Des gestes insuffisants pour l'environnement

Les émanations d’une raffinerie d’Halifax se mêlent à un brouillard provoqué par un froid extrême en janvier 2013.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Les émanations d’une raffinerie d’Halifax se mêlent à un brouillard provoqué par un froid extrême en janvier 2013.

Même si le climat canadien se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale et qu’il subira de plein fouet les effets des bouleversements climatiques, les différents ordres de gouvernement du pays sont toujours à la traîne en matière d’adaptation aux répercussions prévisibles pour la santé humaine, les infrastructures, les communautés nordiques ou encore les écosystèmes.

C’est ce que conclut le « comité d’experts sur les risques posés par les changements climatiques et les possibilités d’adaptation » (CAC) dans un rapport publié jeudi et qui a été produit à la demande du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

« Au cours des 20 prochaines années, nous pouvons nous attendre à voir une augmentation des répercussions des changements climatiques », souligne d’entrée de jeu le « comité d’experts » qui a rédigé ce rapport, publié en plein été.

Les auteurs rappellent notamment la multiplication attendue des « épisodes de chaleur extrême », le dégel du pergélisol, la hausse des précipitations extrêmes, la vulnérabilité de plusieurs infrastructures, les menaces pour la biodiversité ou encore l’acidification des trois océans bordant nos côtes.

Ces bouleversements doivent inciter tous les ordres de gouvernement « à intensifier leurs efforts pour s’adapter aux changements climatiques et réduire les émissions de gaz à effet de serre », insiste Pierre Gosselin, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec et membre du comité d’experts du CAC.

« C’est une situation à haut risque et les actions à prendre doivent être prises dès maintenant pour minimiser les risques. » Or, ajoute-t-il, les mesures globales mises en avant sont essentiellement « cosmétiques ». « En matière d’adaptation, il est clair que nous n’en faisons pas assez actuellement. »

Le Dr Gosselin cite comme exemple les mesures prises pour faire face aux vagues de chaleur, qui sont déployées essentiellement en réaction aux « urgences », soit les épisodes de canicule.

Il faudrait selon lui agir en « prévention », notamment en verdissant les milieux urbains, mais aussi en adaptant les logements et les hôpitaux au climat attendu au cours des prochaines années.

Lacunes fédérales

Le rapport remis au gouvernement fédéral conclut d’ailleurs que le Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, soit le plan climat du gouvernement fédéral, comporte « des lacunes » en matière de « gestion de l’adaptation aux changements climatiques ». Et il n’est pas le seul, précise Pierre Gosselin, puisque la plupart des provinces « n’ont pas de plan concret » d’adaptation aux impacts des bouleversements du climat.

Il estime donc qu’il faudra augmenter substantiellement les investissements en adaptation au cours des prochaines années, comme le répète aussi le consortium de recherche Ouranos.

« Même si on cessait dès maintenant d’émettre des gaz à effet de serre, le réchauffement planétaire se poursuivrait pendant plusieurs années, avant une stabilisation du climat. La situation est d’autant plus évidente qu’à l’échelle mondiale, on ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre », déplore le Dr Gosselin.

Cette nécessité de « penser à long terme » doit d’ailleurs se décliner dans tous nos projets d’infrastructures, fait-il valoir.

« C’est bien de refaire les écoles, mais il faut les refaire en pensant à 2050 ou 2060. Ça veut dire que les cours de récréation en asphalte, ça devrait être chose du passé. Il faudrait aussi prévoir la ventilation et la climatisation adéquates, mais également l’installation de toits verts. Ce n’est pas là actuellement, même si on voit de plus en plus une réflexion à ce sujet. »

En plus de l’adaptation aux changements du climat, le Canada doit fait preuve de « cohérence » en matière de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, affirme Pierre Gosselin.

« Il y a un devoir de cohérence, qui n’est pas encore là. On le voit avec tous les projets de gazoduc et d’oléoduc au Canada. C’est incompatible avec la réduction efficace des émissions de gaz à effet de serre et la réduction des risques des changements climatiques. »

Appelé à réagir à la publication du rapport du CAC, le cabinet de la ministre du Conseil du Trésor, Joyce Murray, a rappelé l’engagement du gouvernement Trudeau « à prendre des mesures fondées sur des données pour intégrer la résilience au changement climatique dans les politiques, les programmes et les projets partout au pays ».


Les six principaux secteurs à risques

Infrastructures

Risques pour les infrastructures physiques dus aux événements météorologiques « extrêmes », dont les dommages aux maisons, aux bâtiments et aux infrastructures essentielles à cause des fortes précipitations, des forts vents et des inondations ; plus grande probabilité de pannes de courant et de défaillances de réseaux électriques ; et risque accru de « défaillances en cascade » des infrastructures.

Communautés côtières

Risques pour les communautés côtières, dont les dommages aux infrastructures, aux biens et aux gens à cause des inondations, de l’intrusion d’eau salée et de l’érosion du littoral due à la hausse du niveau de la mer et aux ondes de tempête.

Communautés nordiques

Risques pour les communautés et les populations nordiques, dont les dommages aux bâtiments, aux routes et aux lignes électriques à cause du dégel du pergélisol ; la réduction ou la perturbation de l’accès aux communautés et aux installations en raison de la hausse des températures ; et risques accrus d’accidents maritimes causés par l’intensification du trafic et par la réduction de l’étendue de la glace de mer en été.

Santé et bien-être humains

Risques pour la santé et le bien-être humains, dont des effets néfastes sur la santé physique et mentale, des menaces telles que les événements météorologiques extrêmes, les vagues de chaleur, la dégradation de la qualité de l’air ambiant et l’augmentation de l’éventail de pathogènes.

Écosystèmes

Risques pour les espèces et les écosystèmes, dont les menaces à la biodiversité, à la résilience écosystémique et à l’aptitude des écosystèmes à fournir de multiples bienfaits, comme la régulation environnementale ou la fourniture de ressources naturelles.

Pêcheries

Risques de déclin des populations de poissons et de pêcheries moins productives et résilientes à cause de la modification des conditions de l’eau de mer et de l’eau douce, de l’acidification des océans et de l’action des espèces envahissantes et des ravageurs.
1 commentaire
  • Johanne Fournier - Abonnée 5 juillet 2019 14 h 23

    Le mode d'emploi

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