Des baleines chassées en danger d’extinction au Japon

Des navires japonais ont harponné lundi deux baleines de Minke, les deux premières d’un quota de 227 mammifères pouvant être chassés d’ici décembre dans les eaux territoriales japonaises.
Photo: Kazuhiro Nogi Agence France-Presse Des navires japonais ont harponné lundi deux baleines de Minke, les deux premières d’un quota de 227 mammifères pouvant être chassés d’ici décembre dans les eaux territoriales japonaises.

L’une des trois espèces de baleines visées par les Japonais, qui ont repris lundi la chasse commerciale dans les eaux nippones, est menacée d’extinction et des groupes des deux autres espèces ne se portent pas trop bien, selon des experts.

Le gouvernement japonais avait annoncé il y a six mois son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI), s’affranchissant ainsi du moratoire de 1986 sur la pêche commerciale.

Des navires japonais ont harponné lundi deux baleines de Minke, les deux premières d’un quota de 227 mammifères pouvant être chassés d’ici décembre dans les eaux territoriales japonaises : 150 rorquals de Bryde, 52 baleines de Minke et 25 rorquals boréals.

Cette dernière espèce est classée « en danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Long de 20 mètres, ce cétacé, le plus gros du monde après la baleine bleue et le rorqual commun, a été la cible principale des captures « scientifiques » japonaises depuis le début des années 2000.

Les deux autres ne suscitent qu’une « préoccupation mineure », signe qu’elles ne font pas face à un danger d’extinction. Mais la réalité est plus nuancée, et ces espèces aussi pourraient subir certaines conséquences, explique à l’AFP Justin Cooke, membre du comité scientifique de la CBI et du groupe « cétacés » à l’UICN.

« Il y a deux sortes de baleines de Minke exploitées au large des côtes japonaises », note-t-il. « L’une, qui se trouve dans les eaux côtières — dans la mer du Japon, la mer de Chine orientale et la mer Jaune —, est décimée en raison d’une longue histoire de captures par le Japon et la Corée du Sud. »

Et au-delà de celles ciblées par les baleiniers, certaines sont des victimes collatérales des filets des pêcheurs de poissons.

Cette population côtière, connue sous le nom de « stock J », a la particularité de se reproduire en été plutôt qu’en hiver, contrairement aux autres baleines à fanon. Des études des agences de pêche japonaise et sud-coréenne ont estimé leur nombre à environ 1500, selon Justin Cooke.

Le « stock O », qui se reproduit l’hiver et compte environ 25 000 individus, se trouve plus au nord dans la mer d’Okhotsk, dans les eaux russes.

Comme pour d’autres baleines, des sous-populations d’une même espèce peuvent développer des comportements différents, que les biologistes décrivent comme leur culture.

Il existe également deux sous-espèces du rorqual de Bryde, qui peut faire jusqu’à 17 mètres de long. Le Japon avait arrêté de le chasser en 1987 mais avait autorisé à nouveau 50 captures dans les eaux internationales à partir de 2000, « pour des raisons scientifiques ».

La population du Pacifique Nord, qui vit dans la zone économique exclusive du Japon, a récemment été estimée à plus de 26 000 individus par le comité scientifique de la CBI.

Lors du dernier décompte, il y a 20 ans, il existait moins de 170 représentants de l’autre groupe, qui est l’objet, dans les eaux du sud du Japon, d’un tourisme lié à l’observation des cétacés, selon Justin Cooke.

Quant au rorqual boréal, les experts divergent sur sa description. « Les scientifiques japonais assurent qu’il n’y a qu’une population dans tout le Pacifique Nord », explique M. Cooke. « Mais ils n’ont collecté des données que près des côtes. »

D’autres scientifiques évoquent cinq populations distinctes, dont l’une près de la côte ouest qui va désormais être chassée pour sa viande. Ce groupe ne compterait que 400 individus, selon Cooke.