais nous avons encore le choix de mettre en place des politiques climatiques ambitieuses pour éviter les effets les plus catastrophiques. »

Les chercheurs évaluent que les villes de l’hémisphère nord seront les plus susceptibles de vivre des « changements draconiens ». De manière générale, leur climat ressemblera à celui d’agglomérations situées 1000 kilomètres plus au sud. Les régions tropicales, quant à elles, n’enregistreraient pas d’importants écarts de température, mais devraient voir les quantités de précipitations augmenter et les épisodes de sécheresse s’allonger.

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Les scientifiques concluent par ailleurs qu’en 2050, le climat de 22 % des villes inventoriées sera du jamais vu, n’ayant pas d’équivalent observable aujourd’hui. Beaucoup de villes « des régions équatoriales » seront « susceptibles de passer à des conditions climatiques entièrement nouvelles, qui ne sont actuellement vécues par aucune des autres villes du monde », détaillent-ils.

Scénario optimiste

À quelques reprises, les auteurs de l’étude qualifient d'« optimiste » le scénario d’un réchauffement limité à 1,4 °C. « Ce modèle a été choisi pour montrer l’ampleur des changements auxquels nous serions confrontés, même si nous envisagions la mise en oeuvre de politiques d’atténuation efficaces », font-ils valoir.

Selon les prévisions actuelles, la planète se trouve sur une trajectoire de hausse moyenne des températures de plus de 3 °C d’ici la fin du siècle. Elle a déjà atteint une hausse moyenne des températures de 1 °C.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rappelait en octobre que pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, « des changements rapides, de grande ampleur et sans précédent dans tous les aspects de la société » étaient nécessaires.

Le GIEC brossait un plan d’action pour atteindre cette cible, jugée la plus sûre par la communauté scientifique. Ce « résumé aux décideurs » mettait en lumière le besoin de réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010.

Après quoi, il faudrait atteindre un « zéro net » d’émissions de CO2 autour de 2050.