Même une pollution de l’air modeste nuit à la santé des poumons

Des voitures entrent et sortent du centre-ville de Toronto.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Des voitures entrent et sortent du centre-ville de Toronto.

Une exposition à la pollution atmosphérique accélère le vieillissement des poumons et augmente le risque de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), selon une vaste étude dont le premier auteur est un chercheur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Le docteur Dany Doiron et ses collègues se sont notamment intéressés à l’exposition de plus de 300 000 personnes à la matière particulaire (PM10), aux particules fines (PM2.5) et au dioxyde d’azote. Ces substances proviennent notamment des émissions produites par les voitures et les usines.

« Notre étude est l’une des plus grandes à ce jour sur les associations entre la pollution de l’air, la fonction pulmonaire et à la MPOC, a dit M. Doiron, qui est associé de recherche à l’Institut de recherche du CUSM. On a été surpris par la taille des associations. »

Les chercheurs ont tenu compte de plusieurs facteurs qui pourraient avoir un impact sur la santé des poumons de leurs sujets, notamment leur âge, leur sexe, leur indice de masse corporelle, leurs revenus, leur niveau d’éducation, leur emploi, leur tabagisme et leur exposition à la fumée secondaire.

Les particules PM2.5 sont si fines qu’elles peuvent se loger au plus creux des poumons et contribuer à des maladies chroniques. L’Organisation mondiale de la Santé recommande des concentrations annuelles moyennes ne dépassant pas 10 microgrammes par mètre cube d’air.

« Pour chaque augmentation d’exposition moyenne annuelle de cinq microgrammes par mètre cube de particules fines dans l’air auxquelles les participants étaient exposés, la réduction de la fonction pulmonaire était similaire aux effets de deux années de vieillissement, a dit M. Doiron. On sait que la fonction pulmonaire diminue normalement avec l’âge, mais notre étude suggère que la pollution atmosphérique peut contribuer au processus de vieillissement et ajoute à la preuve que respirer de l’air pollué nuit aux poumons. »

Cette même hausse de l’exposition annuelle augmentait aussi de 52 pour cent le risque de MPOC.

Les sujets moins bien nantis semblaient particulièrement vulnérables aux effets de la pollution atmosphérique. L’impact de la pollution sur la fonction pulmonaire était deux fois plus important chez les participants moins fortunés et leur risque de MPOC était trois fois plus grand, comparativement aux sujets mieux nantis.

« C’est probablement dû à un nombre de facteurs, notamment un plus grand nombre d’infections respiratoires chez l’enfant, les conditions médiocres de logement et de qualité de l’air intérieur, et d’autres conditions », a expliqué M. Doiron.

Les résultats de cette étude sont d’autant plus inquiétants que la qualité de l’air n’a pas été mesurée dans des villes très polluées comme Delhi, Pékin ou Jakarta.

« On a constaté des réductions significatives de la fonction pulmonaire même à des concentrations relativement faibles de PM2.5 ou de particules fines, a souligné M. Doiron. Nos résultats soulignent donc l’importance de prendre davantage de mesures pour lutter contre la pollution de l’air dans nos villes. »

Les conclusions de cette étude sont publiées par le European Respiratory Journal.