Des pluies exceptionnelles inondent les plages et dunes de Sandbanks

L’eau a gagné du terrain, empiétant sur les dunes et les plages.
Photo: Sylvie Saint-Jacques Le Devoir L’eau a gagné du terrain, empiétant sur les dunes et les plages.

À la mi-juin, à l’approche de la fin de l’année scolaire, la plage Dunes, dans les Sandbanks, au sud de l’Ontario, reçoit d’habitude une affluence de touristes avides de farniente, d’horizons bleus d’azur et de sable chaud. Mais pas ces jours-ci, alors qu’un temps venteux et frais accompagne des niveaux d’eau anormalement élevés.

Dimanche dernier, entre deux averses, quelques rares touristes pique-niquaient, erraient sur un espace sablonneux réduit, les moins frileux avançant même à tâtons dans l’eau fraîche qui inonde la plage pour atteindre les dunes.

« Tous les sentiers de marche dans les dunes sont fermés. Normalement, la plage s’étend beaucoup plus loin. Je pense que cela est de mauvais augure pour la saison touristique. C’est pire qu’en 2017 », indique l’employée du kiosque de bouffe rapide de Dunes Beach, qui se tourne un peu les pouces en ce week-end frisquet de début de saison. Sur la page Facebook « Friends of Sandbanks », des photos des plages inondées sont affichées ponctuellement, avec des phrases descriptives sur la progression de la situation et les actions prises par la communauté pour nettoyer les plages souillées.

 
Photo: Sylvie St-Jacques Le Devoir Le niveau d’eau très élevé du lac Ontario compromet les projets de nombreux vacanciers.

Avec des niveaux d’eau records du lac Ontario causés par les fortes pluies et les vents qui soufflent dans ce coin, la région des Sandbanks, réputée pour ses plages de sable blanc, affiche ces temps-ci une mine déconfite. Les jours particulièrement venteux, des débris maculent les rives, qui sont reconnues pour leur propreté en temps normal.

Les bouleversements climatiques ne sont pas étrangers à cette situation, qui risque de se reproduire. « S’il est difficile d’établir un lien direct entre les événements inhabituels et le réchauffement climatique, les données probantes démontrent de réels changements dans les conditions météorologiques. Dans le sud de l’Ontario, les pluies deviennent de plus en plus abondantes en hiver et au printemps, et cette tendance devrait se poursuivre à long terme, causant d’autres inondations dans le futur », indique Usman T. Khan, spécialiste des changements climatiques au Département d’ingénierie civil de l’Université York.

S’il est difficile d’établir un lien direct entre les événements inhabituels et le réchauffement climatique, les données probantes démontrent de réels changements dans les conditions météorologiques

Même si ces plages demeurent ouvertes, la superficie des plages The Outlet et Dunes est réduite de manière importante, avec les eaux débordantes du lac Ontario qui gagnent du terrain. « La North Beach a été sévèrement touchée par les niveaux d’eau élevés. Le stationnement est complètement inondé et l’érosion affecte la route », indique une information publique sur le site de Parcs Ontario, qui met à jour quotidiennement la situation dans les Sandbanks.

La saison du camping compromise

Le niveau d’eau très élevé du lac Ontario (il était à 75,91 mètres le 12 juin, soit 85 centimètres au-dessus de la moyenne historique) compromet ainsi les projets estivaux de nombreux vacanciers, menaçant la lucrative industrie touristique de la région. Les Sandbanks, une destination prisée par de nombreux Québécois, pourraient par conséquent connaître une saison difficile, attribuable aux plages imbibées d’eau. Pour leur part, les agriculteurs de la région s’inquiètent du manque d’ensoleillement et de la moisissure qui pourraient affecter leurs récoltes de 2019.

« Jusqu’à maintenant, nous avons avisé par téléphone chaque personne qui avait réservé sur les sites inondés. Nous offrons de les rembourser ou de les déplacer sur un autre terrain », explique au bout du fil l’employée à l’accueil de Parcs Ontario, qui donne aux visiteurs des informations sur les inondations en cours.

Avec deux événements inhabituels en trois ans — la saison 2017 des Sandbanks a aussi été marquée par les plages inondées —, un réaménagement du territoire devrait être envisagé pour composer avec les niveaux à la hausse du lac Ontario, estime Usman T. Khan, qui travaille sur le concept des « villes éponges » pour augmenter la résilience des territoires touchés par les changements climatiques. Usman T. Khan prône aussi le développement d’infrastructures permettant aux eaux de pénétrer dans les sols et de recueillir les eaux de pluie.

« Avec ce genre d’aménagement, on peut penser les villes en fonction d’avoir certains endroits qui seront parfois inondés, sans toutefois subir des dommages. Cela dit, il faut commencer à planifier en fonction de pluies différentes, plutôt que de se fier aux données du passé. Et avant tout, il faut se montrer stratégique et penser au bien de la communauté, dans une perspective de design à long terme. »

« Je pense que, d’ici quelques années, l’eau montera encore plus haut », lance l’employée du casse-croûte de Dunes Beach. La science ne lui donne pas complètement tort…