De nouvelles aires de protection dans le Saint-Laurent

Photo: René Roy Les espèces qui peuple le Saint-Laurent profiteront des mesures de protection.

Après des années de stagnation, la protection du Saint-Laurent est sur le point de connaître des progrès sans précédent. Selon les informations obtenues par Le Devoir, Québec et Ottawa ont convenu d’ajouter pas moins de 5000 km² de zones protégées dans l’estuaire, et ce, d’ici la fin de 2020. Cette bonification majeure en matière de préservation des milieux marins de la province, qui s’étendra également au golfe, devrait permettre au Québec de respecter ses engagements internationaux.

Depuis la création du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, en 1998, aucune zone importante de l’estuaire n’a été formellement protégée. Or, depuis près de 20 ans, un projet complémentaire avait été proposé, notamment afin d’élargir les mesures de protection pour l’ensemble de l’habitat estival du béluga.

Ce projet, qui a toujours stagné, est aujourd’hui remis de l’avant sous une forme plus clairement définie, dans la foulée de l’« entente de collaboration » signée entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral en 2017.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le gouvernement du Canada et celui du Québec ont ainsi identifié pas moins de six « secteurs » dans l’estuaire du Saint-Laurent, ainsi qu’un secteur en amont de la rivière Saguenay. L’ensemble de ces secteurs, qui forment une trame de protection s’étendant sur plus de 5000 km², permettraient de protéger le Saint-Laurent, de la région de la pointe est de l’île d’Orléans jusqu’à Chutes-aux-Outardes, sur la Côte-Nord, et jusqu’en aval de Trois-Pistoles, sur la rive sud.
 


En ajoutant la superficie d’environ 1200 km² du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, pas moins de 6200 km² de l’estuaire pourraient donc être protégés d’ici la fin de l’année prochaine.

D’ailleurs, tout comme le parc marin, établi à l’origine pour protéger le béluga, certains « secteurs » ont été ciblés afin de protéger « l’habitat essentiel » du béluga, mais aussi les poissons dont se nourrit ce cétacé résidant toute l’année dans le Saint-Laurent. C’est le cas du plus vaste secteur, identifié comme étant du « centre de l’estuaire ». Celui-ci comprend des zones très fréquentées par les bélugas, comme le secteur de l’île aux Coudres, la région de Cacouna et la portion du Saint-Laurent située au large de Trois-Pistoles.

 
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Certains «secteurs» ont été ciblés afin de protéger «l’habitat essentiel» du béluga.

En plus des habitats importants pour le béluga, Québec et Ottawa ont convenu de protéger un secteur situé en Haute-Côte-Nord et un autre situé entre Matane et Les Méchins, sur la rive sud, afin de « protéger » le rorqual bleu et le rorqual commun. Ces deux espèces de cétacés, les deux animaux les plus imposants sur Terre, fréquentent assidûment ces secteurs en raison de la forte présence de krill et de poissons, signes de la grande richesse de la biodiversité marine.

Par ailleurs, le gouvernement du Québec a décidé de reconnaître huit « refuges marins » mis en place par le gouvernement fédéral dans le golfe du Saint-Laurent, essentiellement autour de l’île d’Anticosti. Des mesures supplémentaires seraient toutefois en discussion, afin de bonifier la protection accordée à ces milieux.

Cible en 2020

L’ensemble des projets identifiés par les deux ordres de gouvernements ont été présentés cette semaine à différents intervenants bien au fait du dossier de la protection du Saint-Laurent, mais aussi des différentes activités qui se déroulent dans l’estuaire et le golfe, dont la pêche et la navigation maritime commerciale.

Malgré la complexité de concilier les différents usages et les mesures de protection, Québec et Ottawa sont tombés d’accord pour mener les consultations particulières et les consultations publiques de façon à pouvoir finaliser les projets de protection d’ici la fin de 2020.

Il faut dire que, selon les engagements pris par les gouvernements du Québec et du Canada sur la scène internationale, il est impératif de protéger 10 % des milieux marins de la province d’ici la fin de l’année prochaine. En ajoutant les « secteurs » identifiés à l’heure actuelle, le taux de protection passerait à 9,78 % à la fin de 2020. Cela constituerait un progrès historique, puisque actuellement, à peine 1,9 % des milieux marins du Québec sont protégés.

Au cabinet du ministre de Pêches et Océans Canada, Jonathan Wilkinson, on précisait mercredi que des projets de protection du Saint-Laurent ont bel et bien été identifiés dans l’estuaire et le golfe, en vue de l’établissement d’« aires marines protégées ». « Les prochaines étapes viseront à déterminer les mesures de conservation à mettre en place afin d’atteindre les objectifs de conservation. Des intervenants ciblés seront invités à fournir leur avis sur les mesures de conservation envisagées », a ajouté, par écrit, l’attachée de presse du ministre, Jocelyn Lubczuk.

Au cabinet du ministre de l’Environnement Benoit Charette, on a simplement indiqué que l’« intention » du gouvernement « est de rattraper le retard libéral en matière d’aires marines protégées ». « Alors que les travaux continuent de progresser, nous serons en mesure de faire une annonce au moment opportun », a aussi répondu son attaché de presse, Louis-Julien Dufresne.

Le Devoir a tenté d’obtenir les réactions de groupes présents aux rencontres tenues cette semaine par les représentants des gouvernements. Seul le directeur général de la Société pour la nature et les parcs, section Québec, Alain Branchaud, a accepté de commenter la situation.

M. Branchaud a salué les progrès en matière de protection, soulignant que les projets retenus permettront probablement d’atteindre les objectifs fixés pour 2020. « Les zones permettront également de contribuer à la protection et au rétablissement de plusieurs éléments significatifs de la biodiversité du Saint-Laurent », comme le béluga du Saint-Laurent, une espèce en voie de disparition qui connaît toujours un déclin.

6 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 20 juin 2019 07 h 03

    Vous dites que les milieux marins du Québec, sans les identitier comme relevant du Québec. sont protégés à la hauteur de 1,9% et que le projet sur la table les hausseraient à 9,78%.

    Je note que votre texte de fait pas écho au golfe du Saint-Laurent, dont les Îles-de-la-Madeleine sont un territoire du Québec et, conséquemment sonterritoire marin est plus étendu.

    Par ailleurs, vous ne faites pas référence aux milieux marins du golfe où se retrouvent le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Edouard, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve sans oublier els Îles Saint-Pierre et Miquelon.

    Derner point, avez-vous des informations quant au incidences des ententes envisagées entre le Canada et le Qubec sur la propriété de ces eaux marines et la gestion des ententes ?

    Dit autrement, avec elles, le Québec n'est-il qu'un signataire ou un État qui fait reconnaître ses prérogatives ?

  • Daniel Francoeur - Abonné 20 juin 2019 09 h 04

    La perturbation marine généralisée

    Si tout va sur des roulettes, et qu’on ne dérange pas les plans des perturbateurs, on passerait donc de 98.1% d’aire non protégée à 90.22%. Ce qui me semble nettement insuffisant pour assurer la protection de la vie marine. Sans parler de la pollution marine et aérienne qui ne respectera aucunement les frontières fictives des aires protégées.

  • Denis Paquette - Abonné 20 juin 2019 10 h 08

    peut on faire fi de notre origine sacrée

    allons nous avoir le courage de protéger ce territoire qui dans les faits nous appartiens depuis toujour, n'est il pas notre premier lieu,d'origine

  • François Boulay - Abonné 20 juin 2019 10 h 09

    Aires marines

    L'un en en élections bientôt. l'autre veut radorer son blazon environnemental. Si les habitants de ces eaux peuvent en profiter. BRAVO

  • Denis Paquette - Abonné 21 juin 2019 11 h 19

    et oui une sorte de colonne vertébrale unique

    n'est il pas temps de protéger ce joyau. n'est il pas la source de tout un continent, un des plus vaste du monde, une sorte de colonne vertébrale unique qui nourrit notre continent depuis des millénaires