La longue marche vers le déclin du plastique

L’industrie du plastique réserve un accueil tiède à l’interdiction du plastique à usage unique comme annoncée par Justin Trudeau.
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse L’industrie du plastique réserve un accueil tiède à l’interdiction du plastique à usage unique comme annoncée par Justin Trudeau.

Les océans et les dépotoirs en sont remplis. Plus mal aimés que jamais, les plastiques à usage unique seront interdits à partir de 2021, a annoncé cette semaine le premier ministre Justin Trudeau. Or, si le sens même de l’expression « plastique à usage unique » demeure flou, l’application éventuelle de ladite interdiction soulève aussi plusieurs interrogations.

« Personnellement, je ne pense pas que l’industrie soit prise par surprise », concède Bruno Ponsard, directeur de l’Institut des technologies des emballages et du génie alimentaire du collège de Maisonneuve, qui dit que l’emballage à usage unique est pas mal « mis à l’index » depuis quelques années.

Développer des solutions d’emballage plus écologique avec de nouveaux matériaux compostables issus de sources renouvelables, diminuer l’impact environnemental des plastiques, développer des systèmes de recyclage plus efficaces, valoriser l’approche du « zéro déchet »… Selon Bruno Ponsard, la date butoir de 2021 s’accompagne d’une urgence d’agir, et ce, dans un esprit de concertation autour de solutions diverses.

 
95%
Proportion des plastiques destinés aux emballages qui sont à usage unique

Au lendemain de l’annonce de Justin Trudeau sur l’interdiction prochaine des plastiques à usage unique, Greenpeace a accueilli positivement la nouvelle, tout en soulevant le manque de clarté de la définition des plastiques ciblés par cette mesure.

« Greenpeace soutient l’interdiction des plastiques à usage unique problématiques et non nécessaires qui sont régulièrement trouvés dans l’environnement ; qui contiennent des produits chimiques nocifs. Cette liste pourrait inclure, sans toutefois s’y limiter, les matières plastiques oxodégradables, les pailles, les sacs, les tasses, les bouteilles, les ustensiles, les bâtonnets à café, les cotons-tiges, les contenants à emporter, le polystyrène, le polystyrène expansé, les emballages en plastique multicouche, le plastique noir et coloré et le PVC », a indiqué l’organisme dans un communiqué.

Des solutions proposées

« Certaines solutions qui commencent à être mises en place vont prendre de l’ampleur. On pense entre autres à des solutions de vrac et d’emballages qui peuvent être plus performants et efficaces, sur le plan de la salubrité », mentionne Bruno Ponsard.

Sur une base volontaire, certaines grandes bannières ont déjà commencé à s’engager dans la voie de la réduction de son recours aux plastiques à usage unique. Dans sa récente Politique de gestion des emballages et imprimés (mai 2019), Metro s’engage notamment à réduire le nombre de sacs d’emplettes de plastique à usage unique de 50 % d’ici la fin de 2023, de réduire le suremballage et les plastiques à usage unique dans les sections de produits frais, de remplacer les barquettes en mousse de polystyrène et les pellicules plastiques (pour les fruits et légumes) par un matériau plus facile à recycler (le carton par exemple) et d’augmenter la recyclabilité des barquettes en mousse de polystyrène.

40%
Proportion de la production mondiale des plastiques destinée à l’emballage

« Les entreprises paient déjà le coût de la collecte collective. Mais la question demeure : est-ce qu’avec cet argent, on est capable de développer un système de recyclage et de traitement en fin de vie des emballages qui puisse être efficace ? » partage Bruno Ponsard, qui estime que les consommateurs ont aussi leur rôle à jouer dans l’engrenage. « Nous sommes de drôles de bibittes, les consommateurs. On veut bien faire, agir en bons citoyens, mais en même temps, on ne sait pas quoi faire avec tout ce plastique qui nous envahit. »

Pendant ce temps, le mouvement zéro déchet vient à la rescousse pour partager son expertise en matière de solutions de rechange aux plastiques jetables. « Il faut instaurer certains changements d’habitudes, améliorer l’accès au vrac, faire connaître les épiceries zéro déchet. Déjà, certaines grandes chaînes comme IGA et Métro ont commencé à accepter que les consommateurs apportent leurs propres contenants. Du côté des consommateurs, c’est un état d’esprit qu’il faut changer, choisir par exemple les légumes et fruits non emballés. Plus il y aura de gens qui en demandent, plus les supermarchés vont devoir répondre à la demande », partage Élodie Briant, présidente de l’Association québécoise zéro déchet.

Une mer de polymères

Si plusieurs sont engagés sur la voie écologique, l’industrie du plastique réserve un accueil tiède à l’interdiction comme annoncée par Justin Trudeau.

En 2016, le Canada comptait 2600 établissements dont l’activité principale était la transformation de résine de synthèse en produits plastiques, générant des expéditions estimées à 24,3 milliards et l’emploi de 82 000 personnes. La production de plastique est concentrée dans trois provinces : l’Ontario (environ 50 %), le Québec (25 %) et la Colombie-Britannique (11 %.) Le plastique, c’est aussi 2,2 milliards de revenus nets annuels.

 
14%
Proportion de la production mondiale de plastique destinée à la production de textile

« Les plastiques sont au coeur de notre vie moderne, mais ne doivent pas se retrouver dans l’environnement », a exprimé Carol Hochu, présidente de l’Association canadienne de l’industrie des plastiques, qui souhaite toutefois que « le choix des produits à usage unique visés soit basé sur des évaluations scientifiques sérieuses qui tiennent compte de l’ensemble du cycle de vie ».

« On sait que plusieurs provinces ont adopté des lois pour bannir certains sacs d’épicerie en plastique. Or, certaines études scientifiques ont démontré que les sacs de plastique, sur l’ensemble de cycle de vie, ont moins d’impact sur l’environnement que d’autres options », tempère Carole Hochu, qui rappelle que l’Association canadienne de l’industrie des plastiques s’est déjà engagée à ce que 100 % du plastique produit au Canada soit récupéré en 2040 et qu’il n’y ait plus d’enfouissement. À l’heure actuelle, le plastique est seulement récupéré dans une proportion de 10 % au Québec.

Du côté de l’Association canadienne de l’industrie chimique, on parle surtout de la nécessité de développer une économie circulaire axée sur plus d’investissements dans la gestion des déchets. « Nous sommes en désaccord avec l’interdiction annoncée par monsieur Trudeau, parce qu’à notre avis, ce n’est pas la solution la plus efficace », tranche Bob Masterson, président de l’ACIC.